‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 60 sur 180 · AUX PASTEURS PES AMES · texte numérisé non relu

AUX PASTEURS PES AMES

Eis sinwl imponentes ut sediilo invigileni ne extori, et qui nostrœ oberlientiœ non subsunt, se in publicatione ciiclarum indulgentiarum aliquatenus ingérant, mit sibi dictum exercitium tanquam sui Ordinis peculiare ornamentum appropriare prœsumant . En effet, les règles ou Avertissements^ publiés par ordre de Clément XII et renouvelés par notre saint Père le pape Benoît XIV, disent expressément que la faculté de l'ériger a été accordée exclusivement aux religieux qui dépendent du Ministre-Général des Frères Mineurs : Privative quoad alias quoscumque. ''Sauf les induits spéciaux accordés par le Saint-Siège, comme on l'a déjà fait observer dans la première Instruction.

Me voici donc à genoux à vos pieds, mes vénérés pères, et très-chers frères en Jésus-Christ, pour vous supplier de déployer toute l'ardeur possible, afin de propager dans le monde entier cette sainte dévotion. Faisons en sorte, pour commencer, qu'elle s'établisse dans tous les couvents, et qu'on la pratique solennellement au moins une fois le mois, afin de la faire goûter aux fidèles ; que les supérieurs chargent un religieux fervent de diriger l'exercice, pour qu'il se fasse avec toute la modestie, le recueillement et la piété désirables, conformément à ce qui est prescrit par le bref Debitum d'Innocent XII, en date du 19 mai 1694, et par les rubriques particulières du bréviaire franciscain, n. 131, dont voici les termes : Omnimoda adhibeatur cura ut in cunctis confraternitatibus erectis, seu erigendis in ecclesiis conventuum, seu monasteriorum, etc., exercitium Vice Crucis et orationis mentalis quarn citius stabiliatur, eoque introducto, una e dominicis, seu diebus festivis, pro quolibet mense, a superiore locali, de assensu discretorii conventus, in perpetuum assignabitur ad consequendam indulgentiam pltnariam novissime a Sanctissimo Domino nostro Jnnocentio XII

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beiiigìic concexiiaiìì ; quœ ordinatio in non exiguuni cedei animaruTìi profectum, si ubique ierrarum a nostralibus praxi mandctur. Qu'on exécute celle ordonnance, el l'on verra, non-seulement refleurir parmi nous 1 observance régulière, mais aussi s'accroître chez les fidèles la vénération pour notre saint habit, et le crédit de l'Ordre séraphique.

Elargissons nos cœurs, puisqu'il en est ainsi, et pour ouvrir un plus vaste champ à notre zèle, ne nous contentons pas de voir le Chemin de la Croix honoré par le concours des fidèles dans nos églises seulement, mais secondons les pieuses intentions des souverains pontifes Clément XII et Benoît XIV, qui, dans les brefs que nous reproduisons ci-après, montrent un si ardent désir de voir celte salutaire dévotion se propager de toutes parts; faisons-nous un devoir de coopérer à la réalisation d'un pareil vœu. Je sais bien que plusieurs sont arrêtés dans cette sainte entreprise par la crainte futile qu'en propageant celte dévotion on ne lui ôte de son crédit et qu'on diminue le concours dans nos propres églises. 0 funeste illusion I Je ne sais s'il existe au monde de dévotion plus accréditée et plus répandue que celle du Rosaire, puisqu'on peut dire avec vérité qu il y a bien peu de paroisses où il ne soit d'un usage commun, el moi-même, dans les missions, j'inóulque au peuple de le réciter le soir dans toutes les familles. A-t-il perdu pour cela de son crédit? en est-il moins vénérable '? le concours a-t-il cessé dans les églises des dominicains? Loin de là, cette précieuse dévotion n'a fait que s'enraciner de plus en plus dans le cœur des fidèles, et il en est résulté, comme il en résulte encore continuellement, une gloire insigne pour l'Ordre des Frères Prêcheurs. Pourquoi donc ne croirionsnous pas aussi que la dévotion du Chemin de la Croix, en

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se propageant, n'en deviendra que plus précieuse et plus agréable aux yeux des peuples, tout en procurant plus de gloire à Dieu, plus de relief à notre Ordre et plus de fruits de salut aux âmes ?

Que faisons-nous donc, mes chers frères? Que tardons-nous k parcourir l'univers en tous sens, afin d'introduire ce salutaire exercice dans toutes les villes, dans tous les villages, dans tous les établissements religieux ou ecclésiastiques? Le bon moyen de sanctifier le monde catholique et de le délivrer de !a tyrannie de Satan, c'est de faire tous ses efforts pour que les fidèles pensent souvent à la passion du Sauveur et qu'ils la portent gravée dans le coeur. Et ne vous effrayez pas de voir l'enfer se déchaîner quand il s'agit d'ériger quelque part le Chemin de la Croix ; c'est qu'il a le plus grand intérêt à empêcher cette salutaire dévotion de s'étendre, il la regarde à bon droit comme une forteresse contre laquelle ses efforts échoueront toujours. Que nous devrions rougir par conséquent d'être assez pusillanimes pour reculer devant les contradictions qui traversent presque toujours une œuvre aussi sainte! Je m'étonnerais qu'il n'y eût pas d'obstacle à vaincre. Mais il faut tenir tête à quiconque s'oppose à la gloire de Dieu, et ne pas craindre de traiter d'ennemis de la Croix de Jésus-Christ : Inimicos crucis Cìiristi, tous ceux qui contrarient l'établissement de cette dévotion, et refusent de se montrer les disciples du Sauveur en l'aidant à porter sa croix.

Ranimons donc notre courage, et ne nous épargnons aucune peine pour instruire les peuples, pour dissiper les doutes, pour aplanir les difficultés, et surloul pour stimuler le zèle des pasteurs et de tous ceux qui ont charge d'âmes. Afin d'obtenir plus facilement leur concours pour la promotion d'une si belle œuvre, prenons à charge de

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les exempter de toute dépense, en exhortant les familles les plus aisées de l'endroit à se cotiser pour faire chacune une station, ou à se réunir à plusieurs pour en faire une; et vous les verrez d'ordinaire s'y prêter avec empressement et avec piété.

Voilà le fruit principal que doivent recueillir nos pères de leurs stations de carême et de leurs missions : c'est de laisser après eux le Chemin de la Croix en honneur parmi les fidèles. Pour cela il faudra avoir soin, comme on l'a déjà dit, de le faire la première fois avec toute la solennité possible. La bénédiction des croix sera précédée d'une instruction sur l'excellence, l'utilité et la facilité du Chemin de la Croix, ou sur toute autre matière qui ait trait à la passion de Notre-Seigneur; puis, ce qui relève merveilleusement la cérémonie, c'est de faire une courte allocution à chaque station, ou si pas à toutes, du moins à la douzième, où l'on retiendra les fidèles un peu plus longtemps, pour leur faire bien peser tout le sens de ces paroles : un Dieu mort pour moi. C'est là surtout qu'il conviendrait de joindre l'action aux discours, et de rendre au Sauveur sang pour sang.

Oh ! quel grand bien on opère lorsque, à la suite d'un Carême, d'un Avent ou d'une mission, on laisse la population d'une paroisse pleine destime et d'ardeur pour cette pratique salutaire 1 Comme je connais le zèle qui vous anime à étendre de plus en plus une dévotion si spéciale à notre Institut, si instamment recommandée par les Chapitres généraux de l'Ordre, il ne me reste qu'à solliciter humblement les prières de tout le monde, afin que moimêino, le plus misérable et lo dernier de tous, je ne cesse de nù'mployer jusqu'à la fin à la propager, protestant que j'y contribuerais volontiers au prix de ma dernière goutte de sang, de mon dernier soupir, de ma vie.

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