LE JUGEMENT DERNIER
Considérez que votre âme, à peine sortie du corps, sera conduite au tribunal de Dieu pour être jugée. — Le juge est un Dieu tout-puissant, que vous avez outragé, irrité à l'excès. Ses yeux lancent des étincelles de feu ;
ses mains sont armées de la foudre; de son visage s'échappent des éclairs d'indignation, sa vue seul suffirait pour vous réduire en cendres. Les accusateurs sont les démons, vos ennemis; les pièces du procès, vos péchés; la sentence est sans appel ; le châtiment est l'enfer. Là, plus de compagnons, plus d'amis, plus de parents, plus d'avocats; personne qui parle pour vous, personne qui vous prenne sous sa protection; il n'y a plus lieu à la miséricorde, le temps en est passé : l'affaire se traite entre Dieu seul et vous seul. Alors, vous verrez toute la laideur de vos péchés et leur multitude innombrable, sans pouvoir les excuser, comme vous le faites maintenant, même en confession. Vous serez examiné sur tout le cours de votre vie, depuis le moment où vous avez atteint l'âge de raison jusqu'à votre dernier soupir; sur les péchés de pensées, de complaisance, de paroles, d'actions et d'omissions. Vous serez examiné sur les scandales donnés, et sur les péchés que vous aurez fait commettre ; vous rendrez compte même d'une parole oiseuse, ainsi que de tous les instants de votre vie que vous n'aurez pas rapportés à voire fin éternelle. Vous devrez rendre un compte rigoureux de tout le bien que vous pouviez faire et que vous n'avez pas fait ; de toutes les inspirations que vous avez eues et auxquelles vous n'aurez pas correspondu ; de toutes les lumières que Dieu vous a accordées et dont vous n'aurez pas profité, du bien même que vous aurez mal fait : Redde rationem.
Oh! avec quelle sévérité je serai examiné et avec quelle justice je serai puni! Malheureux que je suis, qu'en sera-t-il de moi? Ah! Seigneur, pardonnez-moi! une goutte de votre sang sufiit pour effacer tous mes péchés. 0 mon bien-aimé Rédempteur ! vous serez un jour mon juge, mais aujourd'hiù soyez-moi un père. Le temps de la miséricorde n'est pas encore passé.
éclairez-moi, converiissez-moi, sauvez-moi ; je vous en conjure par les entrailles de votre infinie miséricorde.
Considérez qu'outre le jugement particulier, la justice divine a fixé un jour, jour terrible, où elle jugera toutes les nations ensemble ; ce sera dans la vallée de Josaphat, lorsqu'à la fin du monde, les corps ressusciteront pour recevoir, conjointement avec l'âme, la récompense ou le châtiment dû à leurs œuvres. — Réfléchissez que, si vous vous damnez, vous reprendrez ce même corps, mais hideux et dégoûtant, pour servir d'éternelle prison à votre âme infortunée. A cette triste rencontre, l'âme maudira le corps, le corps maudira l'âme : de sorte que le corps et l'âme, qui maintenant s'accordent pour la recherche des plaisirs défendus, se réuniront malgré eux après la mort, pour être le bourreau l'un de l'autre, et se persécuter mutuellement pendant toute l'éternité. Au contraire, si vous vous sauvez, votre corps ressuscitera resplendissant de beauté, impassible, immortel, dans la plénitude de l'âge du Christ : votre âme se réjouira d'être réunie à son corps, 1 ame et le corps se combleront de bénédictions réciproques, et le corps sera admis avec l'âme à jouir de la vie bienheureuse. Ainsi finira la scène de ce monde : en paradis, les justes; en enfer, les pécheurs. Insensé celui qui aime le monde, et pour un vain plaisir perd tout, son corps, son âme, le paradis et Dieu 1
Considérez l'éternelle sentence. — Jésus-Christ, assis sur son tribunal, se tournera vers les réprouvés et leur fera entendre ces paroles : C'en est fait, ingrats, c'en
est fait! Je me suis tû, j'ai patienté, j'ai dissimulé. Croyiez-vous donc que j'étais semblable à vous, que je ne haïssais point le péché, ou que je n'étais point en état de le punir? Votre heure est passée, la puissance des ténèbres est anéantie, et mon heure est venue, heure de vérité et de justice, heure de colère et de vengeance : c'est l'heure où je vais récupérer par votre châtiment l'honneur que vous m'avez ravi par vos péchés. Misérables ! vous avez aimé la malédiction, eh bien! que la malédiction tombe sur vous. Soyez maudits par mon Père, qui vous a créés ! maudits par mon sang, qui vous a rachetés ! maudits par le Saint- Esprit, qui vous a éclairés ! maudits par ma divine Mère, par les Anges et par les Saints, dont vous avez rendu la protection inutile ! Soyez maudits dans votre âme, maudits dans votre corps, maudits dans vos sens, maudits dans toutes vos puissances ! soyez maudits pour le temps, maudits pour l'éternité! Allez loin de mon royaume, de ma félicité, du paradis. Allez, privés de tous les biens, et chargés de tous les maux, au feu éternel! Discedite a me, maledicti, in ignem œternum : * à l'enfer !
Ensuite Jésus se tournera vers les élus, et d'une voix pleine de douceur il leur dira : Venez, mes enfants bénis, venez posséder le royaume des cieux qui vous a. été préparé. Venez, non plus pour porter la croix à ma suite, mais pour être couronnés avec moi. Venez pour être les cohéritiers de mes richesses, les compagnons de ma gloire, les enfants de ma miséricorde. Passez de l'exil à la patrie, des misères à l'abondance, des larmes à la joie, des peines aux jouissances, du combat à la paix, des travaux au repos éternel ! Venite, benedica Patris mei, possidete paratum vobis regnum.^
(1) Matth. 25, 41. (2; Ibid. 34.
Mais, ô mon Dieu ! quelle sera raa sentence, à moi ? laquelle des deux éternités sera la mienne? Ah! Seigneur, que votre miséricorde me sauve ! Faites de moi tout ce que vous voulez en ce monde, pourvu que vous me rendiez digne de la vie éternelle ; faites-le, ô Père saint, pour l'amour de Jésus-Christ.
PRATIQUE
Pour n'être point jugé et condamné au tribunal de Dieu, jugez-vous et condamnez-vous vous-même maintenant : confessez que vous êtes pécheur et que vous méritez mille enfers ; dans les contrariétés et les peines, avouez que vous méritez pis encore, et que c'est peu en comparaison de vos péchés. Ne vous excusez pas en confession; ne cachez pas, n'atténuez pas vos péchés. Faites une bonne confession générale, avec une véritable douleur et une ferme résolution de changer de vie. Imposez- vous quelque jeûne ou quelque abstinence dans la semaine; soulagez les pauvres, pratiquez certaines mortifications, et n'omettez jamais la demi-heure d'oraison chaque jour. — Quand vous sentez de la peine ou de l'ennui à vous mortifier, souvenez-vous que votre corps ressuscitera un jour glorieux pour jouir, conjointement avec l'âme, d'une béatitude éternelle. Vivez comme si à tout moment vous deviez être cité au tribunal de Dieu pour êtr ejugé.
MÉDITATION POUR LE VENDREDI