LES DOULEURS DE MARIE
Considérez comment Jésus, sachant que l'heure de sa passion et de sa mort était venue, s'en alla trouver la sainte Vierge, sa mère, la remercia de tout ce qu'elle avait fait et enduré pour son amour, lui dit un dernier adieu, et s'éloigna. — A cette nouvelle, Marie, plongée dans la douleur la plus profonde, se met en prière; elle contemple en esprit les souffrances de son bien-aimé Fils ; elle le voit agonisant, couvert d'une sueur de sang, tomber la face contre terre, abandonné de tout le monde. Ce triste spectacle lui fait verser un torrent de larmes, et elle est affligée de ne pouvoir lui procurer le moindre secours. Elle voit Judas qui trahit son divin Maître, Pierre qui le renie, les soldats qui se saisissent de sa personne, les bourreaux qui le tourmentent, ses
ennemis qui le calomnient, les juges qui le condamnent, les scribes et les pharisiens qui s'acharnent à sa perte ; elle le contemple couvert de crachats, souffleté, injurié, revêtu d'une robe blanche, comme un insensé. Elle compte les coups redoublés de cette cruelle flagellation, qui déchirent le corps de Jésus, et retentissent dans son cœur maternel ; elle voit le sang ruisseler par torrents de ses membres sacrés, sa peau déchirée, ses chairs volant en lambeaux , les mos is à nu, et son corps devenu une seule plaie. Elle entend les clameurs du peuple vociférant : Vive Barabbas ! mort au Christ ! — Ah 1 mon cher Fils, s'écrie la Mère désolée, qui donc vous secourra? Tout le monde vous a abandonné! Que ne puis-je au moins vous donner quelque soulagement; que ne puis-je recevoir moi-même les coups dont on vous accable ! je trouverais quelque adoucissement à partager vos souffrances. Ah ! mon Fils, mon cher Fils ! ah I mon Dieu ! quels tourments !
0 mon âme! Jésus répand son sang, Marie des ruisseaux de larmes ; et toi, qui, par tes péchés, es la cause des souffrances de Jésus et des douleurs de Marie, tu demeures insensible ! Ah ! cœur ingrat!...
Considérez comment Marie, ayant appris que Jésus venait d'être condamné à mort, courut sur le chemin par où il devait passer, pour lui dire un dernier adieu. — Bientôt, en effet, elle aperçoit les instruments de la passion, elle entend le cliquetis des armes, et voit ensuite son bien-aimé Fils au milieux des bourreaux, couronné d'épines, chargé de la croix, et perdant son sang par toutes les parties de son corps ; elle remarque que, ne pouvant plus tenir sur ses pieds, il tombe à plusieurs reprises sous son lourd fardeau, et qu'à chaque chute
ses blessures en s'ouvrant renouvellent ses douleurs ; ses cruels bourreaux le frappent, lui donnent des coups de pieds, le tiraillent en tous sens, et à force de mauvais traitements le contraignent d'avancer. Marie ne pouvant demeurer plus longtemps éloignée de son Fils bien-aimé, se précipite à sa rencontre et le reçoit dans ses bras ; la Mère et le Fils, le cœur percé de douleur et d'amour, versent un torrent de larmes.
0 mon âme, médite en cette rencontre, les sentiments, les chagrins, l'amour et la douleur que la vue de Marie réveille dans le cœur de Jésus, et que la vue de Jésus réveille dans le cœur de Marie; joins tes larmes à leurs larmes, et ton amour à leur amour.
Considérez comment les bourreaux, après avoir violemment sépare Marie de Jésus, poussent rudement 'cet aimable Sauveur vers le Calvaire, Dès qu'ils sont arrivés sur la montagne, Marie voit dépouiller son divin Fils de la robe sans couture qu'elle lui avait tissue de ses propres mains. Elle voit percer ses pieds et ses mains, et elle entend le retentissement des coups de marteau ; elle voit, ó douleur I les membres de Jésus se disloquer tandis qu'on les attache à la croix, avec de gros clous ; elle voit l'instrument fatal se dresser, et le Sauveur suspendu entre le ciel et la terre, poussant des gémissements profonds, endurant les souffrances de la plus cruelle agonie , et abandonné du monde entier. Jésus réclame une goutte d'eau, et sa Mère ne peut lui procurer ce faible rafraîchissement; que dis-je? elle le voit abreuvé de fiel et de vinaigre ; puis elle l'entend se plaindre de l'abandon oii il se trouve. Jésus recommande ensuite Marie à Jean son disciple, à qui il la laisse pour mère, ainsi qu'à nous tous dans la
personne de Jean; il recommande pareillement ce disciple à Marie, en lui disant de le regarder comme son fils, et par là il l'invite en même temps à nous adopter pour ses enfants. Enfin elle entend Jésus remettre son esprit entre les mains de son Père, et elle le voit expirer après avoir poussé un grand cri. Elle voit ensuite de barbares soldats lui ouvrir le côté d'un coup de lance ; elle voit ce divin Fils déposé de la croix et renfermé dans un tombeau, où la tendre mère ensevelit en même temps son cœur. Elle s'en retourne désolée, affligée de ne plus posséder celui qui était son unique trésor ; elle ne cesse de pleurer et de soupirer, en repassant dans son esprit la passion et la mort de son Jésus; ce spectacle toujours présent à ses yeux, entretient et ravive continuellement dans son cœur ses cuisantes douleurs.
0 mon âme, ne laisse point Marie pleurer toute seule ; tiens-lui compagnie dans sa désolation, compatis à ses peines, aime-la, console-la, unis tes soupirs avec les siens, tes larmes avec ses larmes, aime Jésus mort pour ton amour, aime Marie que son amour pour toi a plongée dans la douleur et l'amertume.
PRATIQUE
Honorez d'une dévotion spéciale les douleurs de Marie. Récitez chaque jour à cet eflfet sept Pater, sept .(4î;eetsept Gloria. — Communiez sept vendredis de suite. — Faites tous les vendredis une demi-heure de méditation sur les douleurs de Marie ; pratiquez quelque abstinence et faites sept actes de mortification. — Quand vous allez à confesse, récitez un Pater, un Ave et un Gloria en mémoire des douleurs de Marie, et priez-la de vous obtenir les larmes d'une véritable contrition. — Unissez vos larmes, vos peines, vos dou-
leurs, vos croix, aux douleurs et aux peines de Marie; enfin priez-la de vous obtenir une bonne mort.