‹ Œuvres compl`etesChapitre 34 sur 214 · LES BIENFAITS DE DIEU · texte numérisé non relu

LES BIENFAITS DE DIEU

Considérez avec quelle sollicitude et quelle tendresse la bonté de votre Dieu a veillé sur vous. — Elle vous a comblé de dons, de faveurs, de bienfaits inestimables et tout particuliers, dans l'ordre de la nature, comme dans l'ordre de la grâce ; tous ces dons surpassent en nombre les instants de votre vie. Vous pouviez mourir dans le sein de votre mère, privé du haptême ; et l'amour de votre Dieu vous a fait venir vivant au monde : vous pouviez naître aveugle, estropié, manchot, esclave; et l'amour de votre Dieu vous a préservé de toutes ces disgrâces. Le Seigneur a gardé vos biens, il a fait prospérer vos affaires, il a protégé vos entreprises, il a défendu vos intérêts, et comme un bon père, il a pris un soin spécial de votre personne et de tout ce qui vous

touche. Il vous a conservé la vie jusqu'à ce jour et vous a délivré des dangers, des maladies, et des infortunes dont une fouie d'autres ont été victimes. Que de fois n'a-t-il pas entravé les démarches d'ennemis qui machinaient votre ruine? Combien d'individus, d'une santé plus vigoureuse que la vôtre, ont été emportés à la fleur de l'âge, tandis que vous vivez encore, que vous avez encore le temps de pleurer vos péchés, et de mieux assurer votre salut éternel? — A l'œuvre donc ! profitez d'un si grand bienfait; appliquez-vous à aimer votre Créateur et à gagner des mérites pour le ciel.

Percez, Seigneur, percez mon âme des traits enflammés do votre amour, tellement qu'elle n'aime plus que vous et que votre saint amour brûle à jamais dans mon cœur,

Considérez que l'amour de votre Dieu vous a préservé de tous les péchés que vous pouviez commettre et que vous n'avez pas commis ; car il n'y a aucun mal fait par un homme, qu'un autre homme ne puisse faire pareillement. Bien plus. Dieu vous a accompagné de ses bienfaits lors même que vous étiez son ennemi : vous méritiez l'enfer, et il n'a pas voulu vous châtier ; il vous a, au contraire, appelé à son amour par mille invitations presssantes, et par les inspirations les plus salutaires. Seigneur, disait saint Augustin, je vous haïssais, et vous m'aimiez; je vous fuyais, et vous couriez après moi; lorsque je m'égarais, vous m'attiriez à vous; lorsque j'étais dans l'ignorance, vous m'instruisiez; lorsque je péchais, vous me corrigiez; lorsque j'étais triste, vous me consoliez; lorsque j'étais porté au désespoir, vous me rendiez l'espérance ; si je tombais, vous me releviez; quand je me tenais debout, vous me souteniez; quand je marchais, vous me serviez de guide;

lorsque je vins à vous, vous m'avez reçu, et lorsque je vous invoquai, vous na'avez exaucé.

0 mon. âme, entonne un chant de louange, et rends grâces à ton Dieu. Dieu bon! triomphez de ma dureté et de mon ingratitude. Par tant de bienfaits. Seigneur, vous m'avez enchaîné à votre amour ; et puisque vous m'avez poursuivi lorsque je fuyais loin de vous, veuillez De pas me repousser maintenant que, repentant et humilié, je viens me jeter à vos pieds, ne désirant autre chose que votre grâce et votre amour. Vous avez commencé l'œuvre de mon salut éternel. Seigneur ; daignez l'achever et la perfectionner : je vous en conjure. Père saint, pour l'amour de Jésus-Christ.

Considérez la conduite amoureuse de la divine Providence dans l'ouvrage sublime de votre prédestination. — Par quelles voies admirables et inconnues ce Dieu si bon et si miséricordieux ne vous a-t-il pas dirigé? C'est pour votre bien que le Seigneur a ménagé cette mission qui vous a touché ; qu'il vous a fait assister à tel sermon, qu'il vous a fait rencontrer tel confesseur, qu'il a fait parvenir à votre connaissance tel événement funeste, qu'il a versé l'amertume sur vos plaisirs, et qu'il vous a fait trouver des contradictions dans le monde, des ingratitudes de la part des personnes mêmes qui vous étaient les plus chères. C'est ainsi que cet amour infini cherchait à vous ramener vers lui, et préparait peu à peu votre âme à ce retour avec une sollicitude ineffable. Vous n'y voyiez que des disgrâces, et c'étaient autant de grâces précieuses ; vous y voyiez des accidents fâcheux, et c'étaient des faveurs ; vous y voyiez des châtiments, et c'était de l'amour. Le Seigneur a toujours pris de vous un soin spécial et tout paternel ;

il VOUS a gardé sous les ailes de sa protection, il vous a défendu comme la prunelle de ses yeux ; il a veillé sur vous, comme une mère sur son enfant unique, il vous a aimé d'un amour supérieur à celui d'un père, d'un amour infini.

0 mon âme, si tu ne sais pas aimer la première, réponds du moins à l'amour par l'amour ; aime ce Dieu qui t'a si généreusement prévenue. Ingrat que je suis ! je mériterais un enfer tout exprés pour porter la peine de mon ingratitude. Je pleurerai désormais toute ma vie le malheur d'avoir connu trop tard, d'avoir trop peu aimé la bonté infinie, toujours si libérale envers moi, et qui m'a environné de grâces et d'amour.

PRATIQUE

Réfléchissez sur ce que vous êtes, vous, qui avez reçu tant de bienfaits : vous êtes un ver de terre, un sac d'ossements, un amas de pourriture, un tas d'iniquités, un monstre d'ingratitude. — Et Dieu, qu'est-il? Un Etre d'une majesté infinie, d'une sainteté infinie, d'une bonté infinie. Quand Dieu n'aurait fait qu'abaisser une seule fois ses regards sur vous, ce serait déjà un immense bienfait. Oh! quelle pensée! un Dieu éternel combler de biens un homme, cet être si vil et si méprisable ! — 0 mon âme, qui es toute chargée des bienfaits de Dieu, et en même temps d'ingratitude envers Dieu, quand finiras-tu de méconnaître ce Dieu? Commence au moins maintenant à aimer ton souverain Bienfaiteur.

MÉDITATION POUR LE JEUDI

LE SACREMENT DE l' EUCHARISTIE.

Considérez que votre aimable Sauveur, après avoir conversé pendant trente-trois ans avec les hommes, sachant que le moment de retourner à son Père était proche, ne put se résoudre à nous laisser seuls dans cette vallée de larmes, quoiqu'il emportât dans le ciel notre souvenir profondément gravé dans son cœur et que nous dussions bientôt le revoir dans sa gloire. C'est pourquoi il institua le sacrement de l'Eucharistie, par lequel il trouva moyen, en se donnant tout entier, son âme, son corps et sa divinité, de se trouver perpétuellement au milieu de nous. Et tel fut l'amour de Jésus envers les hommes, que ce fut la nuit même oii il devait être trahi qu'il nous légua ce gage de son excessive charité ; comme s'il avait voulu dire : Je sais qu'aussitôt après avoir institué ce divin Sacrement, je serai livré à la merci de mes ennemis, qui m'accableront d'outrages ; mais n'importe, pourvu que je vous laisse ce gage de mon amour infini. Je quitte ce monde, mais je ne vous quitte pas; je pars, et puissent mes souflfrances vo^as procurer la gloire! je meurs, et que ma mort soit votre vie ! — 0 bienfait ineffable ! Ne vous suflBsait-il pas, aimable Jésus, de naître et de mourir pour nous, sans vouloir encore demeurer avec nous dans ce Sacrement? Seigneur, permettez que je vous le dise : l'amour vous a égaré ; quoi ! demeurer avec nous après avoir été banni du milieu de nous par la mort la plus cruelle et la plus ignominieuse?..,

0 mon âme ! seras-tu encore du nombre de ces

ingrats, qui, en présence de ces excès inouïs de charité, ne brûlent pas d'amour pour un Dieu qui s'épuise en bienfaisance et en tendresse pour eux?

Considérez que Jésus dans le Sacrement de son amour écoute favorablement toutes les âmes qui approchent de lui avec foi. — Jésus demeure sur l'autel pour accueillir les âmes éprises de son amour, les admettre dans sa douce intimité, exaucer leurs prières, et leur accorder toutes les grâces. Jésus qui est la grâce et la bienfaisance même, l'amabilité et la générosité par excellence, attend, le cœur plein de tendresse, les mains pleines de faveur et de bénédictions, que quelqu'un vienne le supplier, le visiter dans son sacrement, afin de l'enrichir de ses dons. Jésus veut être traité en ami, en père, en époux, avec amour et confiance; et ce divin Amant est toujours près de nous pour nous exaucer, nous consoler et nous sanctifier.

0 que notre sort est heureux ! Courage donc, mon âme ! profite d'un pareil trésor, approche-toi de Jésus, visite-le avec amour, prie-le avec foi, et abreuve-toi en esprit et en vérité de ces eaux vives et célestes, qui te conduiront à la vie éternelle.

Considérez avec quelle assiduité les âmes ferventes font la cour à Jésus dans le Sacrement de l'autel, oii elles puisent l'abondance des grâces et la plénitude des consolations, et où elles s'enflamment du saint amour. C'est là l'arbre précieux à l'ombre duquel désirait se reposer l'Epouse des Cantiques, Un seul regard de l'Epoux divin suffit pour remplir mon âme de délices à jamais.

Soupire donc, ó mon âme, soupira après ton Jésus !

— 0 mon aimable Sauveur et mon Dieu ! je n'ai rien au monde de plus cher que votre présence dans votre Sacrement. Oh ! que je m'estime heureux quand je suis près devons, et que vous m'êtes réellement présent! Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu, vous êtes mon frère et mon père, vous êtes l'époux chéri de mon âme. 0 Dieu ! dans ce Sacrement, quelle vie, quelle joie, quelle allégresse ! quels biens je reçois de vous ! Mon doux Jésus, faites que mon âme brûle de votre amour !

PRATIQUE

Soyez plein de reconnaissance envers Dieu pour un si grand bienfait. Sainte Françoise Romaine remerciait tous les soirs le Père éternel de nous avoir donné Jésus dans le Sacrement de l'autel. Une fois elle omit par oubli cette pieuse pratique, et le Sauveur lui dit : « Sache que ton action de grâces accoutumée plaît tant à mon Père, qu'aujourd'hui je l'ai fait faire pour toi. "

— Visitez-le aussi souvent que vous le pourrez, mais toujours avec le plus profond respect. Saint François de Borgia le visitait au moins sept fois par jour; dans sa chambre, il se tenait constamment tourné vers l'endroit où se trouvait le très-saint Sacrement, et il travaillait comme s'il eût été continuellement en sa présence.

iMEDITATION POUR LE VENDREDI.

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