L ENFER
Considérez que l'enfer est une aflfreuse prison, une caverne ténébreuse pleine de feu, mais d'un feu si ardent, que le nôtre en comparaison de celui-là ne paraît être qu'un feu en peinture. Et ce feu horrible, Dieu l'a doué d'une activité prodigieuse et d'une force surnaturelle pour tourmenter les âmes et les corps à jamais. Les damnés y endureront tous les supplices à la fois; c'est pourquoi l'enfer est appelé un lieu de tourments. Les yeux seront aveuglés par la fumée, par les flammes, par les ténèbres, et épouvantés par l'aspect des autres damnés aussi bien que des démons, leurs bourreaux. Les oreilles entendront, sans interruption ni fin, un affreux concert de cris, de hurlements, de soupirs, de plaintes, de malédictions, de blasphèmes. L'odorat sera infecté par la puanteur de ces innombrables corps en putréfaction, et entassés dans cette fosse profonde et sans issue. Le goût sera tourmenté par une soif ardente et une faim cruelle, sans pouvoir jamais obtenir, pour se calmer, ni une goutte d'eau, ni le plus petit morceau de pain. Ces malheureux prisonniers, dévorés par la soif, excités par la faim, poussés par le désespoir, se déchireront les uns les autres, et puis, dans leur rage, se tourneront contre eux-mêmes pour se déchirer leurs propres entrailles. Leurs corps seront plongés au milieu des flammes : feu dans les yeux, feu dans les oreilles, feu dans la bouche, feu dans la poitrine; des pieds à la tête ils seront tout enveloppés de flammes, aucune partie du corps ne sera exemple de tortures. C'est ainsi que
des tourments infinis puniront celui qui, en péchant, a outragé la majesté infinie de Dieu; et qu'une justice éternelle réparera par le châtiment le désordre causé par l'oAPense.
Juste Dieu ! Non, non, on ne se moque pas de vous ; tôt ou tard celui qui vous offense en portera la peine. Malheureux damnés ! ils savent maintenant ce que veut dire cet enfer qui leur a été tant de fois annoncé, et qu'ils n'ont pas voulu redouter,
Considérez que les peines qui affligeront les puissances de l'âme seront bien plus cruelles encore. — Le corps ne fut pas seul à commettre le péché ; l'âme en y consentant j eut la plus grande part. Aussi, outre l'horrible peine du feu qui, grâce à la vertu que Dieu lui communique, tourmentera les âmes non moins que les corps, toutes les puissances de l'âme souffriront les supplices les plus affreux. Le ver de la conscience rongera sans cesse le cœur du damné, en lui reprochant ses plaisirs passés, le délai de sa pénitence, et les bonnes occasions négligées : il reconnaîtra qu'il pouvait se sauver à peu de frais et que pour une satisfactisn brutale il s'est rendu malheureux à jamais. L'imagination des damnés sera constamment effrayée par des images épouvantables, la mémoire ne leur représentera plus que ce qui peut accroître leurs peines, la volonté obstinée ne cessera de désirer ou des plaisirs, ou des vengeances, sans pouvoir jamais satisfaire ses désirs ; elle ne cessera de haïr et Dieu et les bienheureux, auxquels elle ne pourra jamais nuire; elle s'irritera contre la justice et le châtiment, sans pouvoir jamais s'y soustraire. Les damnés haïront les démons qui par leurs pièges les ont entraînés au péché, et ils devront avoir
constamment ces traîtres à leurs côtés. Les misérables, dans leur fureur, voudraient attirer tout le paradis en enfer, et en même temps ils voient ces fortunés habitants du ciel se rire de leurs tourments et en rendre éternellement gloire à Dieu. Pour comble de désespoir, ils savent que par leurs souffrances ils rendent euxmêmes honneur et gloire à ce Dieu, qui exerce de la sorte sur ses ennemis sa souveraine justice. — Le feu de l'enfer suffirait seul pour rendre ces damnés souverainement malheureux ; que sera-ce donc si un Dieu tout-puissant, réunissant comme en un faisceau tous les genres de supplices, et tous au plus haut degré d'intensité, tous sans le moindre adoucissement, les décharge à la fois, pour toute une éternité, sur l'âme et le corps de ces rebelles, pour en faire les éternels trophées de sa juste colère?
Considérez que les peines des sens et des puissances de l'âme ne sont qu'une ombre de l'enfer en comparaison de la peine du dam, qui consiste dans la connaissance d'avoir perdu Dieu. — La justice divine, pour augmenter le supplice et le désespoir de ses ennemis, imprimera dans leur esprit une vive connaissance du bien suprême que l'on trouve dans la possession de Dieu; de cette sorte, le cœur du damné désirera posséder Dieu, parce qu'il sait que lui seul pourrait faire sa félicité; mais il en sera repoussé, et son désir se changera en fureur. Peine souverainement juste : celui qui dans le temps a prétendu volontairement vivre éloigné de Dieu, mérite d'en être violemment séparé dans l'éternité. Ce dont le pécheur se fait maintenant un jeu, sera après sa mort l'enfer de son enfer, son malheur suprême. Cette peine immense ne peut être appréciée des hommes qui, appesantis par la chair, aveuglés par leurs passions, ne
comprennent pas ce que veut dire Dieu, perdre Dieu, être éternellement privé de Dieu, ennemi du souverain Bien, arraché, éloigné violemment de son principe et de sa an.
0 pécheur ! toi qui à présent ne te soucies guère de perdre le paradis, tu reconnaîtras alors ton aveuglement ; alors tu t'écrieras dans les larmes et le désespoir : 0 portes de la félicité, vous ne vous ouvrirez jamais pour moi ! ô paradis de délices, vous n'êtes plus, vous ne serez plus jamais pour moi ! Ah ! pour quelles bagatelles je vous ai sacrifié, ô Bien infini !
Courage donc ! faites pénitence et commencez une vie nouvelle. Qu'attendez- vous? qu'il n'y ait plus de temps pour vous? Ah! priez Dieu de vous faire comprendre ce que veut dire enfer, perdre son âme, le paradis et Dieu. — Eclairez-moi, ô Père des lumières! éclairezmoi, pour l'amour de Jésus-Christ!
PRATIQUE
Pensez souvent aux peines de l'enfer. Celui qui entretient devant ses yeux l'image de l'enfer n'ira pas en enfer ; c'est celui qui n'y pense pas qui s'y précipite. L'enfer ne se voit pas ; c'est pourquoi on ne le médite pas, on ne le craint pas : si on ne le craint pas, on le méprise : si on le méprise, on pèche : et si on pèche, ou se damne. Les mondains ne le craignent pas, parce qu'ils n'y pensent pas. Oh! les malheureux! accoutumés qu'ils sont à une vie si délicate, si voluptueuse, comment se trouveront-ils, en corps et en âme, dans le feu éternel ? — Afin de ne pas tomber en enfer fuyez le péché et l'occasion du péché ; aimez la prière ; soyez dévot à Marie, fréquentez les sacrements, méditez les maximes éternelles, et recommandez-vous souvent à Dieu du fond du cœur.
MÉDITATION POUR LE SAMEDI