‹ Œuvres compl`etesChapitre 59 sur 214 · XV« MEDITATION · texte numérisé non relu

XV« MEDITATION

L' Annonciation de Marie.

SUR LA FÊTli:.

Considérez que l'adorable Trinité, voulant réaliser le mystère de l'Incarnation du Verbe éternel , envoya l'ange Gabriel à Marie, épouse de saint Joseph, demeurant à Nazareth, pour lui annoncer qu'elle était destinée à devenir sa mère. — Méditez pour quel motif le consentement d'une Vierge est attendu et requis pour l'accomplissement du plus grand prodige de la toutepuissance divine, et réfléchissez que Dieu a coutume,

quand il veut nous faire du bien, de réclamer l'assentiment de notre volonté, et notre libre coopération à sa grâce, afin de rehausser les merveilles de sa miséricorde.

Oh ! combien de fois n'ai-je pas reçu aussi de ces ambassades célestes, de ces divines inspirations qui me parlaient au coeur ! L'ange qui m'annonça la volonté de Dieu, ce fut cette vocation divine à la foi catholique, dans laquelle je suis né. Comment ai-je rempli les obligations de cette religion, auxquelles je me suis cependant engagé? — L'ange qui m'annonça la volonté de Dieu, ce fut la voix de mon pasteur et de mon confesseur, de mes supérieurs qui me rappelèrent de mes égarements. Comment ai-je obéi à leurs ordres, et suivi leurs conseils ? — L'ange qui m'annonça la volonté de Dieu, ce furent ces invitations si touchantes qui me sollicitèrent intérieurement et extérieurement à faire le bien et à fuir le mal. Comment ai-je pu correspondre à ces appels par mes œuvres? Ah! que de bien la volonté divine aurait opéré en moi, si mon esprit ne s'était pas opposé à ses desseins ! Mais, hélas ! je dois l'avouer, je suis de ces chrétiens qui voudraient que Dieu fît tout en eux, et qui ne font rien ou presque rien par eux-mêmes; ils voudraient que Dieu les prît par les cheveux et les transportât au terme, pour ainsi dire, sans qu'ils s'en aperçussent. Telle n'a été que trop souvent ma folle prétention. Pardonnez-la-moi, ô mon Dieu ! et ayez pitié de ma paresse, de mon insouciance, et de ma négligence à correspondre à vos grâces.

Considérez que Marie se troubla aux premières paroles de l'Ange. — La sainte Vierge était bien grande, mais elle ne s'estimait pas telle; et voilà pourquoi les

louanges de l'Ange qui la proclame pleine de grâce, et la dignité de Mère de Dieu qui lui est annoncée, causèrent dans son cœur ce trouble mystérieux. Elle apaisa néanmoins ce trouble dès qu'elle sut que la vertu du Très-Haut descendrait en elle; elle jugea qu'elle pourrait être mère et vierge en même temps, lorsque l'Ange ajouta que tout est iwssihle à Dieu. — Tenons pour certain qu'aucune considération humaine ne doit nous ; rrêter, lorsque nous avons la persuasion que c'est la main de Dieu qui agira en nous. Si donc vous appréhendez si souvent comme impossible ce que Dieu vous commande ou vous inspire, cela vient de ce que vous n'avez pas foi que Dieu est là pour vous assister. Ah ! taisez- vous donc, pusillanimité des sens. Celui-là peut tout qui s'abandonne généreusement à la vertu divine, qui est la toute-puissance; tout devient facile pour qui est assisté de l'Esprit divin, qui est l'amour même. Celui qui se confie en Dieu est tout-puissant. Il n'y a habitudes si mauvaises et si invétérées, il n'y a attaches si fortes, ni âge si avancé, qui puissent s'opposer à la toute-puissance de la grâce divine et à la résolution bien décidée d'une volonté ferme. — Une vierge conçoit contrairement à toutes les lois de la nature. Qui oserait objecter que son naturel répugne à la pratique de la perfection ? — Elisabeth stérile et avancée en âge devient féconde. Qui oserait alléguer pour excuse de mauvaises habitudes fortifiées par les années?

Ah! je puis tout en vous, ò mon Dieu, si je le veux. Parlez donc à mon cœur par vos divines inspirations : faites-moi entendre votre voix. Le son de vos paroles me donnera la force de vous obéir; et je suis prêt à tout entreprendre dans l'espoir de votre assistance et de la protection de Marie, que j'invoque en suppliant.

t78 LA VOIE DU PARADIS.

Considérez que Marie, assurée de la volonté de Dieu, lui donne son parfait consentement par ces mots : Ecce anelila Domini ; fìat mihi secundum verbum tuum ^ ; " Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole. » Réfléchissez sur les qualités de ce consentement. — Il fut plein et entier; car Marie s'abandonna sans réserve aux desseins de Dieu, en s'appelant sa servante, titre qui exclut toute volonté propre et implique une entière et totale sujétion. Méditez à ce sujet sur une de vos illusions : vous voudriez obéir à Dieu, mais avec des réserves ; vous retenez toujours quelque chose de votre volonté propre en lui consacrant votre libre arbitre. Ah ! rendez-vous pleinement, totalement. Que la volonté de Dieu soit faite en toutes choses. — Le consentement de Marie fut plein d'amour. Son Fiat, selon les saints Pères, fut un magnifique élan d'amour; ce fut le transport d'une sainte ardeur pour la gloire de Dieu et le salut du genre humain, qu'elle entrevoyait dans l'Incarnation du Verbe. Voilà de quelle manière vous devez vous rendre aux inspirations divines ; il faut le faire, non par force et à contre-cœur, mais de bon gré et avec empressement : car Dieu veut être servi avec une joie filiale, et non pas avec une contrainte d'esclave. — Le consentement de Marie fut accompagné d'une obéissance aveugle ; elle ferma les yeux à toutes les considérations du monde, et n'envisagea que la parole de Dieu : Fiat mihi secundum verbum tuum. La répugnance des sens, la loi des convenances, les réserves de la crainie, tout doit se taire quand Dieu veut et commande. Il faut laisser à Dieu le soin de toutes choses, quand il s'agit de lui obéir.

U) Luc. 1, 3S.

0 Marie ! obtenez-moi que mon consentement à la volonté divine soit plein, amoureux et aveugle, comme l'a été le vôtre, afin que je puisse dire aussi, non pas en paroles seulement, mais de cœur : Voici le serviteur de Dieu ; qu'il me soit fait, non pas selon mes pensées, mais selon sa parole; non pas selon ma volonté, mais selon la sienne.

pratique; .

Adressez aujourd'hui à Marie le salut de l'Ange, en répétant plusieurs fois : Ave, Maria, grafia piena, Dominus tecum. « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. " — Rappelez-vous la promesse de Jésus-Christ dans l'Evangile de saint Matthieu, cù il dit que celui qui fait promptement la volonté de son Père, celui-là est son frère, sa sœur, sa mère. — Ayez souvent à la bouche, et gravez dans votre cœur, ces divines paroles : Verbum caro factum est : « Le Verbe s'est fait chair. » — Visitez quelques églises, spécialement celle où daigne résider la glorieuse humanité dont le Verbe divin s'est revêtu aujourd'hui.

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