‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 153 sur 180 · XXXII. Avant comme après le dîner et le souper, je · texte numérisé non relu

XXXII. Avant comme après le dîner et le souper, je

dirai le Benedicite et les Grâces posémeiil, et avec la piété que mérite une action aussi importante, afin de reconnaître les bienfaits du Seigneur, quand même je ne me trouverais pas avec la communauté. J'aurai soin qu'en mission le Benedicite et les Grâces se disent de la même manière qu'au réfectoire. Lorsque je ne pourrai pas assister aux grâces, k cause de la nécessité d'aller me coucher avant les autres pour me lever aussi plus tôt, je les dirai en particulier, mais en récitant les mêmes prières.

Discipline. — Chaussure. — Coucher. — Croix armée de pointes.

XXXIII. Tous les jours je me donnerai la discipline, même les jours de grande solennité; en mission, ceserà aussitôt après le lever, et dans les couvents, ce sera le soir après l'examen, ou la nuit après matines, sans m'en dispenser même les jours où la communauté ne la prend pas. En voyage, je la prendrai même dans les couvents et les maisons de séculiers, pourvu qu'il n'y ait pas danger d'être entendu.

XXXIV. Je marcherai déchaussé tout le temps de ma vie, même dans les plus longs voyages, aussi bien l'hiver que l'été, pour imiter notre père saint François et ses compagnons, ainsi que Notre-Seigneur dans le temps de ses prédications ; et pour obtenir de Dieu la conversion de quelques âmes en plus.

XXXV. Je dormirai toujours sur des planches nues, ou tout au plus tapissées d'une simple couverture; je prendrai pour oreiller un morceau de bois, ou bien je mettrai sur l'oreiller une planche recouverte d'un drap : cette planche pourra facilement être placée le soir et ôtée le matin.

Ò\ 6 MKS RÉSOLUTIONS

XXXVI. Je porterai sur la poitrine, durant le jour et même la nuit, une croix armée de sept pointes, non-seulement pour en souffrir les piqûres, mais aussi pour avoir près du cœur un souvenir continuel des douleurs du cœur de Marie. Si l'obéissance ne me le permettait pas, j "y suppléerai par des actes intérieurs.

Examen de midi. — Quatre choses nécessaires pour conserver la paix intérieure.

XXXVII. Je ferai chaque jour deux examens de conscience, l'un a midi et l'autre au soir.

Dans l'examen de midi, je ferai une revue rapide de mon cœur, pour voir s'il conserve la paix intérieure, basée sur la sainte vertu d'humilité, et sur un ardent amour de Dieu : j'examinerai brièvement si cette sainte paix n'a pas souffert en moi quelque altération, afin de la rétablir par des actes de contrition, et de ferventes invocations que j'adresserai à Dieu pour implorer son secours, en répétant plusieurs fois : Mon Jésus, miséricorde.

Afin donc de conserver cette paix intérieure, et de maintenir cet esprit damour dans toute sa ferveur, il y .a quatre choses que je reconnais m'êlre surtout indispensables, et que je me propose de pratiquer : 1 . Etre mort au monde, aux créatures, à moi-même et à tout ce qui n'est pas Dieu : tenir mon cœur dégagé de toutes les choses créées, de telle .sorte que je ne fasse pas plus de cas de tout ce qui n'est pas Dieu et ne se rapporte pas à Dieu, que d'un grain de sable. — 2. Vivre dans un abandon absolu entre les bras de la divine Providence, et regarder tous les événements d(^ chaquo jour, grands ou petits, fâcheux ou agréables, comme autant de dispositions de celle Proviilence paternelle; levant pour certain que c'est

ce qu'il y a de mieux et de plus convenable tant pour la gloire de Dieu que pour mon salut. — 3. Aimer les peines soil intérieures, soit extérieures, chérir l'abjection, les mépris et l'abandon des créatures. Le paradis du ciel consiste dans les jouissances, le paradis de la terre dans les souffrances; quand je ressentirai du dégoût pour les mépris, les infirmités, la douleur, je jetterai aussitôt un regard sur Jésus, qui eut pour compagnes inséparables la douleur, l'humiliation et la pauvreté, portées au suprême degré. — 4. Ne pas entreprendre beaucoup de choses à la fois, quelque bonnes qu'elles soient, mais seulement celles qui sont compatibles avec mon ministère, conformément à l'esprit d'obéissance; surtout ne pas agir avec précipitation, avec impétuosité, mais avec calme et avec modestie : cette sainte modestie doit briller dans mes paroles, dans mes gestes, et dans toutes mes démarches. Je ferai donc chaque jour, vers midi, la revue de mon cœur pour voir si cette sainte paix est altérée en quelque chose, si ma ferveur ne s'est pas relâchée, si je n'ai pas manqué, en d'autres ternies, à quelqu'un de ces quatre points : en cas de manquement, je ferai un acte de contrition avec le bon propos de m'amender.

Examen du soir.

XXXVIII. L'examen du soir sera un peu plus long. M'élant mis en la présence de Dieu, je demanderai ses lumières pour connaître toutes les fautes commises dans le cours de la journée; puis je parcourrai brièvement par la mémoire mes principales actions, en réfléchissant sur les lieux, les personnes et les occupations, afin de me rendre compte de mes pensées, de mes paroles, et de tous mes rapports avec le prochain, ainsi que de la ma-

nière dont j'ai confessé, célébré et récité l'office divin. J'examinerai si je n'ai pas dépassé les limites du nécessaire dans la nourriture et le repos, si j'ai bien employé mon temps, et si j'ai veillé sur tous mes sentiments ; si je ne me suis pas laissé aller à quek]ue inquiétude, à quelque immodestie dans les regards, a des paroles oiseuses, vaines, inutiles, peu conformes à la charité, à la prudence, ou sentant la jactance ; si je n'ai pas cherché à excuser mes défauts, ou donné dans des ressentimenls, des jugements téméraires, des soupçons ; si j'ai parlé avec trop de vivacité, si je me suis permis de petites amplifications, si j'ai négligé de chasser les pensées ou de réprimer les inclinations mauvaises. Après avoir découvert bien des fautes, je réfléchirai que j'en ai commis beaucoup plus que je ne connais pas; en effet, mes bonnes œuvres elles-mêmes sont peut-être infectées du venin de l'amour-propre, qui fait que je me recherche moimême plus que Dieu, et que je n'ai pas cette intention pure et simple que je devrais avoir ; du moins je détruis la valeur de mes bonnes actions par mon extrême froideur ; en sorte que j'aurai toujours un grand sujet de me confondre, et de demander pardon à Dieu par des actes de contrition et le bon propos de me corriger. Je m'arrêterai plus longtemps à ces actes qu'à l'examen de mes fautes, en ayant soin touLefois de me recueillir dès le principe en la présence de Dieu ; car si on se laisse aller à quelque distraction, on passe le temps sans faire rien de bon.

Prières du soir.

XXXIX. Le soir avant de me coucher, je me recommanderai à tous mes Siiints patrons, el j'en formerai comme une litanie, en disant ;

Kyrie eleison, — Cliriste eleison, — Kxjrie eleison. Sa ne ta Maria, ora prò me. — Sancta Maria , ora prò me. — Sancta Maria, ora prò me.

Sancte Joseph, ora prò me.

Sancte Joannes-Baplista , sancte Petre , sancte Paule , sancte Joannes Evangelista, sancte Joachim, sancta Anna, sancte pater Francisce, sancte Antoni, sancte Bernardine, sancte Vincenti Ferreri, sancte Petre de Alcantara, sancte Paschalis , sancte Ludovice, sancte Francisée Xaveri , sancte Aloysi, sancte Francisée de Paula, sancte Philippe Neri, sancte Joannes a cruce , sancte Vincenti a Paulo, sancta Teresia, sancta Maria Magdalena de Pazzis, sancte Leonarde, sancte Aloysi martyr. Beate Salvator, orate prò me.

Omnes Sancti et Sanctœ Dei, orate prò me. OiiEML'S. Protège, Domine, etc.

Je ferai ensuite les actes de foi, d'espérance, de charité, et de contrition, avec la protestation que je veux vivre et mourir dans la sainte foi catholique, apostolique et romaine, et rendre mon âme à Dieu en formant l'acte d'amour le plus ardent. Fuis je pratiquerai l'exercice de saint Vincent pour la bonne mort; je recommanderai mon âme à Dieu comme si cette nuit devait être la dernière pour moi et que je fusse assuré de devoir mourir , en disant trois fois : In manus tuas, Domine, commendo .<ipiritum incum : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. » Je réciterai le De Profundis et je prierai Dieu de m'en tenir compte pour quand je serai mort en réalité. Afin d'obtenir la grâce de mourir muni des sacrements de pénitence et d'eucharistie, j'invoquerai sainte Barbe, en récitant un Palerei un Ave.

Après cela, je supplierai mon ange gardien, de daigner m'assister durant le temps de mon repos, en disant :

Angele Dei, etc. Je jetterai de l'eau bénite dans ma cellule, et je formerai rintenlion que toutes les pulsations de mon cœur soient autant d'actes d'amour.

Je m'étendrai modestement sur mes planches, et prenant en main la croix de mon chapelet, ou le crucifix que je porte sur la poitrine, je tâcherai de m'endormir dans celte attitude, en répétant à plusieurs reprises : Mon Jésus, miséricorde, après avoir récité d'abord la prière de saint Vincent pour la bonne mort.

Fuir l'oisiveté extérieure et intérieure. — Diverses pratiques et oraisons jaculatoires.

XL. Pour terminer les pratiques de chaque jour, j'aurai un soin scrupuleux d'éviter l'oisiveté extérieure, et me garderai bien de perdre le temps à m'entretenir avec mes confrères ou avec des séculiers de choncs vaines et inutiles, si ce n'est rarement et pour des raisons impérieuses de convenance. Mais j'éviterai plus soigneusement encore l'oisiveté intéricuie, celle de l'esprit. C'est pourquoi, au couvent comme dans les rues, je marcherai toujours avec modestie, en répétant fréquemment l'oraison jaculatoire : Mon Jésus, miséricorde. Je baiserai toules les croix que je rencontrerai sur mon passage, en disant . 0 Crux, ave, spes unica. Je prendrai de l'eau bénite toutes les fois que je le pourrai, et à cet effet, je tâcherai d'en avoir toujours dans ma cellule, ou dans ma chambre quand je serai en mission; et je ferai de plus chaque fois un acte de contrition, en disant : Quia peccavi libi, et non amavi te super omnia, Deus meus, bonitas infinita, amo te super omnia, et ideo dolco super omnia, nolo amplius peccare : miserere mei.

En voyant Jésus souffrant ou quelque instrument de

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la passion, je dirai : Passio Doinini nostri JesuClirisli sit semper in corde meo.

En voyant une image de la sainte Vierge, je réciterai un Ave Maria, et la saluant par une inclination profonde, je dirai : Vous âfes ma bi"n-aiméc.

Quand je rencontrerai quelqu'un, je 1(3 saluerai par ces mots : Loué soit Jésus-Christ. Je m'engage à propager partout, dans les missions, cette manière de saluer, afin que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit béni et loué k jamais. De cette façon, je tâcherai de me tenir constamment occupé à louer et à faire louer ce bon Sauveur.

Intention qui doit animer toutes les pratiques précédentes.

XLI. Jf regarderai toutefois comme le point capital, dans toutes mes actions, de les faire avec une intention non-seulement droite, mais pure et simple, afin qu'elles soient très-méritoires et agréables à la majesté divine. Je reconnais que je devrai apporter à ce point toute l'attention possible, attendu qu'une action faite avec une intention pure et simple vaut plus devant Dieu que cent autres. Cette pureté d'intention est ce qui ravit le cœur de Dieu et lui procure le plus de gloire ; c'est elle qui sanctifie l'âme et la rend parfaite ; c'est elle qui donne du prix à toutes les autres vertus, et en élève le mérite au plus haut degré; car elle est comme la fleur de lainour de Dieu En conséquence, je ne négligerai rien pour arriver, avec la grâce de Dieu, a m'acquiller de toutes les pratiques que je me suis tracées, uvee cette intention pure et simple qui consiste à ne chercher en toutes choses que le bon plaisir de Dieu, faisant tout en Dieu, avec Dieu et pour Dieu. Car c'est une cho.se bien plus excellente, plus méritoire et plus agréable 'a Dieu de pratiquer des actes p w vin. 44

de vertu en Dieu il pour Dieu, que de les pratiquer par amour de Dieu ; celui qui pratique la vertu par amour de Dieu, peut y mêler quelque fin secondaire; tandis que celui qui agit on Dieu et pour Dieu seul, c'est-à-dire qui n'envisage que Dieu seul en toutes choses, exclut toute autre fin, et de cette manière se forme une intention pure qui ravit le cœur de Dieu.

Je me propose donc d'avoir celte intention dans toutes les pratiques doni j'ai parlé précédemment ; pour l'avoir avant d'agir, je réveillerai ma foi, dans la partie supérieure de lame, je contemplerai 1 adorable Trinité au fond de mon cœur, et je lui rapporterai l'action que j'ai à faire, ne cherchant que son agrément et son bon plaisir, et disant intérieurement ; Tout pour vous, mon Dieu. J'espère réussir si je maintiens dans mon cœur la paix intérieure indiquée plus haut (§ xxxvii). C'est pourquoi, dans l'examen de midi, je réfléchirai si en agissant j'ai constamment dirigé le regard de mon âme vers Dieu, et si j'ai cherché uniquement à lui plaire en toutes choses ; quand je me trouverai en défaut, je m'en repentirai en m'assignant une pénitence et en rrr.ouvolanf le propos de m'amender. Bien plus, comme ce point est de la plus haute importance, et l'âme, pour ainsi dire, de la vie spirituelle, je prie Dieu et la sainte Vierge de m'assister afin que je puisse en venir parfaitement a la pratique. Je voudrais que cette intention fût actuelle dans toutes mes actions, et si c'est trop exiger, qu'elle fût au moins virtuelle, ou conventionnelle : je dirai à cette fin, au commencement de chaque action : Mon Jésus, miséricorde. Par celle invocation, j'entends une fois pour toutes renouveler cette intonlioii pure et simple qui, n'envisageant que Dieu seul, cherciie uniquemenl sa salisfaclion et son bon plaisir en toutes choses.

MES KÉSOLCTIO.NS. 523

2" r. HAQI K SEMAI>E.

Choisir une vertu.

XLII. Chaque semaine, je choisirai une vertu à pratiquer, dont je ferai le sujet spécial de mon examen a midi; ce sera d'ordinaire la paix du cœur fondée sur l'humilité, ainsi que l'inlention pure et simple dont je viens de parler (xLi). J'userai de toutes les industries possibles pour m'habituer à ce saint exercice : ainsi, je tiendrai mon cœur toujours en paix, et mon intention toujours actuellement captivée en Dieu seul. Quand, au son de l'heure, je réciterai mon Ave Maria (xviii) . je jetterai un coupd'œil sur mon cœur pour voir si l'horloge intérieure marche bien, et, si quelque trouble s'y était introduil, l'en faire disparaître et y rétablir la paix.

3» CUAQIE join.

Relire ces résolutions; — uu jour de retraite.

XLIII. Chaque mois, je relirai ces résolutions pour voir si je suis fidèle à Dieu ; ce sera le premier jour du mois ; si ce jour-la est empêché par la multiplicité des occupations, comme il arrive d'ordinaire lorsque je me trouve hors du couvent, en mission, je prendrai le jour le plus libre du mois. — Je ferai aussi chaque mois un jour de retraite pour me préparer a la mort suivant la méthode assignée dans le Manuel sacré imprimé k l'usage des religieuses. Si en temps de mission , je ne pouvais ni relire mes résolutions, ni faire la retraite susdite à loisir, je repasserai au moins les points les plus importants, et je tâcherai de saisir un jour entre deux missions pour me recueillir le mieux qu'il me sera possible : ou bien j'ajour-

MLS KliSOLUTlOSS.

nerai cet exercice jusqu'à !a fin de la campagne ; car celte reddition de compte est absolument nécessaire pour se trouver prêt quand Dieu fera l'appel.

ÎS" c H A or E \ yyÉ k.

Une ou deux retraites.

XLIV. Tous les ans je me retirerai une ou deux fois s'il m'est possible, dans un couvent des plus solitaires, pour y vaquer aux exercices spirituels. Je prolongerai cette retraite autant que je le pourrai, et j'insisterai auprès de mes supérieurs pour en obtenir la faveur. Dans cette retraite je renouvellerai les maximes, les sentiments et toutes les saintes résolutions énoncés ci-dessus, afin de faire de continuels progrès dans la perfection, d'augmenter de plus en plus eu moi la grâce et la charité envers Dieu, en retranchant jusqu'à la racine tous mes vices, mes défauts et mes passions. Convaincu par expérience que cette retraite m'est plus nécessaire que la vie même, attendu que sans elle ma vie serait oisive, mes prédications sans force et sans fruit, je ferai toutes les diligences possibles pour obtenir des supérieurs la grâce de me retirer dans quelque couvent solitaire, et là me con.-acrer entièrement à Dieu en confirmant tous mes bons propos. Le saint temps de Cyrème serait Irès-convenable pour l'exécution de ce dessein.

O" ES TOKÏ TEMI' S.

Observance des Vœux. — Vœu de p.\ivreté. — Quatre sortes de pauvreté. — Pratiques.

XLV. Kn tout temps, je meflorcerai d'observer avec la plus parfaite exactitude les saints vœux. Premièrement,

Mrs Ri-.suLurioNS. 525

quant au vœu do Pauvreté, qui est la devise de notre Ordre, je lâcherai d'imiter de tnon mieux mon saint père François d'Assise et ses premiers compagnons , je suivrai leurs maximes, et chérirai les incommodités qui accompagnent la pauvreté. La grandeur des récompenses est bien propre à m'animer à marcher dans cette voie, puisque saint Pierre et saint Paul révélèrent un jour à notre saint Patriarche que les religieux qui observeront une parfaite pauvreté jusqu'à la mort seront assurés de leur salut éternel, et inscrits au nombre des bienheureux. Toutefois la récompense ne sera pas mon seul mobile, mais bien le plaisir que l'on procure au cœur de Jésus, qui a voulu naître pauvre, vivre pauvre, et mourir excessivement pauvre, dénué de tout, sur l'arbre de la croix.

Pour l'observer avec plus de perfection, je distinguerai quatre sortes de pauvreté. La première regarde les biens de la fortune : elle nous prive de tout domaine, et nous interdit même l'usage du superflu, en nous restreignant au simple nécessaire, et encore avec mesure.

La seconde pauvreté regarde les biens du corps ; elle nous détache de toutes les commodités de la vie, et des appel its désordonnés de la chair, tels que la délicatesse ou la superfluité dans l'usage des aliments, des habits, des cellules et autres choses semblables.

La troisième pauvreté concerne l'âme : elle la détache de toutes les pensées inutiles et oiseuses , de toutes les affections déréglées, de son propre jugement, de sa propre volonté et d'autres inclinations semblables, contraires 'a la droite raison.

La quatrième j)auvreté se rapporte aux biens spirituels : elle nous détache même «les goûts et des consolations spirituelles, ainsi que de toute autre prétention intérieure de môme nature, comme, par exemple, d'être un

grand saint, d'arriver à un sublime degré de grâce et de gloire ; elle ne souffre même pas une attache trop vive à la jouissance de Dieu et à l'acquisition de sa gloire ; elle veut qu'on se contente du degré de grâce et de gloire qui a été déterminé dans les desseins éternels de Dieu.

Ces deux dernières pauvretés sont les plus précieuses; et comme j'en suis si éloigné, je prierai notre Patriarche saint François de mêles obtenir; et pour bien m'assurer l'intervention de ce saint Père auprès de Dieu, je tâcherai de l'imiter, autant que je le pourrai, dans la pauvreté extérieure, laquelle regarde le strict usage des choses nécessaires; c'est pourquoi je me propose d'observer les points suivants :

1 . Je ne porterai qu'un seul habit, rapiécé en dedans et en dehors, conformément à ce que dit dans son testament le Patriarche saint François. Quant aux pièces de laine et de drap grossier, je m'en servirai dans le temps des prédications pour absorber la sueur, et le sermon fini, je les olerai ; si l'obéissance m'obligeait à les porter en d'autres temps, je me soumettrai.

2. Je ne prendrai jamais d'habit ni de manteau qui n'ait été porté par d'autres, et rapiécé comme je viens de le dire.

3. Je ne garderai rien pour mon usage parliculier, excepté le crucilix que je porte sur la poitrine, le cabas et le carton contenant mes sermons et mes écrits, mon bréviaire, ma petite règle, mon cilice, ma petite croix armée de pointes, mes lunettes, ma couronne d'épines, deux disciplines, l'une pour me donner la discipline en public, l'autre pour la nuit en secret ; un petit médaillon en bois renfermant d'un côté l'image de l'immaculée Conception , et de l'auire celle do saint Vinrent Ferricr. jiour donner la bénédiction aux malades. Je ne tiendrai aucune autre choseàmQn usage.

4. Je ne donnerai jamais le moindre objet de dévotion, ou autre, ni à des religieux ni k des séculiers, soit immédiatement par moi-même, soit par le moyen d'une tierce personne ; je laisserai à mes compagnons de mission le soin de distribuer, s'ils le jugent bon, certains objets de piété, sans m'en mêler en aucune manière. Pour la même raison, je n'accepterai jamais pour moi personnellement le moindre présent ; et en cela je serai très-rigoureux, sans que rien ne puisse jamais me persuader le contraire, vu que j'y trouve la plus grande tranquillité d'esprit.

5. J'aimerai tout ce qu'il y a de plus pauvre en fait d'habits, de nourriture, de chambre, et autres choses semblables ; je désirerai qu'il me manque même quelque chose du nécessaire, et le cas échéant, je m'en féliciterai intérieurement, bien que la partie inférieure de l'âme en éprouvât quelque ressentiment.

6. J'userai de parcimonie en toutes choses, dans la nourriture, dans l'éclairage, dans le chaufTage, jusque dans l'eau pour me laver, dans le papier pour écrire, et en d'autres choses semblables ; je veillerai dans les missions à ce qu'on ne s'écarte pas de cette règle et je regarderai aux plus petites choses. Par amour de la pauvreté, je dormirai sur des planches, je porterai des habits rapiécés, je marcherai déchaussé, et je converserai volont-jgi-g avec les pauvres, les confessant avec plus de plais'^i. que les riches. J'aurai en horreur les objets de curi'jgjt.^ les choses vaines, et .'superflues j'inclinerai toujc^^pg ygpg ig pauvreté la plus rigoureuse en toutes cho^^^^g .j[^,j d'imiter, autant qu'il m'est possible, notre géraphique Père, désirant vivement que l'Ordre tout entier en revint à l'austérité qu'il pratiquait, lui et sr ^ compagnons Nonobstant toutes les fautes que je cor^^^,,,,..,; ^^,,-,1^,, ^.^.^lç gai^e vertu, je proteste que je ve^^^^ ,n'a,nender, et je tiens à ce

que mon glorieux père saint François sache que mou désir est d'être pauvre, de vivre pauvre et très-pauvre jusqu'à la mort.

Vœu de chasteté.

XLVI. Pour ce qui concerne la Chasteté, il faut faire attention à tous les premiers mouvements, regarder l'ennemi de loin et ne pas le laisser approcher, mais lui déclarer la guerre aussitôt qu'il paraît. Pour cela, il faut réformer d'abord l'entendement, regardant comme une abomination ia moindre chose qui ait trait au vice opposé. C'est pourquoi, je me propose d'être plus vigilant sur ce point que sur aucun autre, plus attentif à fuir tous les dangers. Je ne traiterai avec des femmes que par obéissance et pour cause de grande nécessité, en vue de les aidera se sauver, et encore le ferai-je avec des précautions extrêmes. Je ne les regarderai jamais en face, au moins d'une manière fixe: si j'ai quelque afTaire à régler avec des dames de qualité, je les expédierai le plus brièvement possible, entretenant toujours mon esprit de quelque bonne pensée, à l'instar de ceux qui, ayant h traiter avec des personnes atteintes do la peste, se prémunissent contre la contagion en aspirant quelque essence : ainsi encore, je tournerai mes regards de côté et je m'en tirerai adroitement sans exciter d'étonnement.

Pour le même motif, je ne ferai jamais visite à des personnes de piété, si ce n'est pour cause d'infirmité grave. En temps de mission ancune femme n'entrera dans nos chambres, et on ne parlera à aucune hors du confessionnal, à moins qu'on ne puisse absolument pas éviter de le faire, et alors l'entretien se passera dans un lieu public et ouvert à tout le monde.

En un mot, je demanderai continuellement à Dieu une

MtS lŒSOLUTlO.NS. 529

puii'lé angélique, avec le désir de n'éprouver jamais aucun inouvemeni contraire à celle sainte vertu. Je m'accuserai en confession même de ce qui n'est pas péché, comme des premiers mouvements et des plus légers principes d'inclinations mauvaises. J'userai d'une extrême sévérité en loul, car il e^t certain que la sévéïilé ne saurait être poussée Irop loin en pareille matière. Enfin, pour obtenir une chasteté angélique, je ferai tous les jours douze inclinations, ainsi que je l'ai dit plu,- haut (xviij.

Vœu d'oBÉlSSANCE.

XLVII. Quant a la sainte Obéissance, je me propose de l'observer avec toute l'exactitude possible, moyennant la grâce de Dieu ; car c'est le vœu principal et le plus noble de tous; c'est lui qui nous rend de véritables religieux, et sans lui tous nos efiforts pour atteindre à la perfection seraient vains.

Or, ou peut ( onsidérer trois sortes d'obéissance : la première consiste dans la conformité de l'œuvre avec le commandement . c'est-à-dire, à faire telle chose parce qu'elle est commandée. La seconde consiste dans la conformité de notre volonté avec celle du supérieur, c'est-àdire à faire telle chose parce que la supérieur l'ordonne ainsi. La troisième consiste dans la conformité de notre volonté avec la sainte volonté de Dieu, reconnue et adorée dans la volonté du supérieur. Ei comme celte dernière obéissance est la véritable et la plus parfaite, je me propose de l'observer exactement, envisageant dans tout acte d'obéissance sa raison formelle qui est la Irès-sajnte volonté de Dieu. De manière que je dois tenir pour certain que celui qui règle et qui commande, ce n'est pas un homme, mais Dieu même : Qui von audit, me audit. Je p. M viii 45

530 MHS RÉSOLUTIONS.

me propose d'en agir de la sorte, moyennant la grâce de Dieu, non-seulement avec une intention virtuelle, contenue dans la résolution prise antérieurement, mais d'obéir chaque fois en considérant actuellement que le supérieur qui commande et qui règle est un Dieu sur la terre, et je me porterai à obéir par cet unique motif que Dieu le veut, l'ordonne, le commande ainsi.

De cette manière, il me sera facile de soumettre nonseulement ma volonté, mais même mon jugement; car si c'est Dieu qui ordonne et qui commande , ce qu'il ordonne et commande sera toujours le mieux, bien que je crusse voir le contraire. Cela doit s'entendre toutefois sous la réserve que le supérieur ne commande pas une chose mauvaise, ou contraire à nos règles, ou opposée aux prescriptions d'un supérieur plus élevé, selon le sentiment des pères spirituels les plus savants et les plus pieux. Hors ces cas, je me propose même d'obéir à mes compagnons en mission, pour tout ce qui n'est pas contraire au règlement et a l'avancement de la gloire de Dieu. De même, en voyage je me propose d'obéir au compagnon qui me sera donné, me rangeant de son avis en tout ce qui n'offense pas Dieu, comme je viens de le dire. Bien plus, dans les choses ordinaires j'obéirai même 'a un simple frère età d'autres qui me commanderont, les regardant tous comme mes supérieurs.

En entendant nommer la sainte Obéissance , je baisserai la tête, étant fermement persuadé que si je la prends pour guide en toute chose, je goûterai une paix véritable et ferai tout avec la plus grande tranquillité. Ainsi, que j'aille en mission, ou que je reste au couvent, qu'on m'emploie à telle chose ou à telle autre, tout doit m'être indifférent ; une fonction doit m'être aussi chère qu'une autre, du moment où je suis certain que c'est Dieu qui m'y

MES nÉSOLUTlO.NS. 531

appelle. Je respecterai donc mon supérieur comme un Dieu sur la terre, lui témoignant toute sorte eie respect, et m'inclinanl, non-seulement devant lui, mais même devant sa chambre; toutes les fois que j'y passerai, je la saluerai comme un lieu où habite le représentant de Dieu. Je ne ferai pas la moindre chose sans être dirigé par i'obéissance. Si, en traçant ces pages, j'ai voulu entrer dans les plus petits détails , c'est afin d'avoir sur chaque point l'obédience tant du père spirituel que du supérieur : si ceux-ci me disent de les déchirer ou de les jeter au feu, j'obéirai sur-le-champ ; et s'ils m'ordonnent de faire tout l'opposé de ce que j'ai résolu, je m'y soumettrai ponctuellement. En un mot, je ne ferai ni plus ni moins que ce qui me sera ordonné ; fermement décidé de vivre et de mourir dans ces dispositions, j'inclinerai la tète au seul nom d'Obéissance.

Vertu de religion. Actes intérieurs et extérieurs.

XLVIIl. En tout temps, je tâcherai d'observer d'une manière spéciale trois autres vertus, qui, après les vertus théologales, sont les plus excellentes, les plus dignes, les plus pratiques, et les plus nécessaires pour moi personnellement, savoir : la vertu de Religion , l'Humilité et la Charité envers le prochain.

Quant k la vertu de Religion, laquelle consiste k reconnaître l'excellence de Dieu . avec une humble et véritable soumission à son infinie Majesté, je tâcherai do me la rendre familière, premièrement par des actes intérieurs , m'humiliant devant Dieu, le reconnaissant pour mon souverain et le maître de ma vie, et me prosternant jusqu'à terre devant une telle Majesté. Ces actes, je les répéterai à plusieurs reprises dans le temps de l'oraison, et une fois pour

toutes, jentends les renouveler chaque fois que je baiserai la terre, que je fléchirai le genou devant le Saint- Sacrement, que je m'inclinerai Hevanl les images de Jésus, de Marie et des Saints, que je prendrai de l'eau bénite, que je dirai le Confìteor et d'autres prières, que je me prosternerai devant Dieu. Toutes les fois spécialement que je dirai mentalement ou vocalement : Mon Jésus, miséricorde^ j'entends reconnaître que sa miséricorde est un océan immense de tous les biens; et comme je répète cette oraison jaculatoire si fréquemment, que je ne pourrai pas toujours me former cette idée-là explicitement, maintenant pour toujours je conviens avec Dieu que, toutes les fois que je prononcerai ces mots , je prétends lui rendre le culte qui lui est dû; je proteste en outre que je voudrais à chaque instant rendre hommage à sa Majesté souveraine et par mon entendement, et par ma volonté, et par ma langue, et par toutes mes puissances, tant intérieures qu'extérieures.

Dévoiion à la Croix et à la Passion du Sauveur.

XLIX. Partant, j'exercerai cette vertu de religion par la dévotion que je porterai à la Croix , à la Passion du Sauveur, au très-saint Sacrement, à la sainte Vierge, à mon Ange gardien et à tous les Saints, aux Reliques et aux images des saints . ainsi qu'aux âmes du Purgatoire.

Quant à la Croix, je la baiserai très-souvent, je la tiendrai en main en voyageant et même pendant mon sommeil : et partout où j'en rencontrerai une, je la saluerai, en disant : O crux, ove, 'ipes iinica^ la vénérant comme la source de tout bien.

\j. Pour ce qui est delà Pos-inn du Sauveur. j(> la mé-

Hilerai nuit et jour, principalement en récitanf TofTice divin, conformémenl a la résolution que j'ai formulée plus haut (§ v), et j'aurai fréquemment sur les lèvres l'oraison jaculatoire : Passio Doniini nostri Jesu Christi sit scmpei' in corde meo. Je propagerai partout la pieuse pratique de l'aire sonner la cloche le vendredi à trois heures de l'après-midi, afin que tous les fidèles se mettent à genoux et récitent trois Pater et trois Ave en l'honneur de Jésus, qui endura pour nous une agonie de trois heures sur la croix, qu'ils se rappellent que c'est a cette heure-là que le Fils de Dieu expira, et qu'ils prient pour la conversion des pécheurs le.-^ plus obstinés. Et pour que le souvenir de cet aimable Sauveur ne s'efTace jamais du cœur des hommes, j'introduirai en tous lieux le Chemin de la Croix. Je ne m'épargnerai aucune peine pour aplanir toutes les difficultés qui empêchent que ce saint exercice ne soit fréquenté. Je le donnerai souvent pour pénitence a ceux qui se confesseront à moi, (t j'engagerai les autres confesseurs à en faire autant. Le souvenir de la Passion du Sauveur une foi.'' profondément gravé dans les cœurs, on aura des mœurs pures ei. des cœurs disposés à toutes les bonnes œuvres.

Dévotion au Saint-Sacrement.

Ll. La dévotion au très-saint Sacrement sera le C(3ntre de toutes mes affection^. Je lui rendrni mes hommages en tout temps et en tout lieu. En arrivant dans un endroit quelconque, ma première visite sera pour Jésus au Sacrement de l'autel ; je réciterai l'antienne : 0 Sacrum coninciurn. avec l'oraison, en le vénérant par des actes intérieurs et extérieurs d'adoration. Je fi^-ai en sorte que dans les missions tout le monde l'accompagne avef une multitude de flambeaux, lorsqu'on le porte aux infirmes. J'in- !•• ». vin. 45*

troduirai partout la Confrérie de l'adoration perpétuelle du très-saint Sacrement, veillant à ce que chacun se choisisse une heure d'adoration, afin qu'il y ait toujours quelqu'un occupé à rendre un tribut d'hommages à Jésus dans son tabernacle, du moins dans les lieux où l'on peut aisément se procurer des bulletins imprimés. Bien plus, par respect pour cet auguste Sacrement, je réglerai toute ma vie, toutes mes actions, en vue de célébrer avec recueillement le saint sacrifice de la Messe, où Dieu se rend à lui-même un honneur inBni. A cette fin, je tâcherai d'accomplir ponctuellement tout ce que je me suis proposé dans le paragraphe troisième de ces Résolutions, sans omettre jamais la moindre chose.

Dévotion à la sainte Vierge.

LU. Je voudrais avoir la dévotion la plus tendre envers la très-sainte Vierge ; je déclare que j'ai remis entre ses mains la grande aflaire de mon salut éternel. Je l'aime de mon amour le plus ardent, comme un fils aime la meilleure des mères, et je désire que tous l'aiment et lui portent le plus grand respect. A cette fin, je prêcherai le sermon de la sainte Vierge avec une ferveur toute spéciale, souhaitant ardemment que tous les cœurs soient épris d'amour pour cette auguste souveraine. Je serai surtout très-dévoué au mystère de son Immaculée Conception, et je n'abandonnerai jamais l'entreprise du traité ayant pour but de faire définir ce point comme article de foi ; je poursuivrai ce but par toutes les voies et tous les moyens (iossibles, dussé-je versor mon sang et donner ma vie. Je porterai sur la poitrine un petit médaillon de l'inimarulée Conception, avec lequel je bénirai les infirmes, et le prenant souvent en main, je le baiserai avec les senlinK-nt?

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d'un tcndrr amour et d'une ardente dévotion. Je n'omettrai jamais les pratiques de piété à l'aire chaque jour, lesquelles ont été indiquées précédemment (xvi-xix). En outre , je ferai les neuvaines de l'Immaculée Conception, de la Nativité et de TAssomption. Ces neuvaines consisteront à réciter neuf fois le Magnificat, et à faire autant de génuflexions accompagnées chacune de trois actes, savoir : un acte de remercîment à la très-sainte Trinité pour les grâces accordées à Marie dans tel mystère, un acte de douleur de mes péchés, et un acte d'amour envers Dieu et envers la sainte Vierge. Aux autres fêtes de la Mère de Dieu je ferai un triduum en observant les mêmes pratiques. Je serai aussi bien dévot aux douleurs de Marie, j'en ferai souvent le sujet de mes réflexions, je compatirai à ses peines, et dans ce but je porterai sur la poitrine la petite croix armée de sept pointes (xxxvi) ; par ce moyen, j'entretiendrai le souvenir des douleurs de cette auguste Mère.

Dévotion à l'Ange gardien.

LUI. .le porterai une grande dévotion à mon ange gardien, je m'entretiendrai souvent avec lui. je lui demanderai conseil dans mes doutes et assistance dans tous mes exercices spirituels, afin qu'il m'éclaire au moment où j'ai besoin de lumière, et me remette en mémoire les résolutions que j'ai prises pour la gloire de Dieu. Je l'invoquerai d'une manière spéciale avant de prêcher ou de me mettre en oraison, afin qu'il m'aide a m'unir parfaitement à Dieu. Chaque soir, je réciterai Y Angele Dei en son honneur, afin qu'il resli' au|)rès de moi et me protège durant le sommeil, conformément à la résolution déjà prise (xxxix) ; j'en ferai autant le malin, afin qu il m'assiste durant le jour.

Dévotion envers les âmes du Purgatoire.

LIV. Je secourrai le plus que je pourrai les âmes du purgatoire, en leur abandonnant le mérite satisfactoire de toutes mes bonnes œuvres et de toutes les indulgences que je pourrai gagner, de la manière indiquée plus haut (xiu et xiv). Lorsque la mission se prolongera pendant plusieurs jours, je prêcherai avec feu le sermon sur les saintes âmes, afin d'exciter les fidèles à les soulager. •

Vertu d'Hi'MiLiTÉ. — Deux sortes d'humilité.

LV. La sainte Humilité est sœur de la vertu de religion, avec cette différence que la vertu de religion regarde principalement l'excellence de Dieu et secondairement notre bassesse, tandis que l'humilitc regarde |)rincipalemont notre bassesse et secondairement l'excellence de Dieu ; eu d'autres termes, nous devons nous humilier et devant Dieu et devant les hommes, |»our honorer et exaller l'excellence de Dieu. Mais, hélas! combien j'ai été éloigné jusqu'ici de cette belle vertu, sans laquelle toutes les- autres croulent par terre! Je prends donc la résolution, avec la grâce de Dieu, d'en faire une étude toute particulière, et de me recommander souvent à Dieu pour acquérir, au moins à quelque degré, cette sainte vertu d'humilité. Chaque jour, à l'examen du midi sur la paix du cœ.ur, je jetterai un coup d'œil sur ma conscience pour voir si je n'ai pas manqué à cette vertu, car les inquiétudes, pour l'ordinaire, naissent du défaut d'humilité.

Je distinguerai deux sortes d'humdité, savoir : l'huniilité d'entendement et l'humilité de volonté. La première me fait connaître mon néant, la seconde me fait embrasser les mépris en toutes choses.

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Quant h la première, il est manifesto que si je me coiisiHère sou> le rapport naturel, soil physique soit moral, tout me fait voir clairemcnl mon néant et mon extrême bassesse, d'autant plus que Dieu, qui fait tout avec conseil et avec sagesse, m'a fait naître pauvre et obscur, et m'a fait embrasser un Ordre pauvre, très-pauvre, bienfait ineffable dont je le remercie de tout mon rœur ; certes, ma naissance d'un père pauvre, marinier de profession, presque sans fortune, m'est d'un grand secours pour tenir la tête basse et me reconnaître le dernier des hommes. — Pour ce qu'il est des biens surnafurels, ne pouvant pas avoir une bonne pensée sans une nouvelle grâce actuelle, je suis convaincu jusqu'à l'évidence de la isterilite absolue de mon pauvre cœur, incapable de tout bien sans une influence spéciale de la grâce. — Si enfin je plonge du regard dans le gouffre de mes énormes péchés, je découvre un abîme sans fond, et ce que disait saint François par une sainte exagération, savoir qu'il était le plus grand pécheur du monde, je dois le dire de moimême sans la moindre exagération, en toute vérité et en toute sincérité. Si j'éprouve de la difficulté à me former cette idée si juste sur mon propre compte, c'est là précisément le signe le plus clair que je suis le plus grand orgueilleux du monde: puisque, ayant sous les yeux une vérité si patente, l'orgueil m'aveugle néanmoins au point de m'empêcher de la reconnaître. Mais avec la grâce de Dieu je ne veux plus vivre en aveugle, et je pose pour fondement de l'humilité qu'il n'y a rien en moi que néant et PÉCHÉ. Oui, voilà tout mon avoir en ce monde : .néant et

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