LA MISÉRICORDE DE DIEU
Considérez que si la justice de Dieu est infinie à l'égard des pécheurs obstinés, sa miséricorde n'est pas moins infinie à l'égard des pécheurs pénitents. — Dieu hait infiniment le péché; mais il aime infiniment ses créatures : dès que l'âme se repent de son pécbé, elle retrouve l'amour de son Dieu; si tous les pécheurs voulaient recourir à Dieu avec un cœur contrit et humilié, tous seraient sauvés. Cette bonté infinie désire que tous les hommes parviennent en paradis. « Je ne veux pas la mort de l'impie, dit le Seigneur, mais bien qu'il se convertisse, qu'il quitte sa mauvaise voie et qu'il vive^ » Voilà, ô pécheur, comment le Père céleste vous invite à la pénitence et vous appelle à son amour. « Si le pécheur fait pénitence de tous ses péchés, moi, dit le Seigneur, je ne me souviendrai plus de toutes ses iniquités^. » — « Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige'. >•
a)Ezech. 33, 11. 2) Ezech. 18, 21. (3) Is. 1, 18.
— « Je jetterai tous vos péchés au fond de la mer^; »
— « Je guérirai vos profondes blessures; je vous aimerai par une pure bonté, parce que votre repentir a apaisé ma colère^. » — «Je convertirai les pécheurs, parce que j'ai compassion d'eux ; et ils me seront aussi chers après leur conversion qu'ils l'étaient avant qu'ils m'eussent offensé^. » — « L'impiété du pécheur ne lui nuira point, du moment qu'il reviendra à moi et qu'il abandonnera son péché*. » — « Vous vous êtes éloigné de moi, vous m'avez répudié pour suivre vos voluptés : cependant revenez à moi, et je vous recevrai^. » — « Le Seigneur attend, afin de vous faire miséricorde ; il signalera sa gloire en vous pardonnant. Il aura certainement compassion de vous, lorsque vous crierez vers lui : il n'aura pas plutôt entendu votre voix, qu'il vous répondra^. » Une mère sei-ait moins empressée de secourir son enfant tombé dans le feu, que Dieu n'est empressé d'embrasser le pécheur repentant. Plus vos péchés son grands, plus aussi est grand le triomphe de la bonté, de la charité, de la clémence de ce Dieu, infiniment riche en miséricordes.
0 mon âme! en considérant les ineffables miséricordes de ton Dieu, comment ne fonds-tu pas en larmes de componction? comment ne brûles-tu pas des flammes du plus ardent amour?
Considérez que le divin Sauveur était sans cesse à la recherche des pauvres pécheurs pour les convertir et les sauver. — Jésus-Christ mangeait avec les pécheurs, il conversait familièrement avec eux, il les traitait comme ses plus chers amis, afin de les gagner à son amour ;
(1) Mich. 7. H). i2) Os. 14,5. (3) Zachar. 10, 6.
(4) Ezech.'33, 12. (5) Jerem. 1, 3. 6) Is. 30, 18.
le salut des pécheurs était l'objet de ses désirs, la fin de toutes ses actions : Jésus assure lui-même qu'il était venu au monde pour sauver les pécheurs. Il pardonna à tous ceux qui eurent recours à sa bonté, sans en excepter un seul, et jamais il ne leur reprocha leurs fautes passées. Si un pasteur a cent brebis, dit Notre- Seigneur, et qu'il vienne à en perdre une seule, il laisse les quatre-vingt-dix neuf autres dans le désert, et il parcourt les bois et les champs pour retrouver la brebis égarée; et dès qu'il la trouve, il la charge avec joie sur ses épaules, rentre au logis, convoque ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. — 0 pécheur, retournez avec le repentir dans le cœur vers votre Sauveur, votre Dieu ; retournez, enfant prodigue, à votre bon Père ; car il désire vous pardonner. Depuis tant d'années il vous poursuit, il vous invite à la pénitence, il vous appelle à son amour ; ne faites plus la sourde oreille ; retournez au Pasteur de votre âme,
0 mon Jésus ! ma vie, vous m'avez aimé, même lorsque je vous fu3'ais, et vous ne m'avez pas oublié alors même que je ne pensais plus à vous ! Je vous en rends grâce !
Considérez l'amour que Dieu vous porte, en méditant la parabole de l'enfant prodigue. — Ce prodigue prend la portion de son héritage, quitte la maison paternelle, s'abandonne à la dissolution et dissipe bientôt sa fortune; n'ayant plus de quoi vivre, il se voit réduit à garder les pourceaux et à se rassasier même des glands qu'on jetait à ces vils animaux. Dans cette détresse extrême, il rentre en lui-même, prend la résolution de retourner dans la maison de son père et se met en route. Le père l'aperçoit de loin et le reconnaît aussitôt, malgré la
66 lA VOIK DU PARADIS.
pâleur de son visage et la pauvreté des haillons qui le couvrent; il en est touché de compassion, s'attendrit jusqu'aux larmes, court à sa rencontre, le serre sur son cœur, l'embrasse et l'arrose de ses pleurs; puis, le couvrant de ses propres vêtements, il l'emmène dans sa maison et dit à ses serviteurs : Préparez aussitôt l'habit le plus précieux, revêtez-en mon fils chéri, mettez un anneau à son doigt, donnez-lui des chaussures; apprêtez ensuite un festin somptueux, tuez le veau gras, rassemblez des musiciens, allez inviter nos parents et nos amis à prendre part à cette fête, parce que mon fils bienaimé était mort, et voilà que je le revois en vie; il était perdu, et je l'ai retrouvé. — Pécheur, cet enfant prodigue est votre image : c'est ainsi que vous en avez agi, lorsque, par le péché, vous avez tourné le dos à votre Père céleste pour suivre vos passions. Et maintenant, que faites-vous? Que n'allez- vous avec un cœur contrit et humilié, plein de confiance et d'amour, vous jeter dans les bras ouverts de votre bon Sauveur?
Ah! mon tendre et bien-aimé Père! j'ai été bien coupable de vous abandonner ! je m'en repens : j'ai recours à votre bonté, accueillez-moi, par un effet de votre miséricorde; souvenez-vous que vous êtes mon Père; je vous promets de ne jamais plus me séparer de vous; je veux mener une vie digne de votre enfant. Faites, Seigneur, par votre grâce, qu'il en soit ainsi,
PRATIQUE
Ne vous défiez pas de la miséricorde de Dieu, quand même vous auriez commis tous les péchés du monde. — Ne péchez pas par présomption de la miséricorde de Dieu ; ne dites pas : Je commettrai ce péché et puis je m'en confesserai, je me corrigerai plus tard ; autant vaut me confesser de dix péchés que d'un seul. — Le
Seigneur vous offre aujourd'hui sa miséricorde ; mais vous ne savez pas s'il en fera autant demain. Bien souvent il punit de châtiments terribles et subits ceux qui pèchent par présomption de sa miséricorde, et qui abusent ainsi de sa bonté.
MEDITATION POUR LE LUiNDI.
LA PKÉSENCE DK DIEU.
Considérez, comme la foi vous l'enseigne, que Dieu est présent partout. — Dieu remplit le ciel et la terre de son immensité, il pénètre toutes les créatures et chacune d'elle lui est plus intimement, plus intrinsèquement présente qu'elle ne l'est à elle-même. Dieu est à votre droite et à votre gauche ; Dieu est au-dessus de vous, et au dedans de vous; vous avez en Dieu la vie, le mouvement , la respiration ; vous êtes submergé, abîmé tout entier dans le sein immense de Dieu ; Dieu a sans cesse les yeux ouverts sur vous ; il voit le fond de votre cœur, il connaît toutes vos affections, toutes vos pensées ; il entend toutes vos paroles, il apprécie tous vos besoins, il sait votre nom, il observe ce que vous faites, ce que vous pensez, et ce que vous désirez.
0 mon âme ! tu n'as pas besoin de monter au ciel pour trouver Dieu. La très-sainte Trinité est constamment devant toi, et tu es constamment aussi sous les yeux de cette adorable Trinité. Oui, ton Dieu est près de toi; adore donc Sa Majesté, aime sa bonté, et recommande-toi à sa miséricorde.
Considérez que Dieu par son immensité embrasse et conserve toutes les choses créées, lesquelles n'existent que pour lui et en lui. — Ainsi on ne peut faire, dire ou penser la moindre chose sans le concours réel et actuel de Dieu. Si Dieu pouf un seul instant se retirait de ses créatures, toutes cesseraient aussitôt d'exister, toutes rentreraient dans le néant. Notre vie dépend beaucoup plus de Dieu, que la vie du petit enfant ne dépend du sein de sa mère qui le nourrit. Quoi que ce soit que vous disiez, que vous fassiez ou que vous pensiez, vous agissez en tout et toujours avec le concours de Dieu ; vous ne pouvez ni dire une parole, ni faire un pas, ni mouvoir la main, ni faire un clin d'œil, si Dieu ne concourt à celte action. Voyez donc, chrétien, quel mal vous faites quand vous péchez ! Ah! ne dites plus : Personne ne me voit! — Pensez que Dieu vous voit, ce Dieu qui doit vous juger, et qui peut vous précipiter tout vivant, en corps et en âme, au fond des enfers. — Mais l'heureux sort de celui qui aime Dieu 1 soit qu'il marche, soit qu'il souffre, il est toujours à côté de Dieu, toujours protégé de Dieu. ^
0 mon Dieu, Dieu immense! vous me poursuivez continuellement de vos faveurs, et moi, ingrat, je vis dans un si grand oubli de vous ! Bonté infinie ! faites que je ne pense plus à autre chose qu'à vous, à vous servir, à vous aimer, ô mon souverain Bien! afin de parvenir un jour à vous posséder éternellement en paradis. Ainsi soit-il.
PRATIQUE
Rentrez souvent en vous-même ; recueillez- vous dans votre cœur et adorez votre Créateur. Soit que vous
travailliez ou que vous étudiiez, que vous soyez en voyage, au lit, ou à table, souvenez-vous toujours de Dieu. Vivez dans une heureuse dépendance à l'égard de ce Dieu présent partout. — Ayez dans votre chambre et sur vous-même quelque signe qui vous rappelle la présence de Dieu. Agissez, parlez et pensez saintement sous le resrard de Dieu.
MEDITATION POUR LE MARDI
l'amour de dieu.
Considérez que l'amour que Dieu vous porte est un amour actif, un amour plein de miséricorde et riche en bienfaits. — C'est par amour que Dieu vous a donné l'être ; c'est par amour que Dieu vous conserve la vie ; c'est par amour qu'il a tiré du néant le ciel et la terre, et cette multitude de créatures qui sont à votre service. Par amour il vous a préparé le royaume des cieux, sa propre béatitude; par amour Dieu vous a fait naître dans le sein de l'Eglise catholique, et à peine né, il vous a pris dans ses bras, vous a lavé dans son sang, vous a adopté pour son enfant sur les fonts du baptême, et par ce sacrement il a répandu dans votre âme la foi, l'espérance, la charité, et vous a enrichi de mille dons précieux, de mille bienfaits, sans le moindre mérite de votre part. Voyez, Chrétien, la grandeur de l'amour que Dieu vous porte, et cela afin que vous l'aimiez et que vous répondiez à sa bonté infinie.
Oui, mon Dieu, il en est ainsi : vous êtes la bienfaisance même à mon égard, et je suis pourtant sans amour pour vous; j'ai aimé les créatures, j'ai aimé les
plaisirs, je me suis aimé moi-même; vous êtes le seul, Ò mon souverain Bienfaiteur ! vous êtes le seul que je n'aie pas aimé ! Je déteste mes ingratitudes, je déplore mes péchés, et je proteste que je ne veux plus vivre que pour vous aimer, et pour glorifier votre infinie bonté. Périssent ces moments malheureux où je n'ai pas aimé l'amour de mon Dieu!
Considérez que le Père éternel, par un excès d'amour, a voulu vous faire en outre le don le plus précieux, un don incomparable, en vous donnant son propre Fils, qu'il a envoyé sur la terre pour se faire hornme et vous sauver. — Ce divin Fils, par amour pour l'homme, a enduré la passion et la mort; il a acquitté les dettes que vous aviez contractées vis-à-vis de la justice divine, et vous a racheté au prix de son sang. Ce n'était pas assez pour rassasier l'amour ardent du cœur de Jésus : il a voulu de plus rester lui-même tout entier dans le très-saint Sacre tnent, il a voulu demeurer comme une victime perpétuelle sur nos autels, où il s'immole tous les jours au saint sacrifice de la Messe, pour apaiser son Père céleste et nous obtenir toutes les grâces. Il vous a laissé les Sacrements, comme autant de canaux salutaires, de fontaines célestes, qui répandent sur vous le pardon et la sanctification, et qui sont le remède eflicace de toutes les maladies, de toutes les misères spirituelles. Tout cela n'a pas encore suffi à l'amour de votre Dieu : il a voulu vous donner le Saint-Esprit, et le faire habiter personnellement en vous, afin que par l'effusion de ses grâces en vous, il sanctifiât votre âme, éclairât votre esprit, et consolât votre cœur.
Oh ! que ne vous dois-je pas, ô mon Dieu ! que ne vous dois-je pas ! 0 mon souverain Bienfaiteur, que
cette miséricorde, qui vous a porté à me combler du bienfaits, vous porte aussi a me pénétrer de reconnaissance et d'amour. Qu'en retour do vos bontés, ò mon Dieu ! mon cœur soit tout embrasé des flammes sacrées de votre amour !
Considérez que votre Dieu, par un effet de l'amour extrême qu'il vous porte, vous a donné la très-sainte Vierge Marie pour Mère, afin que, par l'entremise de cette aimable protectrice, vous vous approchiez avec une confiance filiale de Sa Majesté suprême, et que vous en remportiez une abondance de grâces et de faveurs. — Par amour, ce Dieu vous a donné les Anges pour gardiens et les Saints pour avocats. Par amour encore, son infinie bonté vous a fait le don précieux de la prière, â laquelle il a attaché une efficacité merveilleuse, afin que vous puissiez continuellement converser avec lui, recourir à lui, traiter avec lui, et en obtenir les secours opportuns, pour vaincre les passions et résister à l'enfer. Oh ! que de moyens pour vous conduire à la vie éternelle et vous faciliter l'entrée du paradis ! Que de gages d'amour !
Mais que puis-je vous rendre, ô mon Dieu ! pour tant de bienfaits? comment répondre à tant d'amour? — 0 Vierge sainte! ô Séraphins! ô Saints du paradis! âmes ferventes qui aimez Dieu ! suppléez à mon impuissance : remerciez, glorifiez, aimez pour moi mon souverain Bienfaiteur ; obtenez-moi la grâce de ne plus répondre à l'amour de mon Dieu par des ingratitudes ; faites que j'aime ce Dieu qui m'a tant aimé : que je vive en aimant Dieu, que je ne respire que pour l'aimer, afin que je puisse le posséder un jour avec vous en paradis.
PRATIQUE
L'ingratitude ferme la porte aux largesses du ciel, la reconnaissance les ouvre. Si vous désirez que les trésors du paradis vous soient toujours ouverts, montrez-vous toujours reconnaissant envers votre souverain Bienfaiteur. — Méditez une demi-heure chaque semaine sur les bienfaits de Dieu, et offrez toutes vos bonnes oeuvres en action de grâces à Dieu. — Ne passez pas un seul jour, pas une heure, sans remercier le Seigneur. — Assistez tous les jours à la messe, et pendant ce temps précieux rendez grâces à la très-sainte Trinité par le moyen de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
MEDITATION POUR LE MERCREDI