‹ Œuvres compl`etesChapitre 40 sur 214 · JÉSUS FLAGELLÉ · texte numérisé non relu

JÉSUS FLAGELLÉ

Considérez que Filate, pour montrer l'innocence de Jésus, se lave les mains, signifiant par là qu'il ne voulait pas se souiller d'un sang innocent. Mais le peuple insistant pour que le Christ soit mis à mort, Filate, par une lâche condescendance, le condamne à la flagellation. A peine ces barbares ont-ils obtenu la permission de tourmenter le Sauveur, qu'ils se précipitent sur lui comme des chiens enragés et commencent à le maltraiter ; l'un l'empoigne par la poitrine, l'autre par ses vêtements, un autre l'arrache par les cheveux, et on l'entraîne de la sorte dans la cour du Frétoire ; là on le dépouille, on l'attache à la colonne et on s'apprête à en faire un horrible carnage. Ce doux Sauveur, comme un innocent agneau, aide lui-même à ôter ses vêtements, étend les mains et se laisse garrotter. La populace afflue de toute part pour être témoin de l'affreux supplice ; et Jésus, les yeux baissés, le cœur abreuvé d'amertume, le visage couvert de confusion, se prépare à recevoir une grêle de coups. Hélas! que vois-je? et je ne pleure pas ! Un Dieu saturé de honte et d'opprobres ! un Dieu outragé et vilipendé ! un Dieu lié et enchaîné! un Dieu maltraité et massacré! un Dieu!...

Considérez comme ces cruels bourreaux font pleuvoir une grêle de coups sur le corps du Sauveur : ils frappent sur la poitrine, sur les épaules, sur les flancs, sur la

tête, et même sur sa face adorable. Tout son corps devient livide; la flagellation continue, le sang jaillit, et ruisselle le long de ses membres sillonnés et meurtris ; les fouets et les bourreaux en sont arrosés, la colonne en est toute rougie, et la terre même en est baignée. — 0 sang divin, versé pour le salut du monde, que le monde vous vénère et vous aime peu ! — Les bâtons noueux, les verges hérissées d'épines, les cordes armées de pointes de fer, n'ensanglantent pas seulement le corps sacré du Sauveur, mais le meurtrissent, le déchirent, et y font de profondes blessures : les os paraissent à nu, la peau et la chair volent en lambeaux, et le sol en est jonché. On ajoute coups sur coups, plaies sur plaies, blessures sur blessures, douleurs sur douleurs; Jésus est tout en sang, tout couvert des pieds à la tête de meurtrissures livides, de plaies et de blessures; il n'a plus la forme humaine; il est méconnaissable.

Arrêtez, bourreaux, arrêtez ! Si vous voulez assouvir votre rage, si vous voulez vous rassasier de sang, laissez cet agneau sans tache; déchargez votre fureur sur moi, qui ne suis qu'un monstre d'iniquité; broyez ce corps coupable, brisez ces membres qui ont servi au péché, déchirez cette chair rebelle, tournez votre colère contre moi, et laissez en paix mon Dieu, qui est innocent. C'est moi qui suis le coupable, c'est moi qui mérite les coups de fouets. Quel mal vous a fait Jésus?

0 mon âme, approche-toi de Jésus ; regarde-le dans l'état pitoyable où ses bourreaux l'ont mis : abandonné de tous, il te demande quelques consolations ; lave ses plaies dans tes larmes, guéris ses blessures par ta douleur, console son cœur affligé, en aimant ce Dieu qui s'est fait massacrer pour toi.

Considérez comme ces bourreaux, naturellement féroces, rendus plus barbares par la loi, excités en outre par le démon, animés et récompensés par les Juifs, font de Jésus une affreuse boucherie. Ils étaient, d'après une opinion, au nombre de soixante, qui, se relevant les uns les autres, se fatiguèrent à le flageller ; leur férocité fut assouvie, les forces leur manquèrent, avant que la patience et l'amour fissent défaut au Sauveur qui souffrit tout en silence. S'il n'en mourut pas, il faut l'attribuer, non à la force de la nature, mais à une vertu divine qui lui conservait la vie par un miracle continu, afin qu'il pût souffrir encore davantage pour notre amour. Quand Jésus-Christ n'aurait daigné essujer qu'un seul coup, il y aurait déjà de quoi frapper de stupeur les anges et les hommes. Que sera-ce donc d'avoir enduré tant d'outrages, et une flagellation si cruelle et si ignominieuse? 0 excès de charité! ô condescendance infinie !

Mon âme, arrête-toi et considère : un Dieu flagellé; un Dieu meurtri ; un Dieu accablé de coups ! Oh ! si tu comprenais ce que veut dire : soufl'rance d'un Dieu, passion de Jésus-Christ! — Le Sauveur apparut un jour tout flagellé à la vénérable Victoire, et lui dit : Ces plaies qui couvrent tout mon corps vous obligent de m'aimer; je ne demande de vous en retour qu'un véritable amour: aimez-moi donc; je le mérite bien. — 0 mon âme, rends à Jésus amour pour amour : compense ses coups de fouets par tes soupirs, ses blessures par ta douleur, son sang par tes larmes. Aime celui qui t'a aimée plus que sa vie mémo. Que pouvait-il faire de plus ce divin Sauveur pour gagner ton amour? Réponds. Si lu ne l'aimes pas, tu es un tigre, tu es un

rocher, tu es plus cruelle que ses bourreaux, lu es un monstre sorti de l'enfer. 0 mon Dieu! vous aimer, ou mourir !

PRATIQUE

Quand le démon vous porte à satisfaire vos désirs sensuels, pensez à Jésus flagellé, et réfléchissez que par la satsfaction de ces coupables désirs on renouvelle la flagellation et les plaies du Sauveur. — Le père Fabre recommanda à un gentilhomme du monde, qui menait une vie voluptueuse, de faire souvent intérieurement les réflexions suivantes : Jésus était pauvre, et je suis riche; Jésus était dans l'indigence, et je me nourris délicatement; Jésus était nu, et je suis vêtu avec luxe; Jésus fut couché sur la croix, et moi sur un lit moelleux. Il le fit, et il fut si vivement pénétré de ces pensées, qu'il réforma sa vie. — Pensez-y bien.

MEDITATION POUR LE JEUDI

JÉSUS COURO.N.NÉ d'ÉPINES.

Considérez que, le supplice de la flagellation étant terminé, les bourreaux remarquèrent que, de tout le corps du Sauveur, la tête seule avait échappé en partie aux mauvais traitements ; il leur vint donc en pensée de lui faire subir un tourment affreux et inouï. Ils prennent un faisceau d'épines, et le^ ayant tressées en forme de couronne, ils en recouvrent sa tête, son cou, son front ; puis, à l'aide d'instruments et à grands coups de roseaux, ils font pénétrer les épines dans ce divin chef : Et plectentes coronam de spinis, posuerunt super

caput ejus... et percutiebant^. Les pointes aiguës entrent dans le front, dans les tempes, pénètrent jusque dans le crâne, et occasionnent au cerveau des douleurs atroces. Le sang coule par ruisseaux, le visage de Jésus en est inondé, ses cheveux, sa poitrine en sont baignés, la terre en est imprégnée. Une épine dans le pied du lion suffit pour le faire entrer en fureur; qu'on juge de ce que dut éprouver le Sauveur qui reçut, non pas une, mais soixante-douze épines, et selon saint Bernard, un millier de piqûres dans une partie du corps si délicate ! De tous les tourments du Sauveur, le plus douloureux qu'il ait enduré dans son corps, fut ce cruel couronnement.

Mon pauvre Jésus, comme il gémit! On dirait une tourterelle plaintive emprisonnée sous un buisson d'épines. 0 mon Dieu, ô roi de gloire, vous qui couronnez les martyrs de roses, vous voulez donc être couronné d'épines ! Oh ! que ces pointes meurtrières seraient bien mieux sur ma tête, sur cette tête coupable et superbe que sur le front de mon Jésus ! Mais vous voulez, vous, mon Sauveur innocent, vous faire couronner d'épines, afin de me couronner de gloire, moi pécheur indigne ! 0 bonté infinie, soyez-en bénie à jamais !

Considérez comment les bourreaux dépouillent Jésus de ses vêtements, lui jettent sur les épaules, en guise de manteau, un vil lambeau de pourpre, et lui mettent en main un roseau pour sceptre ; ils le font asseoir, et le traitent en roi de théâtre ; ils fléchissent le genou devant lui, et avec force sarcasmes et railleries, ils le saluent, en disant: « Salut, Roi des Juifs! » Ils s'approchent

(1 Malth. 27, 29.

ensuite, lui donnent des coups de pied, des coups de poing, des soufflets; ils le tiraillent en tout sens, le frappent sur la tête, secouent sa couronne d'épines, et lui crachent au visage : Et genu flexo illudébant ei, dicentes : Ave, rex Judœorum ! Ei expuentes in eum, percutiedant caput ejus'^. C'est ainsi qu'ils ajoutent l'ignominie aux tourments et épuisent sur le Sauveur tous les mauvais traitements.

0 Dieu! faut-il voir cette face adorable, ce chef divin, ces mains qui ont fabriqué l'aurore et le soleil, traités de la sorte ! Ah ! mon Jésus, qui êtes digne de toute gloire et de tout honneur, que ne vous dois-je pas pour avoir bien voulu tant souffrir, afin de me délivrer de l'enfer !

PRATIQUE

Pour l'amour de Jésus couronné d'épines, chassez sur-le-champ les pensées impures ou orgueilleuses, vaines ou inutiles, que le démon vous suggère; souvenez-vous qu'en y consentant, vous enfoncez de nouvelles épines dans le front du Sauveur. — Sainte Elisabeth, contemplant Jésus couronné d'épines, s'écriait : 0 Jésus, mon amour! vous êtes au milieu des épines, et moi parmi les roses! Oh! que je suis loin de vous ressembler! — Répétez avec sainte Thérèse : Non, plus de péchés! jamais plus de péchés ! jamais plus! ils coûtent trop de sang à mon Jésus !

(1) Matth. 27, 29.

MÉDITATION POUR LE VENDREDI

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