‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 151 sur 180 · L OFFICE DIVIN · texte numérisé non relu

L OFFICE DIVIN

IV. Quant à l'Office divin, je ferai en sorte que le chœur soit le lieu de mes délices. Ainsi, en y entrant, je me prosternerai la face contre terre et j'adorerai le trèssaint Sacrement, en disant l'antienne : 0 sacrum convivium avec l'oraison ; puis, ni'étant rendu k ma place, je me mettrai tout de suite en la présence de Dieu, me recueillant en moi-même et excitant ma foi; je contemplerai la très-sainte Trinité, présente dans le fond de mon âme, je l'adorerai très-humblement, me servant à cet efTet de la mémoire locale et des doigis de la main ainsi que je vais le marquer. Je remuerai mon petit doigt, lequel représentera mon âme, et je ferai un acte de défiance de moi-même en me considérant comme un arbre stérile sans le secours de la grâce ; je m'abîmerai par la pensée dans la profondeur de l'enfer, me considérant comme pire que les démons, indigne non-seulement de louer Dieu dans la compagnie des religieux, mais même de para.Ure enjsa sa in te. présence. Ensuite, remuant l'autre doigt qui me figure mon ange gardien et mes saints patrons, je les supplierai de louer pour moi, d'aimer, de remercier et de bénir le Dieu de toute bonté, me reconnaissant trop indigne de le faire moi-même. En remuant le dQÌgt du milieu, qui me rappelle le souvenir de la très-sainte Vierge, je la supplierai de louer, d'aimer, de remercier et de bénir pour moi le Seigneur mon Dieu. Puis remuant l'index, je prierai mon doux Jésus de louer hautement, d'ainier et de bénir le Père éternel. Enfin remuant le pouce, je m'élèverai par un acte de confiance juscju'à l'adorable Trinité, en protestant de la vouloir à jamais louer^, aimer, remercier et bénir, on union des louanges, des bénédictions et des

remeccimotUs que lui rendent (J.ans-W-<'^d les Cœurs de Jésus et (le Marie, avec tous les anges et tous les saints. Tout ce que je viens de dire, joie ferai rapidement, pendant le temps que mettent les religieux à se réunir. Quand je réciterai l'ofTice hors du chœur, je ferai aussi lous^jos actes impUcitement, en remuant les doigts de la manière indiquée.

V. L'Office commencé, je ferai en sorte que cette prière vocale, instituée par l'Eglise pour louer Dieu, soit une prière mixte, c'est-à-dire à la fois vocale et mentale; et pour me tenir dans le recueillement et éviter les distractions, je distribuerai les principales circonstances de la passion entre les diverses parties de l'Office, pour les méditer de la manière swivanle.

Au premier Nocturne, je méditerai sur le lavement des pieds; au second, sur l'institution du très-saint Sacrement; au troisième, sur l'oraison de Notre-Seigneur au jardin des olives. Au premier psaume des Laudes, je me rappellerai Jésus allant à la rencontre des soldats et leur adressant les mots : Egosum, par lesquels il les terrassa tous; au second, je le considérerai garrotté , au troisième, traîné devant les tribunaux, acccblé d'outrages; au quatrième, conduit devant Pilato et gardant un silence admirable: au cinquième enfin, je nie le représenterai incarcéré, et moi m'entretenant seul 'a seul avec lui dans sa prison.

Au Te Ihuin et au Benedictus, je porterai mes regards sur l'adoratle Trinité, en adressant des actes d'amour et de félicitation à ce Dieu infiniment digne de louanges.

A Prime, je méditerai la flagellation; à Tierre, le couronnement d'épines; à Sexte, le portement de la croix ; à None, le crucifiement; à Vêpres, la mort de Jésus en croix, en conlemplanL pendant les cinq psaumes les cinq plaies du Sauveur; à Compiles, sa descente de la croix et sa sépulture.

Toutes les fois qu'on dira le Gloria Patri, j'adorerai la très-sainte Trinité et je ferai un acte explicite de foi, d'espérance, d'amour, de remercîment et de contrition, avec ses motifs, sachant par expérience que Je le puis aisément en y employant le temps où les acolytes disent les antiennes. Quand je dirai l'office hors du chœur, ou quand je le dirai tout bas, et que je n'aurai pas le temps nécessaire, je me contenterai de faire ces actes implicitement, en disant : je crois, j'espère, j'aime, je me repens et je rends grâces, ayant l'intention par là de faire ces mêmes actes d'une manière explicite.

Lorsque je réciterai l'office hors du chœur, je le réciterai toujours a genoux par terre, en méditant sur les points de la passion indiqués plus haut, afin d'éviter de cette manière les égarements de l'imagination, et de louer Dieu dans un esprit intérieur. Si je manque a cette pratique, j'en dirai ma coulpe avec une vive douleur, et quoique je ne pourrai point méditer ces mystères comme si j'étais au chœur, au moins je leur donnerai un regard du cœur.

l'or.mson mentale et jaculatoire.

VI. Pour ce qui est de l'Oraison mentale, je tâcherai de mela rendre familière, afin qu'elle soit mon pain quotidien. Ainsi je n'omettrai jamais de faire les trois heures d'oraison prescrites par l'Institut ; et si je ne puis les faire de jour à cause des occupations, j'y suppléerai pendant la nuit; et lorsque les devoirs imposés par l'obéissance m'en empêcheront et que je me trouverai hors du couvent, en voyage ou appliqué à d'autres atïaires, je garderai le silence, je m'entretiendrai dans le recueillement intérieur, et, étant seul avec mon compagnon, je le prierai de ne me point distraire. C'est ce que je me propose d'observer

sans faute avec le secours do la grâce, sachant trop bien que sans l'aliment intérieur de l'oraison, je n'observerai aucune de ces saintes résolutions.

Dans les missions je n'omettrai jamais la méditation d'usage et j'en lirai le sujet d'avance. Je ferai attention aux heures où il est de règle de vaquer à l'oraison dans les couvents, afin d'entrer alors dans le recueillement intérieur dont j'ai parlé, et de produire divers actes au fond du cœur, soit que j'étudie, soit que je traite différentes affaires, soit même que je prêche.

Bien plus, j'emploierai tout le temps qui me restera après mes occupations ordinaires, tant au couvent, qu'en mission, même les moindres instants, k l'exercice de l'oraison, conversant ainsi toujours, avec Dieu et me tenant recueilli intérieurement en sa divine présence. Je produirai alors divers actes intérieurs, conformément à ce que j'ai dit plus haut; ou bien pjr un simple regard, mais intime et amoureux, je jouirai des douceurs de sa conversation.

Dans ce but, j'éviterai les entreliens avec les laïques, à moins que des raisons toutes spéciales ne m'obligent de traiter avec eux. Et si je passe pour sauvage et impoli en me dispensant de leur rendre visite et en n'entretenant point de relation avec eux, je ne m'en mettrai nullement en peine, leur préférant toujours ma cellule ou un petit coin du chœur quand je suis au couvent, et ma chambre quand je suis en mission.

La méthode ordinaire de mon oraison consistera à chercher Dieu au-dedans de moi-même; je commencerai, selon mon habitude, par quelque trait de la passion de Notre- Seigneur. et particulièrement de son crucifiement, et après avoir disposé mon cœur à des actes d'humilité, de contrition et d'amour, je pénétrerai dans l'intérieur du cœur de Jésus crucifié, où mon âme trouve son repos ; j'y con-

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templerai les grandeurs de ses divins attributs, les parcourant l'un après l'autre, et après diverses entrées et sorties intérieures, je m'arrêterai à une notion générale de Dieu propre à exciter dans la partie su|)érieure de l'âme UD ardent amour. Tenir mon cœur continuellement occupé à aimer, tel sera le but de mon oraison ; or, je ne trouve point de meilleur moyen pour y arriver qu'un recueillement intime, dans le silence et l'éloignement de toutes les créatures. Je prie Dieu de m'ôter la vie plutôt que de priver mon âme de ce commerce familier avec lui, commerce qui fait mon petit paradis sur la terre. Et si je manquais à ces délicieux entretiens, en y mettant obstacle par ma tiédeur ou par quelque petite attache aux créatures et aux choses de la terre, je m'en repentirai immédiatement, je m'en humilierai et j'en ferai l'aven à mon père spirituel, pour y apporter remède.

VII. Quant a l'oraison de demande à l'effet d'obtenir le secours de Dieu (Voyez ci-dessus. § I), pour la pratiquer je me rendrai familière et même très-familière l'oraison jaculatoire : Mon Jésus, miséricorde , ayant fait déjà avec Dieu la convention que toutes les fois que je proférerai ces saintes paroles, j'entends lui demander la grâce efficace de l'aimer, et renouveler l'intention de lui plaire en toutes choses et d'accomplir fidèlement son adorable volonté. C'est pourquoi je répéterai cette invocation mille fois le jour, soit mentalement, soit vocalement. Ce sera encore là un excellent moyen de tenir mon cœur constamment occupé de Dieu, et d'entretenir cet amoureux commerce de mon âme avec lui, ce qui est l'afTaire par excellence.

Pour le rendre plus facile, je reconnais qu'il faut réformer , autant que possible, les trois puissances de l'âme : l'intelligence, la mémoire et la volonté, par les trois vertus théologales : la Foi, l'Espéranre et la Charité.

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