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Apop

H76 DES ACTIOiNS PRINCIPALES

est vrai que ces péchés véniels diminuent la ferveur, mais ils ne détruisent pas la grâce, d'autant plus que vous ne les voulez pas, que vous vous recommandez à Dieu atin qu'il vous en préserve. N'allez pas vous imaginer que le Seigneur se comporte envers vous comme un ami qui ne peut rien souffrir; il connaît fort bien votre fragilité, et voit la bonne volonté que vous avez de ne lui déplaire en rien ; si après cela vous venez à tomber par faiblesse dans vos défauts ordinaires, humiliez-vous-en et soyez eertaine qu'il ne vous aime pas moins qu'auparavant, pourvu toutefois que vous ne conserviez pas d'affection à ces fautes vénielles.

— « Il fut un temps où je commis même des péchés mortels, n

Oui, mais aussi vous les avez confessés, et peut-être avez-vous déjà fait plusieurs confessions générales; à quoi sert donc d'avoir le cœur si resserré? Bien plus, vous pouvez espérer d'être maintenant plus avancée en grâce que lorsque vous possédiez l'innocence baptismale, parce que vous l'avez recouvrée par beaucoup de larmes et que vous l'avez augmentée par tant de commuuioos, tant de lionnes œuvres que vous faites. Vous êtes donc trèsfondée à croire que le Seigneur vous veut plus de bien maintenant que lorsque vous étiez encore revêtue de la robe du baptême. Or, s'il en est ainsi, consolez-vous et restez tranquille.

— « Mais qui sait si tant de péchés m'ont été pardonnes ?» Je dis que vous en avez une a>surance morale; car,

supposé même que quelques-unes de vos confessions n'eussent pas été valides, au moins sur tant de confessions que vous avez faites, il y en a cerlamemenl une bonne, ne fût-ce que la confession générale ; or, un péché ne pouvant être remis sans l'autre, tous les péchés des

d'une religieuse. 377

confessions aniérieares faites de bortne foi vous ont été certainement remis clans cette confession-là. Et puis, si vous étiez en état de péché mortel, vous en commettriez bientôt de nouveaux, car les péchés mortels engendrent d'ordinaire leurs semblcibles, et l'on n'a pas coutume de rester longtemps sans passer de l'un à l'autre. En effet, l'âme étant alors ennemie de Dieu et esclave du démon, elle reçoit moins de secours d'en haut et est en butte à de plus violentes tentations de la part de l'enfer, de sorte qu'elle ne peut résister. Or, puisque déjà depuis plusieurs années vous ne commettez plus de péchés mortels, c'est un signe manifeste que vous n'en avez aucun sur la conscience. Consolez-vous donc, ne m'en parlez plus et soyez tranquille.

— « Malgré tout cela, le démon me suggère à chaque instant que je suis damnée, et que pour moi il n'y a plus de remède. »

Voilà la chanson ordinaire des religieuses; elles s'envoient d'elles-mêmes en enfer avant le temps. Pour repousser cette suggestion diabolique, je ne trouve pas de motif plus ellicace que celui que je proposai par écrit à une religieuse qui se trouvait très-agitée. Le démon lui apparaissait sous une forme visible, et pour la jeter dans le désespoir, il lui disait aussi que pour elle il n'y avait plus de remède, que, quoi qu'elle fît, la sentence était déjà portée et qu'infailliblement elle devait être damnée. La pauvre fille me faisait part de ses afflictions, et je lâchais de la consoler et de la réconforter, en lui faisant peser tous les motifs de confiance qu'elle avait . mais je n'y gagnais rien. Enfin je lui écrivis en ces termes : « Puisque rien n'y fait, désormais lorsque le démon vous resserrera le cœur en vous disant que vous êtes damnée, répondez-lui : « Si je suis damnée, je ne veux pas y penser, mais je veux aimer Dieu p. M. viu. 32

de toutes mes forces. » Le démon revint à la charge et dressa ses batteries accoutumées, en lui répétant qu'elle était damnée ; mais la vertueuse fille lui répliqua avec un courage héroïque : « Si je suis damnée, je ne veux pas y penser, mais je veux aimer Dieu de toutes mes forces. » Alors le démon poussa des grincements affreux et s'écria : « Maudit soit ce moine qui l'a fait la leçon ! » Et il disparut pour ne plus revenir. Voilà ce qui arrête beaucoup de religieuses et les empêche de faire des progrès dans la perfection : c'est cette maudite défiance qui les plonge dans un abîme de tristesse. Vous les voyez toujours l'air sombre, pensif, inquiet. Allons donc! ayez bon courage. Je vous assure moi, que vous vous sauverez, que vous aimerez Dieu pendant toute l'éternité et que vous nagerez dans un océan de délices et de contentement. Commencez donc à faire dès maintenant ce que vous ferez pendant les siècles des siècles, c'est-à-dire, aimez Dieu avec la paix du cœur et la joie de l'esprit : Jubilate Deo omnia terra ; servite Domino in lœtitin* .

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