SUR LE DÉLAI DE LA CONVERSION
Considérez que tous les désirs et les vœux de notre mère, la sainte Église, pendant ces jours, ont pour objet la sincère conversion des pécheurs. — « Convertissezvous, leur crie-t-elle, convertissez-vous au Seigneur de tout votre cœur. Abandonnez les voies de l'iniquité ; retournez à votre Dieu par le chemin de la pénitence, ce Dieu bon et miséricordieux vous accueillera. « Que répondez- vous à ces invitations ? Avez- vous la volonté de vous convertir? Voulez-vous une fois ou l'autre vous donner à Dieu? — Vous répondez avec assurance:
certainement je le veux. — Commencez donc aussitôt. Commencez aujourd'hui même. — Ah ! pour aujourd'hui, non. J'aurais à briser tel engagement, telle liaison, à vaincre un respect humain, une habitude, une passion : et aujourd'hui j'éprouve trop de difficulté. Je le ferai une autre fois : j'attendrai que tel ob.stacle soit levé, que la passion soit amortie, que le feu de la jeunesse soit éteint : je le ferai, sans plus tarder, le carême prochain; je le ferai au retour de la mission : maintenant je ne le puis. — Combien de temps v a-t-il que vous tenez ce langage, sans que vous ayez encore mis la main à l'œuvre? La mission est venue, des retraites ont eu lieu, plusieurs carêmes se sont succédé, et vous différez toujours de rompre vos chaînes et de vous convertir à Dieu.
Considérez que vous devez craindre, et grandement, que peut-être Dieu ne soit plus disposé à vous attendre, comme vous voudriez attendre de vous donner à lui. — Et en vérité, qui peut savoir jusqu'où s'étendra la patience du Seigneur? Quelle imprudence de faire dépendre l'affaire de son salut d'un point si incertain !
— Mais Dieu m'a cependant attendu jusqu'à présent.
— Raison de plus de douter s'il voudra vous attendre davantage : il est fatigué de vos promesses et de vos infidélités. — Mais Dieu est bon. — Avec vous il l'a été outre mesure ; qui sait si le moment n'est pas venu où il va se montrer sévère. Et supposé qu'il voulût continuer à se montrer bon à votre égard, serait-ce un motif pour vous de continuer à l'offenser? Voyez, quelle noire ingratitude ! quel monstrueux mépris de la bonté et de la patience du Seigneur! Dieu vous supporte afin de vous donner le temps de détester vos péchés, et vous en profitez pour les multiplier! Pensez-y bien :
si VOUS n'en finissez pas, il en finira, lui ; il décochera enfin le trait de sa vengeance après vous avoir longlenaps, mais vainement, attendu à la pénitence.
ÏII
Considérez que presque tous les chrétiens qui sont en enfer, s'y sont précipités en tardant, en diâ"érant de se convertir. — Personne n'est assez insensé pour dire : Je ne veux pas me convertir. Mais peu sont assez sages pour dire : Je veux me convertir sur-le-champ. Le moment de la mort arrive enfin ; on diffère encore : on espère ne pas mourir de cette maladie, ni le jour présent, ni à cette heure. On espère qu'il y aura toujours assez de temps pour se convertir. Mais ce qu'on n'a pas fait en temps opportun, s'imagine-t-on pouvoir le faire au moment où Dieu se moque de ceux qui se sont moqués de lui pendant leur vie ? Pensez-y bien, encore une fois : si vous ne changez pas immédiatement, il est à craindre que vous ne changiez jamais. Si vous ne vous convertissez pas à Dieu pendant ce carême, peutêtre le temps de le faire ne vous sera-t-il plus accordé. Courage donc, prenez votre parti. Dites au Seigneur : Vos pressantes sollicitations, ò mon Dieu, sont un signe que vous ne m'avez pas encore abandonné. Je veux y correspondre ; je veux me convertir, et je veux le faire pendant ces jours de salut, dans ce temps de grâce et de miséricorde, où l'Eglise me remet devant les yeux les mystères de votre bonté infinie.
Ah! mon Dieu, multipliez vos miséricordes en ma faveur, éclairez mon âme de plus en plus, augmentez en moi le désir de me donner à vous. Changez mon esprit, ma volonté et mon cœur : convertissez-moi à vous; je le désire efiîcacemeni. Jésus, Marie, Joseph, je me consacre à vous dès les premiers jours de cette
sainte quarantaine : je vous donne mon cœur et mon âme.
PRATIQUE
Récitez chaque jour sept A ve en l'honneur de Notre- Dame des Sept-Douleurs, afin qu'elle vous obtienne le repentir de vos péchés^. — Entretenez dans votre esprit cette vérité : que le filet avec lequel le démon entraîne tant de chrétiens en enfer, c'est l'illusion qu'il produit, en leur disant : « Péchez librement; malgré tous vos péchés, vous vous sauverez. » Ah 1 qu'il s'expose au contraire à la malédiction celui qui pèche dans cette fausse espérance : Maledictus qui peccai in spe.
Les autres dimanches de carêrae.
Prendre les méditations sur la Passion de Notre-Seigneur, ci-dessus, pao:e 88 et suivantes.
Qu'on fasse de même pour les vendredis du Carême et tous les jours de la semaine sainte.