JÉ-;US DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS ET ABREUVÉ DE KIEL
Le monde ne vit jamais un spectacle plus horrible, plus lamentable que celui-ci. Le Fils de Dieu est mis à nu, bien plus, écorché tout vivant en présence de cette popu-
lace qui, par ses sifflets et ses ironies, tourne en dérision les opprobres de son Sauveur et s'en fait un sujet de divertissement. Ces risées et ces clameurs populaires sont comme autant de poignards qui percent le cœur de Jésus. Un peuple comblé de ses bienfaits, et poussant l'aveuglement et la barbarie jusqu'à bondir de joie au milieu de ses plus extrêmes souffrances! — Voilà, mon frère, une image de ce qui se passe dans ces antres de la luxure, dans ces veilles et ces réunions criminelles. Quels éclats de rire à chaque parole bouffonne, à chaque trait scandaleux, c'est-à-dire, en d'autres termes, chaque fois qu'on écorche tout vivant le corps adorable de Jésus ! Et après cela, vous vous lamentez de ce que votre maison s'en va en ruine, de te que votre famille se dissout, et que vous ne pouvez plus en sortir; tandis que votre impiété en est venue au point que vous tressaillez au comble de l'abomination : Exultant in rebus fesnimis . Il faut s'amender, mes frères, il faut s'amender, si l'on ne veut pas voir éclater de plus terribles châtiments.
XI" STATION
JÉSUS CRUCIFIÉ
Le corps du Sauveur, exténué par la fatigue et la perte du sang, est rudement renversé par torre; on étend la croix, et l'on commence l'atroce crucifiement. Considérez Jésus, avec quelle bonne volonté, quel empressement il tend les pieds et les mains. Un bourreau furieux saisit un gros clou, et à grands coups de marteau l'enfonce dans la main droite du divin Sauveur ; on attache ensuite une corde à la main gauche, dont les nerfs se sont con-
tractés, et on la tire violemment pour la faire arriver jusqu'à l'endroit désigné ; puis on étend de même ses pieds. Ah I voyez comme les plaies s'élargissent, comme les os se disloquent, comme les chairs se déchirent, et comme toutes les jointures du corps se brisent. — Amateurs des plaisirs mondains, où êtes-vous? Venez ici, vous qui poursuivez toutes les délicatesses de la vie. Voyez à quelle extrémité votre sensualité a réduit mon Sauveur. Juste ciel! qu'est-ce qu'un Dieu pouvait faire de plus pour mettre une borne à vos voluptés? Or, je ne demande de vous qu'une seule chose ce soir, c'est que vous jetiez un regard fixe, attentif et compatissant sur Jésus souffrant et cloué à la croix. Eh bien! qu'en dites-vous? quels sont vos sentiments? Il me paraît impossible qu'à la vue de Jésus crucifié, et crucifié pour vous, vous ne preniez pas la résolution de revenir de vos égarements. Courage donc, pécheurs, mes bien-aimés frères, décidez-vous à vous confesser et à pleurer vos péchés pour l'amour de Jésus.
XII« STATION
JÉSrJS ÉLEVÉ E.N CROIX.
Monde ingrat, couvre-toi la face de confusion, car en vérité tu n'es pas digne d'un spectacle si auguste. Et qui pourrait relenir ses larmes, mes frères, en voyant un Dieu traîné sur une croix à laquelle il est cloué, et élevé en l'air, à la vue d'un peuple immense, en laissant couler de ses plaies autant de fleuves de sang? Ah ! contemplez cette immense charité qui lui fait tenir les bras ouverts, pour donner à entendre que s'il souffre, il souffre par pur amour. Mais, hélas ! voyant que tant d'amour n'est payé
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que de la plus noire ingralitude, il incline la téle comme un homme qui se meurt, et, au milieu de ses angoisses, remet son âme entre les mains de son Père éternel : Tradidit apirUuni. — Quoi 1 Jésus-Christ, le Fils unique du Père, le Fils du Très-Haut, Dieu lui-même, a été crucifié, est mort pour moi? C'est pour moi que mon Sauveur Jésus-Christ a expiré sur une croix? — Ah! oui, oui, que les rochers se brisent, que les montagnes s'entrechoquent, que le soleil s'obscurcisse, que les cieux se troublent et que les étoiles tombent du firmament, rien de plus juste : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, a rendu l'esprit : Tradidit spiritum. Où donc avez-vous le cœur, pécheurs? Jésus-Christ, le Fils de Dieu est mort, il a expiré pour vous sur une croix! Ah! vous pouvez bien le proclamer à haute voix, ô grand Apôtre : Qui non amat Dotninum Jesum, anathema sit ; à quiconque n'aime pas le Seigneur Jésus crucifié et mort pour moi, anathème éternel ! El si jamais, mes frères, il se trouvait dans celte religieuse assemblée un seul de ces cœurs de bronze qui, insensible à un tel bienfait, n'eût pas encore pris la résolution, dans le cours de celte voie douloureuse, de renoncer au péclié et de se confesser au plus lot, que devrais-je faire? Le voici : je voudrais en sa présence embrasser les pieds adorés de mon Jésus, et puis tout en larmes et brûlant de zèle, lui dire : Voici, âme possédée, voici les monuments de ton obstination; les vois-tu ces meurtrissures? Ce sont les effets de la malice et de ta perversité. Eh bien! donc, si tu n'es pas encore rassasiée, décharge la fureur, rouvre ces plaies, couvre ce visage de nouveaux outrages ; perce de nouvenu ce cœur, assouvis la rage; car il est si bon Jésus, il est si bon qu il est prêt à souffrir encore une fois la mort pour ton amour, pourvu que lu reviennes enfin de tes égarements. — Ah ! i'. M. \iii. y
je suis bien'sûr qu'à la vue de tant de bonté un rœur de rocher finirait par se rendre; d'autant plus que je vous vois déjà tous pénétrés de componction et déterminés à donner mille vies, plutôt que de jamais plus offenser Jésus. Confirmons donc au pied de la croix une si généreuse résolution, et prions Jésus de nous accorder la grâce de mourir avec une véritable douleur de l'avoir tant offensé par le passé.
XIII» STATION