RELATIFS AU CIIKMIN DE LA CROIX
archives de l'évêché, il adresse a» curé une autorisation en forme, que le curé, de son rôle, dépose dans les archives de la paroisse, ou insère dans son registre, en y ajoutant un acte d'érection signé au moins par lui et par le prêtre érigeant. Il convient que cet acte exprime la date de la demande adressée à l'évêque, celle de l'autorisation accordée par celui-ci, la nature du pouvoir du prêtre érigeant et enfin le fait de l'érection. (V. ci-dessus, p. 42.)
" Les écrits ne doivent pas nécessairement précéder l'érection ; mais il est bon cependant qu'ils soient rédigés dans le plus bref délai possible, de peur qu'il ne s'élève des doutes dans la suite touchant l'érection, comme il est dit dansune déclaration du 27 janvier i 838 [Documents, n.\.]
En effet, d'après cette déclaration, bien qu'il soit à désirer que le consentement de l'Ordinaire et celui du supérieur du lieu soient donnés par écrit, il n'est cependant pas nécessaire sous peine de nullité qu'ils le soient autrement que de vive voix. Par conséquent, s'il consto d'ailleurs que la bénédiction des croix a été dûment faite, il suffit que l'Ordinaire supplée le défaut de documents écrits par de nouvelles lettres d'érection ou de confirmalion, ce qui peut avoir lieu même assez longtemps après l'érection, sans qu'il faille procéder à une nouvelle bénédiction. D'où il suit que l'absence d'écritures n'entraîne la nullité de l'érection que pour autant qu'on ne pourrait plus la constater avec certitude. "
Voila, cher lecteur, l'ordre et l'enchaînement des concessions et des décrets relatifs au Chemin de la Croix, qui ont paru jusqu'il ce jour. 11 ne nous reste plus, pour mettre le comble à la consolation des fidèles qui affectionnent ce saint exercice, qu'à dissiper quelques prétextes frivoles et sans consistance, par lesquels on cherche à amoindrir son importance, et k en empêcher la propagation.
§ 8. Une objection contre la propagation du Chemin de la Croix.
Le premier prétexte et le plus vulgaire qu'on mette en avant, c'est celui qui a déjà été indiqué plus haut, savoir, qu'on ne peut étendre cette dévotion en tant de lieux sans l'avilir; qu'on ne peut multiplier le nombre des Chemins de la Croix sans les faire baisser dans l'estime publique et diminuer le concours dans les églises de l'Ordre.
Ce prétexte spécieux basé sur un feint respect pour cette pieuse pratique a déjà été réfuté {ci-dessus, Exhortation, p. 120), au moyen de la comparaison que nous avons tirée du saint Rosaire. Mais depuis que j'ai écrit ce qui précède, j'ai eu l'occasion d'en conférer avec le pieux et reverendissime Général des Dominicains, lequel m'a fait observer que la dévotion du Rosaire se pratique de deux manières : il y a la confrérie du Rosaire, qui enregistre le nom de ses associés, fait fou-; les ans une procession solennelle, etc. Or, cette confrérie, on ne l'étend pas aussi facilement; il faut certaines conditions pour en faire partie, etc. Il y a ensuite la dévotion du Rosaire telle qu'elle est communément pratiquée, et qui consiste à le réciter tous les jours, en méditant sur les mystères de la Religion, et spécialement sur ceux de la passion de Notre- Seigneur. Quant a cette dévotion, qui a élé enrichie de nombreuses indulgences par les souverains Pontifes, les missionnaires et les prédicateurs de lOrdre s'eiïorci'ut de la propager et de l'introduire partout, sans exception. Et moi-même, par un effet de l'attachement que je porte à cet Ordre vénérable, et dans le désir d'accroître le culte de la sainte Vierge, j'excite les peuples, en mission, à fréquenter les églises où l'on récite le Rosaire ; j'exhorte même toutes les familles à le réciter, tous les soirs en
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commun et à haute voix, afin de donner le bon exeniple aux voisins. Je regarde comme un des plus beaux fruits do nos missions de voir ainsi toutes les maisons convertie?, pour ainsi dire, en autant d'oratoires, grâce à la dévotion du Rosaire qui y est introduite.
Or, qui oserait dire que cette dévotion est avilie pour s'être trop propagée, tandis que nous la voyons au contraire s'enraciner tous les jours de plus en plus dans le cœur des fidèles, à la plus grande gloire de la très-sainte Vierge et de l'Ordre des Frères Prêcheurs?
Venons-en maintenant à l'application. Nos Chemins de la Croix ne sont pas des Congrégations, on ne tient pas un registre des associés, on ne fait pas de procession solennelle, etc. ce ne sont que des moyens de méditer plus vivement la passion ne Notre-Seignenr Jésus-Christ. Comment donc se rencontre-t-il tant de répugnance à les propager ? comment peut-on admettre raisonnablement celle idée que c'est avilir, prostituer le souvenir et la méditation de la passion du Sauveur que de l'étendre? D'aulanl plus que l'expérience nous atteste le contraire. En effet, le bref de notre saint-père le pape Benoît XIV avait à peine vu le jour, que l'Italie et presque tout le monde catholique s'empressa de s'enrichir de cette précieuse dévotion. Et en même temps on a vu, non pas diminuer, mais s'accroître prodigieusement le concours des fidèles dans nos églises, pour y faire le Chemin de la Croix, comme on pourrait le prouver par bon nombre d'exemfiles. La laison en est simple : les fidèles, en voyant cette dévotion embrassée par tous les peuples, honorée par les grands, encouragée par le Vicaire de Jésus-Christ, s'en sont fait une plus haute idée et par suite niellent ])lus d'empressement à profiter des avantages qu'elle procure. Si vous pesez bien tous ces motifs, cher lecteur, vous rejetterez, comme dénué de
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base, le prétexte qu'on y oppose, et vous vous affectionnerez de plus en plus à l'exercice du Chemin de la Croix.
§ 9. Autre objection tirée des inconvénients prétendus de cette dévotion.
La seconde objection se présente revêtue du manteau de la piété chrétienne. Des personnes, pieuses d'ailleurs, mais dans l'illusion a cet égard, mettent en avant que la pratique du Chemin de la Croix, exigeant qu'on passe de station en station et qu'on fasse ainsi le tour de l'église, entraîne un certain mélange entre les hommes et les femmes, d'où il résulte de la confusion, des irrévérences dans le lieu saint, et peut-être d'autres inconvénients plus graves encore.
Si cette supposition avait autant de consistance qu'on voudrait l'insinuer, il faudrait proscrire toutes les cérémonies publiques, toutes les solennités, spécialement les adorations perpétuelles et les prières de quarante heures, durant lesquelles, jour et nuit, les fidèles de l'un et de l'autre sexe entrent et sortent en foule, et où il n'est pas possible, à cause de l'encombrement, de faire observer une séparation parfaite entre les hommes et les femmes.
Si vous me dites que ces concours sont également regrettables, je vous répondrai que l'intention pure et sainle qui anime les fidèles en ces circonstances prévient tous les désordres, qui n'existent que dans votre imaginalion. Mais d ailleurs, quoi qu'il en soit de votre supposition, sachez que des mesures ont été prises pour écarter tous les incon\énionts auxquels le Chemin de la Croix pouvait donner lieu dans la pratique. La sacrée Congrégation, dans ses Averlissements, défend qu'on fasse le Chemin de la Croix en particulier dans l'église pendant qu'on y célèbre la sainte messe ou les offices, et qu'il y a un concours
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de moucJu lei qu'il en résulterait quelque trouble (art. vu.]; lorsque l'église est assez vaste, elle engage à y ériger deux Chemins de la Croix, un pour les hommes et un pour les femmes (art. iv.), et quand rexercice se fait publiquement, si c'est en dehors de l'église, elle ordonne que les hommes marchent en avant, et les femmes à leur suite, et que les deux groupes soient séparés par un ou plusieurs prêtres; (art. v.); si c'est dans l'intérieur de l'église, les femmes aussi bien que les hommes, doivent demeurer en place, le prêtre et les chantres faisant seuls le tour des stations. Toutes ces précautions font voir combien l'appréhension des désordres dont il s'agit est mal fondée.
D'ailleurs c'est aux curés à parer aux petits inconvénients qui pourraient se produire. Si l'on n'aime point, par exemple, de voir certaines personnes baiser la terre à chaque station, une parole du curé suffit pour empêcher qu'on ne le fasse; il peut de même interdire aux femmes, s'il le juge bon, de faire le Chemin de la Croix le soir dans l'obscurité. Sii s'agit de l'exercice public, dans le cas où l'église soit trop petite eu égard au nombre des fidèles qui y prennent part, on pourrait le faire séparément un jour pour les hommes et un autre jour pour les femmes, et par là on préviendrait sûrement toute apparence même de désordre.
Je conseille du reste aux hommes d'imiter la conduite de la religieuse population de Ravenne, où l'on voit tous les soirs deux cents et jusqu'à trois cents hommes se réunir pour faire le Chemin de la Croix en commun; un ecclésiastique lit la considération sur chaque mystère et les autres méditent en silence. Et que de fruits ce bon peuple n'en relire-t-il pas! On peut croire pieusement que c'est à celte dévotion qu'il doit d'avoir été préservé des fléaux qui ont fait tant de ravages ailleurs; mais les bénédictions du Ciel ne se borneront pas là.
140 ÉCLAIRCISSEMENTS SITI; nUKLiJUF.S DOUTrS
Que les hommes 9onc raniment leur piété et leur ferveur, et qu'ils se réunissent, si pas tous les jours, au moins tous les vendredis, lorsque leurs travaux sont terminés, pour faire ensemble le Chemin de la Croix, et ils attireront sur eux les faveurs les plus abondantes.
§ 10. Troisième objection.
Une troisième objection, plus grossière que les précédentes, c'est que le Chemin de la Croix porte préjudice à l'adoration qui est due au Très-Saint Sacrement, attendu que celui qui médite le mystère représenté à chaque station oublie Jésus-Christ réellement présent dans le tabernacle, et quelquefois même lui manque de re.^^pect en lui tournant le dos pour s'agenouiller devant une station.
Peut-on rien imaginer de plus stupide? Qu'on médise, de grâce, qui a pu inventer et propager de pareilles préventions contre le (iheniin de la Croix. Quel est donc le Sauveur qu'on adore à chaque station, et dont on médite les plaies, les souffrances? N'est-ce pas celui-là même qui réside, vrai Dieu et vrai homme, dans le tabernacle? Or, si l'adoration qu'on rend à Jésus souffrant en visitant les stations se rapporte a Jésus présent sur l'autel dans l'Eucharistie, comment peut-on dire qu'elle lui soit préjudiciable, et surtout que ce soit un manque de respect à son égard? Combien n'y a-t-il pas d'églises où le Saint-Sacrement ne repose pas au maître-autel, mais dans une chapelle latérale, en face de laquelle se trouve une autre chapelle dédiée soit à la sainte Vierge, soit à un saint quelconque? est-ce que les fidèles en priant devant la sainte Vierge ou ce Saint ne doivent pas tourner le dos au Saint-Sacrement? oserait-on dire pour cela qu'ils lui manquent de respect? les hommages qu'ils rendent k la
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Viprge et aux saiMl;^ m- remonlenl-ils pas à Jésup-'"lhri~l, présent dans son tabernacle, comme a la source de toute grâce et de toute sainteté? Appliquez le même raisonnement aux stations du Chemin de la Croix, s'il arrivait qu'il y en eût qui fussent diamétralement opposées au Saint-Sacrement, ce qu'il faut pourtant éviter, autant que faire se peut. Mais, le cas échéant, on ne peut pas dire qu'il y ait irrévérence de la part de celui qui tourne matériellement le dos au tabernacle, ce qui a lieu assez fréquemment, du reste, dans les cérémonies ecclésiastiques, pourvu qu'il ait le cœur formellement tourné vers Jésus souffrant, qu'il adore dans les mystères de sa passion.
Concluez que ce sont là autant d'artifices suggérés par li3 démon, qui ne cherche rien tant que d'empêcher la méditation de la passion, parce que cette méditation est.le principe do toutes ses défaites.
§ M. Quatrième objeclion.
Il est encore un autre prétexte qui se pare du vernis d'une dévotion plus exquise : on voudrait détourner les fidèles de la pratique de ce saint exercice, prétenduemont parce qu'on médite la passion du Sauveur avec plus de ferveur et de recueillement dans une chambre et en secret, que dans une église où l'on est exposé aux yeux de tout le monde; et l'on s'appuie sur les jtaroles mêmes du Sauveur, qui nous recommande dans son Evangile de nous retirer à 1 écart pour prier : Tu autem cum oraveris intra in cubiculum tuum, et clauso ostio, ora Patrem tuum^. Il ne faut donc pas recourir au Chemin de la Croix, qu'on ne [)eul pas fréquenter partout et en tout temps.
' Mnilh. fi. f).
142 ÉCLAIKCISSEMF.NTS SUR QUELQUES DOUTES
Nous répondons qu'en recommandant la pratique du Chemin delà Croix, on ne dissuade nullement de méditer la passion dans sa chambre, en voyage, ou en vaquant à ses travaux ; c'est au contraire pour vous familiariser avec le souvenir des souffrances de Jésus, et vous porter à y penser en tout temps, en tout lieu, à toute occasion, qu'on vous propose l'usage fréquent du Chemin de la Croix ; c'est un moyen des plus efBcaces de se rendre la passion du Sauveur toujours présente a l'esprit. D'ailleurs le texte de l'Evangile qu'on nous oppose ne s'entend pas, d'après l'explication des saints Pères, tels que saint Augustin, saint Jérôme, saint Ambroise, de la retraite extérieure et corporelle, mais de ce recueillement intérieur, qui exclut toutes les pensées vaines et frivoles; sans cela il faudrait condamner toutes les prières publiques qui se font à l'église, ce qui est bien loin de l'intention de Notre -Seigneur, puisque, dans son discours sur la montagne, il nous recommande d'agir de manière à donner le bon exemple au prochain : Videant opera vestra bona, et gloripceiU Patrem vestrum qui in cœlis est^ . Voilà pourquoi notre Saint-Père le pape Benoît X1"V, avant d'insinuer aux évêques de propager l'usage de l'oraison mentale parmi les fidèles, exhorta tous les curés, dans son bref Cum tanta sit, d'introduire le Chemin de la Croix dans leurs paroisses, persuadé que c'est le moyen de rendre la méditation plus facile et d'attirer doucement, même les personnes simples et sans instruction, à pratiquer l'oraison mentale. En contemplant ces tableaux où sont représentés sous les couleurs les plus vives les tourments du Sauveur, elles se sentent émues ; ce sont comme des livres ouverts pour tout le monde, qui impressionnent l'imagination de ceux qui ne savent pas lire et les excitent à la compassion envers les souffrances
' Matth. 5. 16.
(le Notre-Seigneur ; quant à ceux qui savent lire, ils se servent des livres imprimés à cet usage, et, partie en lisant, partie en méditant, ils pratiquent parfaitement l'oraison mentale, qui est le principe de tout progrès dans la vertu.
Concluez de là qu'il est plus méritoire de méditer la passion en faisant le Chemin de la Croix qu'autrement, tant à cause de la ferveur qu'on éprouve à la vue des mystères représentés à chaque station, qu'à cause du bon exemple qu'on donne au prochain. Ajoutez que les indulgences que l'on gagne en pratiquant ce saint exercice, ce qui n'a pas lieu pour la simple méditation, doivent nous porter, tant pour notre propre avantage, que dans l'intérêt des âmes du purgatoire, à le fréquenter avec ferveur et le plus souvent possible.
Pour terminer ces éclaircissements, je dois imiter les peintres quand ils ont à représenter dans un petit cadre une nombreuse armée; ne pouvant pas reproduire tous les personnages de pied en cap, ils en donnent quelques-uns sur le premier plan, et groupent les autres en masse, de telle sorte qu'on n'aperçoive que les casques, les drapeaux, les pointes des lances, etc. C'est ainsi que je me suis attaché à exposer et à réfuter quelques-unes des raisons les plus importantes par lesquelles on voudrait jeter du discrédit sur le Chemin de la Croix ; je me contenterai d'indiquer les autres sommairement, afin de dissiper tous les doutes : je poserai des questions auxquelles je répondrai succinctement.
§ 12. On peut ériger plusieurs Chemins de la Croix dans la mênae localité, le même établissement.
On demande si, dans la même localité, dans le même couvent de religieux ou do religieuses, ou dans le même
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pensionnat, on peut ériger plusieurs Chemins de la Croix, pour la plus grande commodité des habitants.
Je réponds affirmativement. Dans les Avertissements, art. X, il est dit que quand même il existerait plusieurs paroisses dans une ville ou une commune, on peut ériger le Chemin de la Croix dans chacune, et même en plusieurs endroits, pour la commodité des tidèles. La raison en est qu'il n'existe aucune restriction à cet égard, ni dans les brefs pontificaux, ni beaucoup moins encore dans les Avertissements de la Congrégation. L'usage de Rome suffit d'ailleurs pour ôter toute espèce de doute à cet égard, puisqu'il n'y a guère de couvent d'hommes ou de femmes qui ne possède plusieurs Chemins de la Croix, pour l'aisance des membres de la communauté. Ayant moi-même consulté le Saint-Père sur ce point, il m'a répondu que la chose ne soufFre pas la moindre difficulté.
§ 13. Des lieux où le Chemin de la Croix peut être érigé.
Peut-on ériger le Chemin de la Croix dans de simples oratoires?
Je réponds qu'il y a deux sortes d'oratoires : les oratoires publics et les oratoires privés. Les oratoires publics sont ceux qui ne sont pas exclusivement affectés à l'usage d'une famille, mais sont ouverts à tout le monde et ont une porte sur la rue. Quant a ceux-ci, nul doute qu'on ne puisse y ériger le Chemin de la Croix, puisqu'ils sont expressément désignés dans le bref do Clément XIL Pour ce qui est de l'oratoire privé, affecté à l'usage particulier du maître auquel il appartient, et sans communication avec la rue, la décision du doute est remise à l'évêque ou à l'ordinaire. C'est à celui-ci encore à juger quels sont les autres lieux pieux où l'on peut ériger les stations. La
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sacrée Congrégation remet la solution de ces questions et autres semblables à la sagesse des Ordinaires. (Voyez le lire!" : Cuin tanta sit, vers la fin, et les Avertissements^ art X. — Documents, n. i et ii.j
" Il est certain que le Chemin de la Croix peut être validement érigé, non-seulement dans les chapelles publiques et ecclésiastiques, comme celles des couvents, collèges, hôpitaux, mais même dans les oratoires domestiques, lorsque ces derniers ont été autorisés par le Saint- Siège. Les facultés spéciales accordées à des évêques ou à de simples prêtres le disent expressément, comme nous l'avons vu plus haut, § V.
'• Il nous paraît également certain qu'il peut être établi régulièrement même en dehors des églises et oratoires, par exemple, dans un monastère, un hôpital, un cimetière ou autres lieux pies, pourvu qu'il y soit érigé par les Franciscains. En effet, le bref de Clément XII. renouvelé par Benoît XIV en date du 30 août 1741, permet en propres termes de l'ériger in ecdesiis, oratoriis, monasteriis, hospUalibus et aliis itideni piis locis. Les Averiisseiuents de la sacrée Congrégation supposent que le Chemin de la Croix puisse exister en plein air : ils portent, art. m : « Dans le cas où l'on voudrait ériger le Chemin de la Croix en dehors de l'église, comme on le fait dans beaucoup de couvents dudit Ordre, on aura toujours soin de commencer ou de terminer par l'église ou par un lieu saint. » — Et art. (v : a Lorsqu'on en érigera un en dehors de l'église, on aura soin d'en établir un autre dans l'église même;... afin qu'en temps de pluie, ou dans le cas d'un autre empêchement, on puisse néanmoins vaquer à ce salutaire exercice. »Du reste, l'usage de Rome et de toute lllalie suffirait seul pour confirmer notre assertion. Ce n'est donc que la faculté des prêtres séculiers et autres p. u viu. 13
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qui est restreinte. Ceux-ci, en vertu de leur induit particulier, ne peuvent ériger validement les stations que dans l'intérieur des églises et des oratoires canoniquement approuvés.
" Reste la question de savoir si le Chemin de la Croix pourrait être régulièrement établi dans des chapelles domestiques non approuvées ou même dans des chambres particulières. Mgr Bouvier (Tr. des Indulg. p. 120) affirme que Pie VI l'a permis, afin que ceux qui ont une grande dévotion envers la passion de Jésus-Christ puissent profiter des grâces attachées à cette sainte pratique. Quoique nous n'ayons connaissance d'aucune permission générale de ce genre, nous serions fort disposés à admettre la validité de l'érection, moyennant l'autorisation de l'Ordinaire, par la raison que les instructions du Saint- Siège n'excluent que les lieux indécents ou trop exposés aux irrévérences. (Voyez Avertissements, art. m.")
§ 14. Peut-on renouveler les croix et les tableaux, ou les changer de place?
Si l'on remplaçait les croix ou les tableaux primitifs par d'autres, ou si l'on changeait les stations de place, le Chemin de la Croix perdrail-il ses indulgences 'Ì
L'érection, conformément aux décrets pontificaux, doit se faire, selon le mode indiqué plus haut, par un Frère-Mineur observanlin ou récollel, " ou par tout autre prêtre muni d'un induit spécial à cet effet. " Or, si l'on substituait de nouvelles croix et de nouveaux tableaux aux anciens, ou si l'on changeait les stations de place, l'érection ne serait plus la même et conséquemmenl les indulgences seraient perdues. Si cependant le changement était peu important, il ne famirail pas en tenir compte.
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Toujours cst-il qu'en pareil cos, Userait bon de demander l'avis des religieux de l'Ordre et de s'entendre avec eux sur ce qu'il y aurait ii faire, afin do s'assurer le bénéfice des indulgences.
" Cette réponse, on ne peut se le dissimuler, est vague. La solution exacte et authentique du doute proposé est contenue dans une foule de déclarations de la Congrégation, notamment celles du 21 mars 1836, du 20 juin 1836, du 13 mars 1837, du 13 novembre 1837, du 3 août 1842 et du 22 août 1842 [Documents, n. vu, viii, IX, X, xt, xii). En voici le sommaire.
" La bénédiction et les indulgences sont exclusivement attachées aux croix, et nullement aux tableaux ou images représentant les stations Tel est le principe fondamental. Les croix seules sont essentielles ; les tableaux ne sont qu'utiles pour exciter la piété des fidèles et leur rappeler le sujet de chaque station : c'est pour ce motif qu'il est bon de les maintenir si on le peut commodément.
" En conséquence, on peut changer, renouveler, ou même supprimer les tableaux, sans que le Chemin de la Croix perde sa bénédiction.
" Quant aux croix, on peut, sans préjudice des indulgences, les déplacer pour les disposer dans un ordre différent, pourvu que ce soit dans la même enceinte, on peut aussi les enlever momentanément, même en totalité, pour un mois ou pour un temps plus long, pendant qu'on blanchit, par exemple, ou qu'on répare les murs de l'église. Les indulgences ne sont que suspendues jusqu'à ce que les croix soient remises en place, et ce replacement s'opère sans aucune formalité.
" Mais si les croix n'étaient plus replacées dans la même enceinte, ou si elles étaient détruites ou renouvelées en majeure partie, une nouvelle bénédiction serait de rigueur.
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Je dis renouvelées en majeure partie; car si les croix primitives subsistent en nombre supérieur aux nouvelles, le Chemin de la Croix reste bénit et indulgencié."
§ 15. Le Chemin de la Croix ne doit pas nécessairement commencer du cùlé de l'Evangile.
De quel côté faut-il placer la première croix lorsque les stations sont érigées dans une église? est-ce à gauche ou h droite du maître-autel, en d'autres termes, est-ce du côté de l'Epître ou du côté de l'Evangile?
Je réponds qu'il n'est fait aucune mention de cette particularité, ni dans les brefs pontificaux, ni dans les Avertissements, et que, par conséquent, il faut laisser à chaque pays la faculté de suivre son usage particulier. A Rome, tous Chemins de la Croix commencent du côté de l'Evangile et se terminent du côté de l'Epître. Dans d'autres pays, cest le contraire. Que chacun adopte la dispo-* sition qui lui va le mieux.
" Celte réponse a été confirmée par une décision de la Congrégation du 13 mars 1837 [Documents, n. ix], qui dit expressément qu'il n'est pas requis, pour gagner les indulgences, que le Chemin de la Croix commence du côté de l'Evangile ; mais que telle est cependant la coutume et la pratique générale, appuyée d'ailleurs sur de pieuses raisons de convenance.
§ IG. La confession et la communion ne sont pas requises.
Pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix, est-il nécessaire de se confesser et de communier?
Je ne trouve celte condition prescrite, ni dans les bulles pontificales, ni dans les Avertissements de la sacrée Congrégation. 11 y est simplement enjoint de méditer sur
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la passion du Sauveur. C'est là l'œuvre strictement requise pour gagner les indulgences.
§ 17. Il ne suffit pas de réciter des prières vocales.
Celui qui ne sait pas méditer, que doit-il faire? Peuton lui dire qu'il suffît de visiter les stations, en récitant à chacune un Pater et un Ave, ou toute antre prière vocale, pour avoir part aux indulgences?
Non, cela ne suffit pas: il faut au moins réfléchir à la passion de Notre-Seigneur comme on le peut, chacun selon sa capacité. C'est ce que la sacrée Congrégation a déterminé dans ses Avertissements, art. vi. " (Voyez aussi les Documents, n. xni et xiv.)'
§ 18. Il faut réfléchir sur chacune des XIV stations.
Celui qui, pendant tout le cours du Chemin de la Croix, ne méditerait que sur le mystère d'une seule station, gagnerait-il les indulgences?
Il les gagnerait; car, d'après les brefs pontificaux, il suffit de méditer sur la passion de notre divin Sauveur.
" Quelque fondée que paraisse cette opinion du Bienheureux, la sacrée Congrégation, consultée à ce sujet, a répondu, le 16 février 1839 [Documents, n. xiv), que les indulgences ne sont accordées qu'à ceux qui méditent ou réfléchissent sur chacune des quatorze stations, telles qu elles sont généralement connues des fidèles. "
§ 19. Faut-il passer d'une station à l'autre?
Supposé que quelqu'un, par paresse ou par respect humain, ne voulût pas aller d'une station à l'autre, mais
se contentât de les visiter en esprit, en demeurant toujours à la même place, gagnerait-il les indulgences?
Certainement non ; car la visite des stations est nécessaire, sauf le cas d'un empêchement légitime, ainsi qu'il est àil dans ]es Avertissements, art. vu.
" L'empêchement est-il censé suffisant et légitime, lorsque l'église est tellement remplie de monde qu'on ne puisse faire le tour des stations sans occasionner du trouble ou du scandale? en d'autres termes, peut-on, en pareil cas, gagner les indulgences sans changer de place? — Oui et non. Oui, si la foule est réunie dans le but de faire publiquement le Chemin de la Croix ; il suffit alors que le prêtre ou celui qui dirige l'exercice fasse le tour des stations et que le peuple le suive en se tournant vers chacune d'elles successivement, au moins du regard. — Non, s'il s'agissait d'un individu qui prétendrait faire le Chemin de la Croix en particulier, tandis que la foule qui remplit l'église est réunie pour une autre cérémonie. C'est le cas où \' Avertissement cité prescrit de s'abstenir de vaquera cet exercice. — Telle est la pratique qu'observent les Franciscains et qu'ils enseignent aux fidèles. Elle est tout à fait conforme, du reste, aux déclarations du Saint-Siège. Voyez notamment les décisions du 22 septembre 1829, et du 26 février 1841 [Documents, n. xiii et xv) "'
§ 20. Faut-il être en état de grâce?
Celui qui ferait le Chemin de la Croix en état de péché mortel pécherait-il?
Il ne pécherait nullement, mais il n'aurait point part aux indulgences. Il est bon cependant qu'il sache que, d'après une opinion probable, il peut les gagner pour les âmes du purgatoire (Voyez 1" Instruction^ ci-dessus,
p. 20.) En tout ras, qu'il ne laisse pas do pratiquer ce saint exercice, car il en retirera toujours de grands avantages, savoir, lies lumières et des grâces pour sortir de l'état déplorable où il se trouve.
§ 21 . Faut-il parcourir les xiv stations sans interruption?
Celui qui, en faisant le Chemin de la Croix, serait obligé d'interrompre cet exercice pour remplir un devoir auquel l'obéissance, ou la charité l'appelle, devrait-il ensuite le recommencer tout entier, ou bien sufBrait-il de le reprendre à la station où il en était?
Si l'interruption n'a pas eu lieu par caprice et n'a duré que peu de temps, il est à croire qu'il n'est pas nécessaire de recommencer l'exercice, mais qu'il sufBt de le reprendre au point où on l'a laissé. Bien qu'il n'y ait aucune décision 'a cet égard, on doit cependant supposer qu'il en est ainsi, vu qu'une interruption si courte et si nécessaire n'empêche pas qu'on ne puisse dire que c'est la même action moralement continuée.
" Plusieurs auteurs ont été jusqu"a soutenir, contrairerement 'a cette doctrine, que les fidèles qui l'ont en particulier le Chemin de la Croix, peuvent diviser les stations, et qu'il suffit de les parcourir toutes en un seul jour, quoique à diverses reprises, pour gagner les indulgences. Une pratique conforme à cette opinion arbitraire tendait à s'introduire assez généralement dans plusieurs contrées. La Congrégation, consultée à ce sujet, a décidé formellement que les indulgences ne sont pas gagnées en pareil cas. Sa décision, qui embrasse tant la récitation du chapelet que l'exercice du Chemin de la Croix, ayant été confirmée par notre Saint-Père le pape Pie IX, en date du 22 janvier 1858 [Documenls, n. xvi), il est hors de
doute aujourd'hui que, pour gagner les indulgences du Chapelet ou celles du Chemin de la Croix, il faut réciter les cinq dizaines ou visiter les quatorze stations d'un seul trait et sans interruption.
•' Cette décision ne doit pas, croyons-nous, être prise trop à la lettre, mais entendue plutôt dans le sens de la solution indiquée par notre auteur, c'est-à-dire qu'il faut que l'exercice soit une même action moralement continuée, ce qui n'interdit pas une interruption courte et motivée par une cause nécessaire. Une interruption de ce genre est admise dans la récitation des heures canoniales, qui requièrent cependant la continuité.
" Si l'on ne gagne pas les indulgences en divisant le Chemin de la Croix, à plus forte raison ne les gagne-t-on pas en ne visitant que quelques stations isolément. C'est ce qui a été pareillement défini par la Congrégation, le 3 août 1842 [Documents, n. xi).
§ 22. Réponse à une objection. Exhortation.
La dernière difficulté qu'on oppose au Chemin de la Croix n'est prise au sérieux que par des esprits trop méticuleux ou peu favorables à cette dévotion. On objecte que, par suite des brefs pontificaux et de la propagation de ce pieux exercice, il est résulté des différends et des contestations en plusieurs endroits, et que pour éviter les inconvénients de ce genre il vaudrait mieux renoncer à cette œuvre.
Je répète encore une fois que le caractère des œuvres les plus saintes est d'être en butte k la contradiction. Parcourez les rôles des tribunaux et vous les trouverez remplis de procès suscités par l'esprit d'opposition aux œuvres les plus pieuses. Et les mystères mêmes de notre