PREAMBULE
La bonté divine ne cesse de m'ap[)eler à un ,entrelien plus intime, à un commerce plus familier avec la sainte Trinité, que le flambeau de la foi me fait voir dans le fond de mon âme ; mais elle a daigné me stimuler plus vivement que jamais durant les Exercices de la retraite de cette année 1745. J'ai fait cette retraite comme si elle devait être la dernière de ma vie, n'ignorant pas que la mort approche de jour en jour ; c'est pourquoi je me suis déterminé à renouveler tous les bons propos que j'ai formés autrefois, fermement résolu, avec la bénédiction de mon père spirituel , et moyennant le secours de la grâce, d'en venir à les pratiquer de la manière la plus exacte. S'il m'arrivait d'en omettre un seul point, je m'imposerais sur-le-champ une pénitence, p. M. VIII. 4â
comme de réciter le Miserere, ou de faire une croix en terre avec la langue, ou quelque autre chose semblable. A cette fin, j'implore le secours de Dieu toul-puissant, l'assistance de la très-sainte Vierge, ma tendre Mère ; celle de saint Vincent Ferrier, mon patron, et particulièrement de mon séraphique père saint François, dont je me propose d'imiter de mon mieux les héroïques vertus, lui demandant à cet efTet sa bénédiction paternelle.
DÉFIA.NC.K hK SOI-MÊME.
1. Je pose pour fondement de toutes mes résolutions la défiance de moi-même, puisque toutes mes chutes dans les péchés et les défauts, grands ou petits, auxquels j'ai été sujet, sont provenue^ de mon orgueil, de ma vanité, de ma sufiisance, de ma présomption intérieure et de ma confiance en ma propre habileté. Je le reconnais pourtant clairement, et une triste expérience me force de l'avouer, je ne puis pousser un soupir vers Dieu, ni avoir une bonne pensée, ni former le moindre mouvement salutaire, sans une nouvelle grâce et un nouveau secours de la part de Dieu. Par conséquent je confesse en toute vérité que je suis un ignorant, un être impuissant, désagréable, impropre à quoi que ce soit, ne possédant rien et n'étant capable de rien. J'aurai soin de faire précéder par cette pensée do mon néant toutes mes actions, au moins les principales, telles que prêcher, confi.sser, donner des avis et autres semblables. Instruit par une expérience manifeste, je confesse et je reconnais que tout bien vient de Dieu, que Dieu en est le principal agent et qu'à lui seul en est dû tout l'honneur et toute la gloire. Ces bonnes résolutions elles-mêmes, je les considère comme des étincelles de la miséricorde de Dieu, et je sais très-bien que sans sa grâce actuelle, je
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n"en feryis rien, que dis-je? j'agirais tout à rebours. Aussi, me défiant de moi-même, je me propose d'invoquer dans toutes mes actions, grandes ou petites, spirituelles ou temporelles , si pas toujours extérieurement, au moins intérieurement, l'assistance de Dieu, en répétant maintes fois : Mon Jésus, miséricorde! .