‹ Œuvres compl`etesChapitre 56 sur 214 · SUK LA FAUSSK VOLONTÉ DE SE SAUVER · texte numérisé non relu

SUK LA FAUSSK VOLONTÉ DE SE SAUVER

Considérez que tous veulent se sauver, mais que cependant, selon la sentence de Jésus-Christ, il y en a

peu qui se sauvent. — Et pourquoi? Parce que, avec cette bonne volonté de se sauver, on ne prend jamais la résolution d'abandonner le péché, et on ne pense pas sérieusement à faire des œuvres de salut; ou bien on pense à les faire, mais plus tard, et ce plus tard n'arrive jamais ; et ainsi, en différant le jour en jour, malgré une certaine volonté de faire son salut, on aboutit à la perdition. Et vous compteriez sur une volonté mensongère, qui n'inspire que des illusions et jamais de résolutions?

Considérez que, d'après le sentiment des saints Pères, l'enfer est plein de pécheurs qui pensaient se sauver ; mais que n'y pensaient que comme y pensent la plupart des chrétiens, et comme peut-être vous y avez pensé vous-même, c'est-à-dire, avec froideur, avec langueur, avec indifférence, sans vouloir jamais se gêner en rien, . ni embrasser tout de bon le parti de la piété. A quoi donc 1 peut-on s'attendre en ce qui vous concerne? Voulez-vous l'apprendre? On peut s'attendre à vous voir un jour enseveli dans l'abime, en poussant ce cri de désespoir : Ah ! que de moyens j'ai eus de me sauver, et me voilà damné pour une éternité !

Considérez que bien des personnes s'imaginent avoir une sincère volonté de se sauver, parce que, au milieu de leurs désordres, elles conservent quelque pratique de religion et observent en partie la loi de Dieu. — Mais qu'elles réfléchissent à ce que dit Notre-Seigneur Jésus- Christ dans son Evangile: Non omnis qui dicit mihi: Domine, Domine, intrahit in regnum cœlorum ; sed qui facit voluntatem Patris mei, qui in cœlis est, ipse

intrabit in regnum cœlorum ^ ; « Tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, n'entreront pas poui* cela dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Pore céleste, en accomplissant la loi, celui-là entrera dans le royaume des cieux. » Examinons-nous, et voyons à quelle catégorie nous appartenons : examinons si nous observons la Ioide Dieu avec toute l'exactitude voulue. Un seul précepte auquel nous manquerions rend tout le reste inutile, et suffit pour nous entraîner à la damnation. Ne nous fions donc pas à une volonté languissante, qui se repaît d'illusions et n'en vient jamais à l'exécution ; ne nous contentons pas de quelques exercices de piété qu'on fait marcher de pair avec le péché, ni de l'observance d'une partie de la loi; maisprenons la résolution de nous sauver à tout prix, en renonçant totalement au péché et aux occasions du péché ; et embrassons généreusement la pratique de tous les commandements, sans exception, quelque sacrifice que doive nous couler une si juste résolution.

Mon Uieu, il est cependant vrai qu'à bien considérer ma manière de vivre, j'ai tout sujet de craindre d'être du nombre de ceux qui, avec la velléité perpétuelle de se sauver, courent néanmoins à leur damnation. Je déteste toutes les illusions qui m'ont entretenu jusqu'ici dans ce péril imminent, et je vous prie, par les mérites de Jésus- Christ, de m'inspirer une résolution si ferme de sauver mon âme, qu'elle me donne le courage de surmonter tous les obstacles, de ne plus rien épargner pour mettre en sûreté mon salut éternel.

(1 Matth. 7.21.

PRATIQUE

Un infirme qui veut recouvrer la santé, que fait-il? Il laisse de côté les affaires, les plaisirs, les festins, et s'assujettit à la retraite la plus ennuyeuse, à la diète la plus sévère, aux médicaments les plus amers, et, s'il le faut, aux opérations même les plus douloureuses ; et tout cela pour une guérison incertaine, pour une vie qui, dans tous les cas, doit bientôt finir. Et pour s'assurer une vie immortelle et bienheureuse, un chrétien refusera de renoncer au jeu, de briser telle liaison, de fuir les réunions oti règne une trop grande dissipation? iPour sauver son âme, il lui semblera que c'est trop d'entendre chaque jour la sainte messe, d'offrir à Dieu toutes ses actions, d'examiner le soir sa conscience, afin de réparer les fautes commises dans le cours de la journée?

XIP MEDITATION.

Le Mercredi des Cendres.

SUR l'exemple de JÉSUS- christ dans l,E DÉSERT.

Considérez que Jésus-Christ, avant de commencer à converser publiquement avec les hommes et de consommer l'œuvre importante du salut du monde, se retire dans la solitude du désert. — Quelles saintes leçons il nous donne en ce lieu-là ! Jésus-Christ m'enseigne au désert la nécessité de la vie retirée. Il n'a pas à craindre la rencontre d'objets qui le fascinent, de compagnons qui le séduisent, de discours qui le pervertissent, de créatures

qui le fassent succomber ; et malgré cela, il fuit la foule et s'enfonce dans le désert. Pourquoi donc moi qui chancelle au moindre choc d'un objet ou d'une créature qui me frappe, suis-je si porté à fréquenter les assemblées mondaines? — Jésus dans le silence du désert passe les jours et les nuits à méditer la grande affaire du salut du monde, pour laquelle il est venu sur la terre; et moi je pense si peu à l'importante affaire de mon salut éternel, et je trouve que c'est trop d'y réfléchir une fois en passant,.

Malheureux que j j suis ! sur le bord de l'éternité y penser si peu! Et cependant je sais qu'elle est peut-être bien proche ! Pourquoi donc ne m'éloignerais-je pas aussi du monde pour y réfléchir sérieusement?

Considérez que Jésus-Christ, dans le désert, nous enseigne la mortification de la chair par son jeûne prolongé. Pourquoi passer quarante jours entiers sans prendre ni nourriture, ni boisson, et pendant tout ce temps vivre au milieu des animaux sauvages et dormir sur la terre nue? Sa chair est, certes, parfaitemeni assujettie à l'esprit et il est impeccable par nature. — Quelle différence entre le Christ innocent et un homme, tel que je suis, conçu dans le péché, enclin au péché, habitué au péché, et peut-être actuellement dans l'état du péché ! Cependant il se condamne au jeûne le plus rigoureux durant quarante jours ; et moi, peut-être h'observé-je pas même les jeûnes de l'Eglise, ou du moins cherché-je à les observer avec le plus d'adoucissements possible. Par son jeûne il a vaincu l'enfer et triomphé de ses assauts; et moi, je prétendrais surmonter, sans la mortification des sens, les tentations qui m'assiègent et me suivent partout? — Coraprenez-le

bien : votre corps est l'arme avec laquelle le démon vous abat ; c'est pourquoi l'art d'en triompher consiste uniquement dans la pénitence qui le désarme. Une vie molle et délicate entraîne inévitablement une vie de péché ; Salomon, le plus fastueux des rois d'Israël, en fut aussi le plus criminel à cause de sa mollesse.

Et s'il en est ainsi, pourquoi ai-je tant d'aversion pour les saintes mortifications qui sont ma défense? Pourquoi, pécheur que je suis, n'imité-je pas votre exemple, ô mon Jésus, en mortifiant mes sens, puisque vous-même, tout impeccable que vous êtes, les avez mortifiés par un jeûne austère?

Considérez que Jésus-€hrist , dans le désert, nous enseigne l'usage fréquent de l'oraison, par sa prière continuelle. — Qu'avait-il à demander? Ce n'est pas la grâce, puisqu'il ne peut la perdre; ce ne sont pas les vertus, puisqu'il les possède toutes dans la plénitude ; ce n'est pas la science, puisqu'il est la sagesse même du Père. Cependant il prie assidûment, tandis que moi, qui ai si grand besoin de la grâce, je consacre si peu de temps à la prière, et encore ne le fais-je qu'à contrecœur, avec si peu de recueillement et tant de distraclions ! Moi, qui suis plein d'ignorance dans l'esprit, plein de malice dans la volonté, je laisse passer des jours entiers sans recourir à vous, ô mon Dieu, qui êtes la source de la lumière et le maître des venus !

Ah! mon Jésus, retirez-moi du monde, où je me répands beaucoup trop; mortifiez mes .<!ens, que je satisfais par d'excessives délicatesses; enseignez-moi à prier assidûment, pour mériter d'attirer sur moi la miséricorde de Dieu.

PRATIQUE

Promettez à Notre- Seigneur de profiter pendant tout le carême des leçons qu'il vous donne, en fréqnentant les églises, en assistant aux instructions ou aux retraites qui se font, en vous exerçant à des œuvres de charité et de piété, et en observant la loi du jeûne avec toute l'exactitude possible. — Souvenez-vous qu'à la suite de son jeûne rigoureux et de sa longue oraison dans le désert, Jésus-Christ fut visité par les Anges, qui descendirent du ciel pour le servir. Il en sera de même de vous : vous recevrez au jour de Pâques la récompense des mortifications que vous aurez pratiquées, et des victoires que vous aurez remportées.

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