‹ Œuvres compl`etesChapitre 41 sur 214 · JÉSUS CONDAMNÉ A MORT · texte numérisé non relu

JÉSUS CONDAMNÉ A MORT

Considérez que Pilato , voyant Jésus réduit à la dernière extrémité, tente un nouvel effort pour émouvoir le peuple; il fait avancer Jésus sur un balcon, et de là le montrant aux Juifs, il leur dit : Ecce homo; " Voilà l'homme » que vous poursuivez de votre haine ; voyez à quel état pitoyable il est réduit : il n'a plus même la forme humaine ; le voilà : il est anéanti, il est devenu l'homme de douleurs. Etes-vous enfin satisfaits? Consentez donc à ce qu'on lui rende la liberté ? A ce spectacle qui aurait attendri les tigres, ces ennemis acharnés, plus féroces que jamais, se mettent à crier : Toile, toile! crucifige eum!^ Mort au Christ! qu'il soit crucifié ! Filate répond : « Quel mal a-t-il fait ? Pourquoi voulez-vous que je crucifie votre roi? » — Notre roi? reprend le peuple; « nous n'avons point d'autre roi que César; si vous délivrez le Christ, vous n'êtes point l'ami de César. »> Filate, dans la crainte de déplaire au peuple et de perdre l'amitié de César, s'assied sur son tribunal et condajnne Jésus à mort. — Ah! peuple ingrat! quoi! tu veux voir mourir Jésus! Eh ! n'est-ce pas ton souverain bienfaiteur? N'est-ce pas lui qui a rassasié tant de milliers de personnes dans le désert, qui a guéri tant d'infirmes, qui a délivr tant de possédés, qui a consolé tant d'affligés, qui a absout tant de pécheurs? Tu veux sa mon! Eh bien! oui, il mourra, mais sa mort entraînera bientôt ta ruine. — Et toi. Filate, qui, pour ne pas déplaire à un homme

(1) Joan. 19, 15.

ne crains pas de déplaire à Dieu, lu perdras le gouvernement que tu occupes sur la terre, et le rojaume des cieux ; tu seras l'ennemi de César et l'ennemi de Dieu. — Et toi, lâche chrétien, qui, en mauvais politique, pour ne point perdre un bien fragile et méprisable, oses ofifenser ion Dieu, sache qu'il t'arriverà ce qui est arrivé à Filate et aux Juifs : tu perdras tout à la fois les biens temporels et les biens éternels.

Considérez que Jésus ayant été condamné à mort, ces impies mettent la main sur ce tendre agneau, et pour accroître sa douleur et sa honte, lui ordonnent de se charger lui-même de l'instrument de son supplice. Jésus, humble et obéissant, contemple sa croix, l'embrasse, la couvre de baisers, comme un présent précieux qui lui aurait été envoyé par son Père éternel, et semble dire, avec un vif sentiment d'amour : Viens, croix ardemment désirée; c'est pour mourir entre tes bras que je suis descendu du ciel sur la terre; depuis trente-trois ans je suis à ta poursuite. Viens, croix chérie ; tu es la clef qui dois ouvrir les portes du Paradis à mes brebis bien-airaées, et bientôt tu seras l'autel de mon sacrifice et le lit où reposera mon corps percé de clous. En même temps, il la charge sur ses épaules meurtries et se met en marche : Et bajulans sibi crucem, exivit.^ Les soldats et les bourreaux l'accompagnent avec les auires instruments du crucifiement; un hérault précède en criant : Voici Jésus de Nazareth, condamné à mort. La populace afllue autour de lui, tandis qu'il s'avance vers le Calvaire, accablé sous son lourd fardeau ; chaque pas qu'il fait lui occasionne des douleurs mortelles.

(1; JoaD. 19, 17.

I,A VOIB DU PARADIS. 103

Il commence à gravir la montagne, et son corps affaibli succombe sous le poids énorme de sa croix : il roule par terre, et cette chute en rouvrant ses blessures renouvelle ses tourments; il est noyé dans son propre sang.

0 Chrétien, regardez Jésus devenu pour votre amour semblable à un ver de terre, l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple : Vermis et non homo ; opprobrhim hominum et ahjectio plebis.^ Si vous l'aimez, accompagnez-le de vos pleurs; réjouissez-vous d'être méprisé pour son amour, et méditez cette pensée, que celui que vous contemplez si avili et si outragé, est un Dieu d'une majesté infinie.

Considérez que ces soldats inhumains, pour forcer Jésus de se relever, le frappent sans pitié, le heurtent du pied, le tirent par les cheveux, et le maltraitent de mille manières. Jésus, harassé de fatigue, veut se relever, mais sa faiblesse est si grande qu'il retombe de nouveau ; il redouble d'efforts, et au bout de quelques pas, il s'affaisse encore une fois sous sa lourde croix. Le Sauveur épuisé tombe à plusieurs reprises dans le cours de ce pénible trajet, et chaque fois ces barbares renouvellent leurs indignes traitements. •

0 mon adorable Jésus ! vous portez cette pesante croix, vous, innocent ! C'est à moi qu'elle revient, à moi, coupable, digne de mille croix et de mille morts ! — Tâche, ô mon âme, d'alléger le fardeau du Sauveur; aide-le à porter sa croix par ta patience dans les peines et les travaux. Imagine-toi que Jésus t'adresse aussi ces paroles qu'il fit entendre à un de ses fidèles serviteurs :

fl) Psalm. 81, 7.

Mon fils, si tu m'aimes, si tu veux m'être agréable, aide-moi à porter ma croix. — Chrétien, aidez Jésus à porter sa croix, non en paroles, mais de fait, par la résignation dans les difficultés, les maladies, les contrariétés qui surviennent. Imiter Jésus en action, c'est là l'aimer véritablement.

PRATIQUE

Sous le poids de vos peines, souvenez-vous de Jésus luttant sur sa croix. — Si vous succombez par un effet de votre faiblesse, relevez-vous aussitôt, sans trouble et sans défiance, et priez Jésus de vous fortifier. — Unissez vos peines à celles de Jésus, afin de les rendre plus salutaires, et de vous encourager à souffrir.

MEDITATION POUR LE SAMEDI

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