AUX PASTEURS «ES AMES
miroir resplendissant de la passion de rHoninie-Dieu, ne peut s'empêcher, au reflet d'une si vive clarté, d'être frappé des souillures qui couvrent son âme, et de les détester. Bien plus, à la vuq d'un Dieu souffrant pour lui, il se sent excité à correspondre à tant d'amour, au moins en acceptant avec résignation les incommodités, les désagréments qui se rencontrent nécessairement dans toutes les conditions de la vie. En outre, le jour où l'on pratique ce pieux exercice on éprouve un certain dégoût pour les vanités du monde. C'est une observation qui a été faite par un grand nombre de vertueux pasteurs, savoir, que pour mettre un frein à la fureur des bals, des jeux, en un mot de tous les divertissements illicites ou dangereux, et obtenir que les jours fériés soient consacrés aux bonnes œuvres, il n'y a pas de moyen plus efficace que l'exercice du Chemin delà Croix. Lorsque tous les fidèles ont fait publiquement ce pieux exercice après vêpres, on r-emarque en eux plus de retenue, plus de modestie, et généralement de l'indifférence pour les amusements profanes.
Béni soit donc le saint exercice du Chemin de la Croix, qui attire si efficacement les cœurs et opère des changements si admirables! De vénérables prélats, qui avaient été témoins de ces heureux effets, se sont épris d'un saint zèle pour propager le Chemin de la Croix. Quelques-uns sont allés nu-pieds l'ériger dans les églises de leurs diocèses, se conciliant, par une conduite si édifiante, l'affection de toutes leurs ouailles. D'autres ont fait peindre les stations dans leurs cathédrales; plusieurs ont ordonné que cette dévotion fût introduite dans tous les monastères soumis 'a leur juridiction, et il en est résulté un bien très-sensible : ce pieux exercice est comme un feu qui embrase le cœur des vierges consacrées à Dieu ; c'est une douce et sainte occupation qui les dégoûte des
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convorsalions vaines, des passe-temps inutiles; c'est un stimulnnl qui les anime à tendre à la perfeclion, r'est un lien de paix et d'union entre elles. Enfin il est des prélats qui ont enjoint à tous les curés d'établir le Chemin de la Croix dans leurs paroisses, et de le visiter processionnellement avec le concours des fidèles au moins une fois le mois. Les pasteurs qui ont eu le bonheur d'enrichir leurs paroisses de ce grand moyen de salut pourraient nous dire les larmes qui ont été versées devant chaque station, les soupirs qui ont été poussés, les mortifications qui ont été pratiquées. On a vu des confréries entières se réunir le soir pour vaquer à ce saint exercice, et se donner la discipline jusqu'au sang, en suivant les traces ensanglantées de notre divin Rédempteur.
C'est pourquoi, le front dans la poussière, je conjure, par les entrailles de Jésus-Christ, autant qu'il est en mon pouvoir, nos vénérables pasteurs de ne pas frustrer leurs ouailles d'un si grand trésor. Si celui qui a enfoui un seul talent a mérité d'être précipité dans les ténèbres extérieures, que sera-ce de celui qui dérobe à son peuple un si riche capital? Ah! croyez-moi, messieurs, c'est de votre sollicitude, de votre zèle, de votre diligence que dépend tout le bien des fidèles confiés à vos soins; et en fait, vous ne pourriez leur rendre de plus grand service que de les habituer à niéditer la passion du Sauveur.
Mettez donc la main à l'œuvre, messieurs; je vous en supplie par l'amour que vous portez à Jésus souffrant, par l'amour que vous portez aux âmes, par l'amour que vous vous portez à vous-mêmes. Prenez sur vous d'instruire tous les fidèles, surtout le pauvre peuple, dans la dévotion du Chemin de la Croix, en leur enseignant en quoi consiste ce saint exercice, combien il est excellent, avantageux, facile , quel profit ils peuvent en retirer pour
AUX PASTrX'US KF.S AMES.
eux-niómo?: et pour le? autres, pour ics vivants ot pour les morts. Afin d'en propiiger plus sûrement la |)ratique, il est bon de le donner pour pénitence sacramentelle , c'est en effet un remède des plus efficaces ; il guérit et préserve tout à la fois; il nous obtient la rémission des peines dues aux péchés, au moyen des indulgences qui y sont attachées, et procure à l'âme de nouvelles forces en attirant sur elle des grâces plus abondantes ; c'est aussi une excellente préparation avant de recevoir la sainte communion, et une action de grâce très-fructueuse après l'avoir reçue. Courage donc, mes bien-aimés confrères dans le sacerdoce, courage! ne vous épargnez aucune peine pour propager une œuvre si salutaire. Prêchez, exhortez, soyez saintement importuns pour porter tout le monde à marcher dans cette voie royale de la Croix, qui a pour terme la gloire éternelle. Rappelez fréquemment aux fidèles qui vous sont confiés cette célèbre sentence du vénérable Thomas à Kempis : « Il n'y a rien d'aussi propre à convertir les âmes à Dieu, à les éloigner du péché, "a leur faire expier les fautes commises, à les préserver d'y retomber, a les maintenir constamment dans la pratique de la vertu, que le saint exercice du Chemin de la Croix et la pieuse méditation de la passion du Sauveur. » Ah ! ne dédaignez pas les prières, les humbles instances de votre pauvre serviteur; ne résistez pas à l'impulsion de l'Esprit-Saint qui vous pousse à embrasser cette œuvre : il s'agit de procurer à Dieu beaucoup de gloire et au prochain de grands avantages ; d'amasser des trésors de mérites pour vous-mêmes, pour les vivants, pour les morts, pour tout le monle. Pensez-y bien, et prenez une résolution en conséquence.
11. C'est à vous maintenant que je m'adresse, avec le -^■■nlimenl du plus profond respect, mes [lères et mes