‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 130 sur 180 · III. Faites un iicle de contrition · texte numérisé non relu

III. Faites un iicle de contrition

IV. Formez le bon propos do vous corriger, avec l'aide de Dieu, et pour plaire à Dieu.

— « C'est le second point qui fait mon tourment; lorsque je m'examine, je ne trouve rien de particulier; j'en suis déconcertée et je ne sais plus que faire. »

Quel déplorable aveuglement ! Vous ne découvrez pas de défauts ni de péchés au moins véniels? Eh bien! je vais vous en mettre sous les yeux une douzaine et plus que vous commettez presque tous les jours :

Paresse à vous lever le matin au premier signal. — Petites brusqueries à l'égard de vos compagnes et spécialement de votre sœur converse. — Légères aversions. — Pensées vaines de réussir et de paraître aussi avantageusement que d'autres. — Paroles oiseuses sans motif. — Paroles de mépris, mots piquants. — Plaisanteries ou moqueries. — Regards curieux hors de la clôture. — Recherche d'estime, de louange. — Perte de temps. — Irrévérences au chœur. — Distractions dans l'office divin, à la messe, et pendant les autres prières. — Vanité et jactance en conversation. — Immodestie dans les manières et dans les regards. — Apprêt trop recherché dans les voiles. — Intempérance dans le manger. — Délicatesse excessive, amour des aises. — Omissions légères dans les devoirs de voire charge. — Actes de volonté propre.

— Actes de jugement propre avec dédain du prochain.

— Soupçons téméraires en matière légère. — Manquements peu graves dans l'obéissance, par défaut de promptitude et de soumission d'esprit. — Irrévérences envers la supérieure. — Fautes contre la pauvreté en donnant ou en recevant de petites choses sons permission. — Négligence à chasser les pensées contre la pureté. — Impatiences au moins intérieures. — Petites contestations. — Vaine gloire au sujet de vos bonnes œuvres. — Ennui, mélancolie à supporter le joug de la clôture et de la vie religieuse. — Mensonges pour s'excuser. — Légères mé-

d'une religieuse. 38<

disances par centaines et par milliers qui vous rendent hideuse aux yeux de Dieu comme une lépreuse. — Et puis vous viendrez me dire que vous ne trouvez ni défauts, ni péchés? Voyez maintenant si vous n'aurez pas de la besogne à vous examiner souvent la conscience pour vous purifier devant Dieu, la pureté du cœur étant le fondement de toutes les vertus.

Mais pour en venir encore plus directement à la pratique et vous offrir un petit modèle d'examen en règle, mettez-vous en la présence de Dieu, comme il a été indiqué plus haut, et ayant fait le signe de la croix, fîgurezvous que vous êtes aux pieds de Jésus-Christ, qui vous sert de confesseur ; puis repassant en esprit tout ce que vous avez fait depuis le dernier examen, dites intérieuremont avec un cœur profondément humilié : Ah ! mon Jésus, que j'ai été languissante au chœur (et à chaque manquement frappez-vous la poitrine en signe de repentir) ; j'ai été distraite pendant deux ou trois psaumes, je m'en repens. Seigneur. J'ai répondu à cette sœur avec trop de chaleur, j'ai dit une parole peu charitable, j'en ai une sincère douleur. J'ai jeté un regard hors de la clôture, j'ai mangé hors de temps de repas et avec trop d'avidité : je m'en repens. Je me suis excusée quand j'ai été reprise : j'un ai du regret, etc. — Réunissant ainsi tous ces manquements aux péchés de la vie passée, faites un acte de contrition, en disant .■

Ah ! mon Jésus, que j'ai de regret de vous avoir déplu par tant de péchés, de manquements et d'imjterfections ! je m'en repens du fond du cœur à cause du déplaisir que je vous ai cause, ô mon souverain Bien ! je me pro'pose fermement de m'en amender et de plutôt mourir que de vous offenser encore à l'avenir.

Figurez-vous enfin que Jésus vous bénit et que de sa main adorable il vous donne l'absolution de toutes ces fautes. Oh ! quel contentement vous sentirez au fond du cœur !

Je connais un religieux qui se confesse deux fois h jour, afin d'entretenir son cœur pur et exempt des moindres souillures, et chaque fois qu'il se confesse, il éprouve intérieurement une si grande consolation qu'il fait plus de cas d'une confession que d'un trésor. Quant à vous, il ne vous sera pas accordé de vous confesser deux fois le jour; suppléez-y par l'examen, et confessez-vous, comme on vient de ie dire, aux pieds de Jésus-Christ, en vous imposant vous-même une petite pénitence, ne fût-ce qu'un Ave Maria, et vous goûterez une paix profonde. Certaines religieuses, pour conserver la paix du cœur et se maintenir dans l'union avec Dieu, s'examinent plusieurs fois par jour et pleurent leurs plus petites fautes au pied du crucifix ; c'est avec raison, attendu qu'une religieuse doit être plus aflligée de ses moindres imperfections qu'un séculier des péchés les plus graves. En effet, son cœur ayant été choisi de Dieu pour s'unir au Cœur très-pur de Jésus, qui a une souveraine répugnance pour les plus lé-| gères imperfections; les fautes qui mettent obstacle à une, si douce union doivent être parla même envisagées comme un grand mal, et conséquemment elles mériteraient d'être pleurées avec des larmes de sang.

Cette" délicatesse de conscience, vous l'acquerrez par un fréquent examen, et vous n'attendrez pas le soir, mais à chaque manquement vous sentirez le remords. Bien plus, voulez-vous un signe auquel vous reconnailrez si* vous marchez dans le chemin de la perfection? voyez si lorsqu'il vous échappe une faute si légère qu'elle soit, vous en ressent. /. du remords, du regret, de la peine ; s'il

en est ainsi, consolez-vous (pourvu que vous ne donniez pas clans l'inquiétude, ce qui est toujours blâmable), consolez-vous, dis-je, car c'est un indice que vous êtes en bonne voie. Si au contraire, tout en commettant beaucoup de fautes, vous ne vous en souciez pas, vous n'y prenez pas garde, vous y êtes insensible, ah! malheur à vous, vous tomberez bientôt plus bas; c'est un signe manifeste que vous approchez du précipice.

C'est pourquoi n'omettez jamais votre examen. Le signal de la retraite une fois donné le soir, vous n'admettrez aucune religieuse dans votre cellule, sous quelque prétexte que ce soit, pas même à l'occasion de la mort d'un membre de la communauté ; en pareil cas, tâchez de bannir vos vaines frayeurs sans recourir a personne, et si vous ne le pouvez pas, demandez ala supérieure la permission de dresser un second lit dans voire chambre pour y faire coucher une de vos consoeurs ; mais couchez toujours seule, et ne vous privez pas de votre liberté religieuse.

Prenez garde que sous prétexte de pratiquer beaucoup de dévotions, et, ce qui serait pis encore, de faire beaucoup d'ouvrage, vous ne vous dérobiez le temps nécessaire au sommeil ; car le plus souvent ce serait donner dans jin piège que le démon vous tend pour empêcher un plus grand bien. Notre père saint François, un soir en posant la tête sur l'oreiller, devint comme paralytique ; il appela sur-le-champ son compagnon, et faisant le signe de la croix sur l'oreiller, il en fil sortir un affreux démon : « Voyez, mon frère, dit le saint : le projet de ce démon était de m'empêcher de dormir, parce que si je ne reposais pas cette nuit, c'en était fait de l'oraison demain malin. »

Les religieuses les plus ferventes tâcheiiL de s'imposer quelques incommodités pendant lo sommeil, afin d'être

plus promptes à s'éveiller. Sœur Marie-Victoire Strata, non contente de ne jamais se déshabiller, n'ôtait pas même ses rudes cilices. Je ne vous dis pas d'en faire autant, mais au moins ne vous mettez pas en quête de délicatesse, en exigeant un linge superfin et en vous plaignant des coutures qui ne sont pas parfaitement rabattues. Si vous prodiguez tant de caresses à votre corps, ne vous étonnez pas qu'il soit revoche et en révolte contre la raison.

Après l'examen récitez vos prières accoutumées, et recommandez-vous à vos saints patrons, que vous invoquerez en forme de litanie, par exemple :

Sainte Marie, priez pour moi.

Saint Joseph, priez pour moi.

En dernier lieu vous direz :

Saints et saintes de Dieu, intercédez pour moi.

Puis l'oraison : Protégez, Soigneur, votre peuple, etc. — Faites ensuite les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition, en protestant que vous voulez vivre et mourir dans lo sein de l'Eglise catholique et romaine. Pour vous familiariser de plus en plus avec le passage suprême de la mort, recommandez tous les soirs votre âme à Dieu comme si vous deviez mourir la nuit même, en disant trois fois : In inanus tuas. Domine^ commendo spiritum nicuni, et récitez un De profundi'i pour votre âme, comme si elle était déjà morte. Oh! quelle salutaire pratique! Notre glorieux saint Pierre d'Alcantara, non content de l'observer ponctuellement, l'inculquait à tout le monde comme un moyen efficace pour mourir saintement. En terminant, aspergez votre cellule d'eau bénite, et recommandez-vous il \utro ange gardien en récitant un Pater et un Ave. avec l'oraison Angele Dei, qui custos es mei, etc., afin qu'il

d'une religieuse. 386

vous préserve des illusions diaboliques. Priez-le même de veiller sur vous pendiint que vous ne serez plus maitresse de vos mouvements, et de vous maintenir dans une telle modestie que vous méritiez la bénédiction de la très-sainte

i Vierge. Une fois, en eflét, quelques religieux la virent

; entrer dan^ le dortoir et distribuer sa bénédiction à tous ceux qu'elle trouvait dans une position bien modeste;

! tandis qu'elle détournait les yeux avec indignation de ceux qui n'avaient pas un extérieur composé, et passait sans les bénir .

Ayez donc à cœur la modestie tant en vous déshabillant, si toutefois la règle vous permet de le faire, qu'en tout le reste, conformément à ce que votre maltresse des novices vous a enseigné. Souvenez-vous, chaque fois que vous déposez ou que vous prenez vos vèîements, de les baiser. Avant de vous laisser aller au sommeil formez encore ce bel ade , savoir que vous avez l'intention que toutes vos respirations soient autant d'actes damour de Dieu. Endormez-vous entre les bras de la miséricordtî divine, en répétant plusieurs et plusieurs fois : Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde! Et si vous vous éveillez quelquefois pendant la nuit, ,ayez aussitôt celte oraison jaculatoire sur'les lèvres. Voilà lu moyen de mé-

'■' riter beaucoup, même en dormant. Remarquez qu'il ne suffit pas de lire ces iustrucLiuns-ci, mais qu'il faut les

I pratiquer.

Pour ce qui est de l'examen particulier qui se fait à midi, soit avant, soit après le repas, pour extirper le défaut dominant, ou pour acquérir la vertu dont on a le

,plus besoin, vous observerez la même marche que pour

l'examen général, en le divisant pareillement en quatre

points. 11 y a toutefois cette difTérence que dans l'examen

général on recherche toutes les fautes commises depuis

p. H. vni. 33

vingt-quatre heures, tandis que l'examen particulier n'a pour objet que les rechutes dans le vice dominant qu'on veut extirper, ou les manquements contre telle vertu qu'il s'agit d acquérir.

Il en est qui usent d'un moyen très-ingénieux pour triompher du défaut auquel elles font la guerre, c'est de tenir compte du nombre des chutes, et de comparer sous ce rapport un jour avec l'autre. Elles font de même pour les actes de vertu à pratiquer ou les fautes contraires, afin de s'assurer si elles font des progrès. Dans ce but, elles tiennent note tant des chutes que des victoires, à l'aide d'un petit cordon à nœuds, ou d'un chapelet qu'on nomme registre, ou d'une bande de papier ; si elles s'aperçoivent un jour qu'elles ont été moins fidèles que la veille, elles s'imposent une pénitence salutaire. Le père Louis de Grenade cite un religieux qui par ce moyen parvint a se corriger d'un défaut très-invétéré; chaque fois qu'il se trouvait avoir perdu, il s'imposait une rude discipline. Oh! si l'on avait à cœur son bien spirituel, qu'on arriverait vite au sommet de la perfection et qu'on acquerrait les vertus à un degré héroïque ! Je ne vous dis pas de vous flageller a chaque faute que vous commettez, mais il ne serait pas si pénible de baiser la terre autant de fois, de faire autant de croix avec la langue, ou de réciter autant d'Ave Maria que vous découvrez de manquements dans votre examen. Dieu daigne vous éclairer et vous faire connaître combien la vertu est belle et le vice monstrueux ! dès lors, sans être stimulée, vous courrez assez dans les sentiers de la perfection.

d'une religieuse. 387

Page 1