‹ Œuvres compl`etesChapitre 60 sur 214 · SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST

Considérez que l'Eglise, pour exprimer les sentiments qui l'animent, chante dans la liturgie de ce jour solennel, ces paroles : « Voici le jour que le Seigneur a fait;

réjouissons-nous et tressaillons de joie en ce jour. » — Le motif de ces joyeux transports, c'est qu'elle croit que Jésus est ressuscité et qu'elle fait aujourd'hui la mémoire de cet heureux événement. Il est sorti impassible du tombeau; il a surmonté la mort, il a triomphé du démon, il a brisé les portes des limbes, il a délivré les captifs, il a vaincu ses ennemis et il jouit présentement de la vie glorieuse : Surrexit Dominus vere^. Mais celui qui est ressuscité aujourd'hui, était mort auparavant ; celui que les Anges saluent en ce jour le Roi de gloire, est celui-là même qui a été traité par les hommes comme un roi de douleurs. Réfléchissez donc que les larmes des justes se changent en joie; que la croix est l'arbre fécond qui produit l'allégresse; que le tombeau est le passage aux plus douces jouissances pour les fidèles disciples du Sauveur,

0 Jésus ressuscité ! mon unique bien, l'éternelle consolation des aines, je vous adore aujourd'hui dans votre triomphe : je contemple ce cœur naguère déchiré par les tourments, et maintenant inondé de joie. Oui, mon Jésus est ressuscité pour ne plus mourir ; mon Jésus est victorieux, mon Jésus a vaincu ma mort par la sienne. Mais est-il bien ressuscité dans mon âme pendant ces jours? A-t-il triomphé du péché qui retenait mon cœur dans l'esclavage? Réside-i-il en moi par sa grâce, y vit-il par son esprit, y règne-t-il par son amour, y repose-t-il par sa paix ? 0 félicité, ô contentement, s'il en est ainsi ! Ah! plaies glorieuses, trophées illustres de la victoire remportée par Jésus, obtenez que je ressuscite si je me trouve encore dans la mort du péché.

(1) Luc. 24, 34.

Considérez qu'au moment de la résurrection de Jésus- Christ, on entendit un grand tremblement de terre, et que les soldats qui gardaient le sépulcre, à moitié morts de frayeur, prirent la fuite. — Et pourquoi faut-il qu'un tremblement de terre annonce la résurrection du Sauveur? Pourquoi la plus grande de toutes les joies est-elle précédée de la plus terrible épouvante? En voici la raison. C'est l'ordinaire que Dieu terrasse d'abord ceux qu'il veut bientôt ressusciter de la mort du péché, et qu'il se montre sévère en apparence pour être en réalité miséricordieux. Réfléchissez donc ici que difficilement vous pourrez ressusciter à la grâce, si auparavant vous n'éprouvez pas la crainte des jugements de Dieu, que la vue de vos péchés doit réveiller en vous. Lorsqu'une àme chargée d'iniquités est vivement secouée par l'horreur des châtiments éternels qu'elle a mérités, alors elle rentre en elle-même et se prépare à sortir du tombeau de ses vices. Les terribles menaces d'un Juge inexorable épouvantent les passions qui fuient éperdues, comme les gardes du tombeau, et laissent un libre passage à l'âme, qui ressuscite de l'état de péché.

Ah ! crainte salutaire de mon Dieu, ébranlez fortement mon cœur; s'il s'obstine dans le mal, remplissezle de frayeur; et que cette peine que je désire soit le présage de ma résurrection véritable. Oui, mon Jésus, que cette âme vous redoute en qualité de juge, afin qu'elle en vienne à vous aimer en qualité de Père plein d'amour. Votre crainte, qui est la première disposition au repentir, est aussi le commencement de la sagesse. Envoyez un ange, à l'aspect terrible, comme celui qui

est descendu au moment du tremblement de terre, et qu'il me secoue de la léthargie de mes misères. Envoyezmoi une inspiration puissante qui enlève la pierre de tant de répugnances de dessus mon cœur endurci, afin qu'en ce jour d'allégresse il sorte du sombre tombeau de ses vices.

Considérez que Marie-Madelaine et les autres femmes qui accompagnèrent Jésus jusqu'au lieu de sa sépulture, ayant préparé leurs aromates, partirent dans la nuit du sabbat qui précède le dimanche, pour aller embaumer le corps du Sauveur. — Ces femmes courageuses ne sont effrayées ni des ténèbres de la nuit qui les enveloppent, ni de l'horreur que fait éprouver la vue du Calvaire dont elles approchent, ni des gardes qu'elles savent devoir se trouver auprès du sépulcre, ni du poids de l'énorme pierre qui en ferme l'entrée. Et d'où vient chez ces saintes femmes tant de courage, une attention si diligente, si ce n'est de l'amour qu'elles portent à Jésus? Il n'y a difficulté qui retienne, quand c'est l'amour qui sollicite. Elles aimaient leur divin Sauveur, et partant tout leur semblait facile; leur ardente charité osait tout. Elles se disaient bien entre elles : « Qui nous ôtera la lourde pierre? » mais elles avançaient toujours, pleines de confiance que, d'une manière ou d'autre, elles auraient le sépulcre ouvert. En effet, elles virent que Dieu avait approuvé leur courageuse démarche et favorisé leur amour, lorsqu'elles trouvèrent la pierre écartée, que les premières elles aperçurent les célestes messagers de la résurrection, et qu'elles apprirent de la bouche même des anges l'heureuse nouvelle de la résurrection du Sauveur.

Réfléchissez ici, ô cœur trop timide, que celui qui aime n'a rien à craindre, et que dans les grandes entreprises pour la gloire de Dieu, il faut se reposer sur son bras tout-puissant. Ah ! si vous aimiez Jésus comme ces pieuses femmes, tout ce qu'il vous demande vous paraîtrait facile. Vous ne cessez de dire : comment surmonter cet obstacle qui m'empêche de fuir l'occasion du péché, comment vaincre cette inclination si forte, cette tentation continuelle? Comment déraciner cette mauvaise habitude, si invétérée, du jugement, du blasphème, de l'impureté et d'autres vices? — Avec l'aide de Dieu, avec la force de sa puissance, avec la confiance en Celui qui faisait dire à saint Paul : « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » Pourquoi donc tant craindre, ô cœur pusillanime ! Examinez si dans vos affections et dans vos résolutions, vous cherchez véritablement Dieu ; et si vous le cherchez, vous faites injure à sa bonté en ne vous confiant pas en lui.

Ah ! mon Jésus, ma sûreté, ma joie, mon inébranlable défense, je n'ai rien à craindre du moment où je no veux que vous aimer. Au milieu de mes pusillanimités et de mes misères, je me serrerai contre vous, qui êtes mon espérance assurée, et je me figurerai que, pour m'inspirer de la confiance, vous me répétez ce que l'Ange dit aux saintes femmes : Nolite timere : « Ne craignez rien. »

PRATIQUE

Visitez quelque église oii l'on conserve Jésus dans le très-saint Sacrement, à l'imitation des saintes femmes qui se transportèrent au sépulcre. Dans ces visites, pensez à l'allégresse de Marie qui, la première, fut favorisée de l'apparition de Jésus ressuscité. Honorez

cette auguste Vierge en récitant ses Allégresses.^ — Remarquez en outre qu'à l'occasion de la résurrection du Sauveur, ses gardes laissent tomber leurs armes et sont renversés eux-mêmes d'épouvante, tandis que Marie-Madeleine reprend courage et est remplie de consolation. Quelle est, pensez-vous, la cause de cette diversité d'effet? La voici : Les gardes étaient des pécheurs obstinés ; c'est pourquoi ils sont effrayés ; mais la Madelaine était une humble pénitente, c'est pourquoi elle est consolée. Examinez quel sentiment réveille en vous la résurrection du Sauveur, et vous saurez si vous ressemblez à la Madeleine ou aux gardes. Ah ! la joie de ce jour ne peut être le partage d'un pécheur qui s'endurcit dans san triste état.

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