‹ Œuvres compl`etesChapitre 47 sur 214 · SUR LA FÊTE · texte numérisé non relu

SUR LA FÊTE

Considérez que les Mages, c'est-à-dire les sages de l'Orient, arrivés à Bethléem, en suivant l'étoile qui les guidait, entrèrent dans la grotte et, prosternés par terre, adorèrent le divin Enfant qu'ils y trouvèrent couché sur un peu de paille. — Ni la faiblesse de l'Enfant, ni la pauvreté de ses langes, ni l'abjection du lieu n'arrêta l'expression de leur vénération. Ils crurent que celui qui reposait dans la crèche était le même Dieu qui règne en souverain dans le ciel ; et humblement prosternés devant sa majesté suprême, ils lui rendirent leurs hommages comme au Désiré des nations. Oh ! que la lumière de la foi fut puissante sur ces sages, en dépit de ce que les yeux du corps attestaient de ce petit Enfant! — Quelle est ma foi, lorsque j'entre dans le temple, bien que là tout m'annonce la présence et la grandeur du Dieu qu'on y adore? Ah! si elle était bien vive, je ne commettrais pas tant d'irrévérences dans ce saint lieu, je ne m'approcherais pas de l'autel avec tant de froideur. Je ne connais guère les

mystères de la religion et je ne me soucie guère de les connaître, c'est pourquoi je n'agis guère en homme de foi.

Ah ! céleste Enfant, que vos yeux divins fassent vibrer sur moi un de ces vifs rayons qui pénétrèrent l'esprit et le cœur des rois Mages, afin que je vous adore avec eux et que je reconnaisse en vous mon Seigneur et mon Dieu. Oui, ô mon Jésus! je tombe à genoux devant vous, mais j'humilie bien plus profondément mon cœur à vos pieds, et pour attester ma dépendance entière et absolue vis-à-vis de votre grandeur, prosterné par terre, je m'écrie: Venite; adoremus Dominum ! « Venez ; adorons le Seigneur ! » Agréez mes adorations comme vous avez agréé celles de vos serviteurs. Je suis et je veux être votre serviteur et votre esclave à jamais.

Considérez que les Mages ne se contentèrent pas d'offrir à Jésus l'hommage de leurs adorations ; ils y joignirent encore le tribut de leurs dons. — Ils ouvrirent leurs trésors, et présentèrent à l'Enfant nouveauné de l'encens, de l'or et de la myrrhe. Par l'encens ils confessaient qu'il est Dieu, par l'or, qu'il est roi, et par la myrrhe, qu'il est mortel. Trop heureuse, âme chrétienne, si vous saviez imiter le bel exemple des Mages ! Quand vous entrez dans le sanctuaire, quand vous vous présentez au tribunal de la pénitence, quand vous vous approchez de la sainte Table, unissez aux adorations du cœur et aux prostrations du corps, vos offrandes et vos dons. Ouvrez devant lui votre trésor, qui n'est autre que votre cœur, ouvrez-le à la divine charité; et si vous désirez savoir quelle est la clef qui l'ouvre, sachez que Dieu dit un jour à sainte Gertrude que la clef du cœur e?t la volonté. Par conséquent, plier

sa volonté à l'amour de Dieu, c'est lui ouvrir son cœur. — Ah ! cœur dur et rebelle, si Jésus frappe à ta porte et te dit ; « Ouvre-moi ; » Aperi mihi; ne te ferme pas obstinément, ne lui refuse pas l'entrée en lui refusant ton consentement ; donne-toi à lui tout entier au contraire, et sans réserve. Offre-lui l'encens de ton entendement, en le reconnaissant pour ton Dieu infiniment grand, et en confessant cette vérité : « Il est juste que j'obéisse, parce que c'est un Dieu qui me commande. » Offre-lui l'or d'un cœur respectueux, en vénérant toutes ses volontés, sans en rechercher le pourquoi; qu'il te suffise de savoir que celui qui le veut ainsi est un Maitre absolu, mais bon. Offre-lui la myrrhe de la mortification du corps, en te montrant prêt à supporter, en dépit de la répugnance des sens, tout ce que sa bonté ou sa justice t'enverra, et pratique volontiers quelques œuvres de pénitence en expiation de tes péchés.

Oui, ô mon Jésus, que les saints Rois adorent, vous êtes mon Dieu : je veux vous obéir, moi, votre créature. Vous êtes mon souverain : je vous respecterai, moi, votre serviteur. Vous avez souff'ert pour me racheter : je ne refuserai pas de souffrir pour me conformer à votre exemple et vous témoigner ma reconnaissance.

Considérez que les Mages en partant de Bethléem retournèrent dans leur pays par une autre route, et ne se laissèrent plus voir à Hérode. — Telles étaient les instructions que le Seigneur leur avait données et auxquelles ils se conformèrent fidèlement. Ah! il faut qu'une âme, qui a appris par une inspiration divine à se repentir de ses égarements, qui, pendant ces jours, a été dans le temple adorer son Dieu, lui promettre fidélité.

détester ses péchés, il faut, dis-je, que cette âme quitte ses anciennes voies, qu'elle prenne une autre route, qu'elle change de vie. Dieu, qui parle au cœur, veut l'amendement du cœur. Rentrez donc en vous-même, et examinez si jusqu'ici vous avez corrigé vos défauts, ou si vous courez encore dans les voies de l'amourpropre. Voyez si vous avez passé de l'orgueil à l'humilité, de la colère à la patience, des affections déréglées aux actions vertueuses. Si vous n'avez rien changé à votre manière de vivre, c'est un signe que vous n'avez pas obéi aux avis du Ciel.

Ah ! Verbe divin, rendu muet dans cette crèche, vous parlez de là à mon cœur ; mais ce cœur ingrat ne veut pas vous entendre. Je reconnais à tant de signes que jusqu'ici je n'ai pas écouté votre voix ; et je m'aperçois que ne vouloir pas vous écouter, c'est ne vouloir pas être du nombre des brebis de votre troupeau. Mais, ô divin Pasteur ! si je ne veux pas entendre les paroles de votre bouche, appelez-moi au moins en faisant siffler votre verge.

PRATIQUE

L'étoile qui apparut aux Mages et leur servit de guide est le symbole des divines inspirations qui éclairent l'esprit. Combien de fois n'avez-vous pas été favorisé de ces étoiles qui vous invitaient à renoncer à telle fréquentation, à abandonner tel jeu, à ne plus commettre tel péché ? Mais vous avez fermé les yeux, c'est pourquoi vous ne vous êtes pas amendé. Voyez Paul, encore persécuteur : à peine a-t-il aperçu la lumière du ciel, à peine a-t-il entendu la voix du Sauveur, qu'aussitôt il correspond à l'appel d'en haut, en manifestant la résolution la plus décidée : « Seigneur, dit-il, que voulezvous que je fasse? - Domine, quid me vis facere?^

(1) Act. 9, 6.

Répondez de même à la voix des divines inspirations qui vous parlent aujourd'hui, et répétez ces paroles plusieurs et plusieurs fois. Que ce soit là pour vous le fruit de la solennité de ce jour.

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