‹ Œuvres compl`etesChapitre 61 sur 214 · XVII" MEDITATION · texte numérisé non relu

XVII" MEDITATION

Le lundi de Pâques.

SUR QUELQUES CIRCONSTANCES DE LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRlST.

Considérez que Jésus ressuscité apparut à Pierre avant de se montrer à aucun autre disciple, quoique Pierre l'eût renié au milieu de ses tourments, — Admirez la bonté ineffable qui lui fait donner la préféreoce à cet apôtre sur tous les autres, et remarquez comme il est plus touché de compassion par les larmes de

. (1) C'est le titre d'un exercice de piété qui se trouvera ci-après.

Pierre pénitent, qu'il n'avait été saisi d'indignation à la vue de la lâcheté, de Pierre coupable. Il voulut le consoler dans sa pénitence par le spectacle de sa propre résurrection ; il lui fit voir sa gloire pour le relever de son abattement. Il semble qu'il ait voulu lui dire : Pierre, vous m'avez renié lorsque j'étais dans l'iiumiliation ; regardez maintenant si vous me reconnaissez dans cette vie nouvelle. Oui, reconnaissez le Sauveur qui est mort pour donner la mort à vos péchés : reconnaissez ces blessures que j'ai reçues pour vous, et dans lesquelles j'ai enseveli les renoncements par lesquels vous m'avez ofifensé ; reconnaissez ce cœur que vous avez percé, et sachez qu'il vous aime, malgré votre péché. — Que devez-vous dire en entendant ces amoureux reproches adressés à l'apôtre saint Pierre? Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que vous en avez agi de la sorte envers moi bien des fois, ô Dieu d'amour et de clémence. Dieu de bonté, Dieu de miséricorde ! Bien des fois, je vous ai renié par mes oeuvres; et vous n'avez pas laissé de visiter mon cœur par votre grâce, ô bonté, qui me forcez de m'écrier que vous êtes le Dieu des indulgences et des miséricordes : Deus indulgentiarum Dominus !

Considérez en outre que le Sauveur avait promis à Pierre, avant son renoncement, la primauté dans son Eglise, et qu'après sa résurrection, il lui confirma cette faveur ; il lui confia même l'office de raffermir ses frères dans la foi au Christ ressuscité. Vous voyez que Pierre resta prince des apôtres parce qu'il pleura sa faute, et que la pénitence lui confirma la grâce qu'il avait mérité de perdre par son infidélité. — Courage donc, ô mon cœur ! Dieu ne te privera pas de ses grâces et de ses récompenses, parce que tu l'as off'ensé, si tu veux racheter par le repentir ce que tu as perdu par le

péché. Une âme, si coupable qu'elle soit, du moment où elle se lave dans le bain de la pénitence, devient toute belle aux yeux de Dieu. Il sait la rendre aussi blanche que la neige malgré ses souillures, dès qu'elle retourne à lui avec une sincère contrition.

Considérez l'apparition de Jésus à ses disciples réunis dans le cénacle, et le don de la paix qu'il leur fait. — Ce bon Maître oublie leur honteuse fuite pendant sa passion : abandonné par eux, il ne les abandonne pas ; il se présente au milieu d'eux comme un ami, il les salue avec un visage serein, en disant : Pax vobis ; a La paix soit avec vous. » Oh ! que les disciples durent être consolés à cette vue et à cette annonce si douce ! — Et vous, pouvez-vous vous consoler dans l'espoir que Jésus a apporté la paix à votre cœur pendant ces saints jours? Vous soupirez bien après le bonheur de jouir de la tranquillité et de la paix du cœur; mais sachez que vous vous trompez si vous croyez le trouver dans le contentement de toutes vos convoitises, dans la satisfaction de toutes vos passions, dans la poursuite des vanités du monde. Dieu seul donne la paix qui surpasse tout sentiment, parce que lui seul est la satisfaction, le contentement, la plénitude de l'esprit humain. Mais cette paix, il la donne par Jésus-Christ ressuscité. Est-il ressuscité en vous ces jours-ci par sa grâce, en prenant la place du péché? — Il la donne, cette paix, aux hommes de bonne volonté, décidés à le servir. Votre volonté est-elle droite, bonne, ferme, iaébranlable dans le bien commencé? — Il la donne enfin, cette paix, à ceux qui sont disposés à combattre constamment pour la conserver; c'est pourquoi Jésus-Christ, en don-

nant la paix à ses disciples, leur montra en même temps les cicatrices de ses pieds et de ses mains, comme s'il eût voulu dire : On ne jouit pas de ma paix au milieu des délices, mais au milieu des blessures et des combats. Et vous, âme chrétienne, êtes-vous prête à combattre avec courage, avec énergie? — Oui, ô mon Jésus ressuscité! je le comprends maintenant : pour jouir de cette délicieuse paix qui vient de vous et que vous avez apportée à vos disciples, je dois la demander en votre nom ; je dois être homme de bonne volonté comme eux ; et à leur exemple, je dois combattre contre les appétits déréglés qui m'en privent. Je le ferai. Seigneur ! mais vous, ô Dieu des armées ! soyez avec moi dans cette grande lutte; armez-moi de votre vertu; défendez-moi sous le bouclier de votre protection contre les traits de l'ennemi.

Considérez qu'au moment où Jésus apparut à ses disciples dans le cénacle, Thomas n'était pas avec eux, et que son absence de cette sainte assemblée et des exercices communs, tout en le privant du bonheur de voir Jésus ressuscité, le disposa à l'infidélité et à l'obstination dont il se rendit coupable en refusant de croire à la résurrection. — Un manquement, une omission qu'on peut dire légère, peut-être, de la part de cet apôtre, voilà la cause d'une faute énorme ! — Malheureux que je suis ! j'omets si souvent mes pratiques de piété accoutumées, je néglige si facilement d'assister aux réunions spirituelles, aux assemblées de congrégations, aux sermons, aux catéchismes, aux instructions sur la doctrine chrétienne, et je ne réfléchis point que Dieu, peut-être, avait résolu de me favoriser de ses visites intérieures pendant ces saints exercices, dont je

me suis dispensé à la légère! Je ne songe pas qu'à telle pieuse pratique que j'ai abandonnée pour me mettre à l'aise, était attachée la victoire sur ces tentations qui, secondées par ma négligence, m'ont rendu coupable de tant de péchés! -— Ah ! mon Jésus, faites-moi connaître, à l'occasion, que c'est votre voix qui m'invite aux réunions spirituelles, afin qu'en y assistant, j'éprouve les effets de votre miséricordieuse Providence.

Considérez en outre que si Thomas manqua cette fois à l'assemblée des apôtres, il n'y manqua pas les autres fois, et que dans une de ces circonstances, il vit aussi Jésus ressuscité. — Admirez la conduite de cet aimable Sauveur qui, pour guérir l'incrédulité de Thomas, porte la condescendance jusqu'à daigner lui apparaître, tandis qu'il aurait pu le condamner avec justice. Mais admirez bien plus encore la bonté avec laquelle il lui montre ses plaies, l'invite à mettre la main dans son côté, et au lieu de le châtier, lui accorde la plus grande de toutes les faveurs, en l'approchant de son cœur. « Il le réprimanda, " dit un saint Père, en s'extasiant devant cet excès d'amour, « il le réprimanda, mais ce fut par la bouche de ses cicatrices, par l'ouverture de ses plaies. » — 0 ineffable et amoureuse bonté de mon Dieu ! combien de fois n'avez-vous pas renouvelé envers moi ces merveilleuses tendresses de votre miséricorde ! Que faites-vous en vous montrant à moi chaque jour immolé sur l'autel, si vous ne m'appelez pas à la pénitence par l'éloquence persuasive de vos plaies, en me disant : Reconnais-tu, à ces traits, que je suis ton amour que tu outrages, ton Dieu que tu méprises? Infer digitum tuum hue, et vide ' !

Thomas, confus et repentant, se jeta aux pieds de

(i; Joan. 20, 27.

Jésus et le confessa pour son Dieu et son Sauveur. — Jette-toi, mon âme, aux pieds de Jésus ; adore ses plaies sacrées; rends-toi à son infinie bonté, et dis-lui : Oui, mon Jésus, vous êtes mon Dieu ; mais de plus, ces plaies que vous me montrez et qui m'ont racheté, me disent que vous êtes mon Sauveur. Je suis à vous parce que vous m'avez créé ; mais je le suis à plus forte raison parce que vous m'avez racheté : c'est pourquoi toutes les puissances de mon âme, tous les sens de mon corps s'écrient d'une voix unanime : Dominus ineus et Deus meus^ : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

PRATIQUE

Renouvelez souvent, pendant ces jours, les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition, à l'imitation des disciples et spécialement de Thomas, — Détestez d'une manière particulière vos infidélités et vos doutes sur la foi. — Adorez les plaies de Jésus et priezle de vous affermir dans la paix, si vous en jouissez, ou de vous l'obtenir, si vous en êtes privé.

U Joan. 20. 28.

Page 1