‹ Œuvres compl`etesChapitre 62 sur 214 · XVIII^ MÉDITATION · texte numérisé non relu

XVIII^ MÉDITATION

Le 'mardi de Pâques, ou tout autre jour.

Sl'R LA NÉCESSITÉ DE LA SIÉDITATION POUR PERSÉVÉRER DANS LE SERVICE DE DIEU.

Considérez que la méditation des vérités de la foi est indispensable pour persévérer dans le bien. — Saint Thomas enseigne que, chez les adultes, la foi spéculative ne suffit pas, il faut de plus la foi pratique : en d'autres termes, il ne suffit pas de croire, il faut aussi conformer sa conduite à sa croyance. Or, pour croire simplement, il suffirait de donner son assentiment aux vérités révélées : mais pour agir conformément à sa croyance, il est nécessaire, en outre, de bien méditer les vérités qui en sont l'objet; car notre volonté ne se plie pas à l'action, si l'entendement ne considère attentivement ce qu'il y a à faire. Notre-Seigneur compare la foi à un grain de sénevé : Simile est grano sinapis^ ; de même que ce grain ne fait sentir sa saveur et sa force que lorsqu'on le broie ou qu'on le mâche, ainsi les vérités de la foi n'inspirent ni crainte, ni amour, si elles ne sont, pour ainsi dire, broyées mentalement, en d'autres termes, si on ne les médite pas. — D'où vient donc que les grandes vérités des fins dernières, du jugemfcnt, de l'enfer, me font si peu d'impression? Cela vient de ce que je ne les médite point, encore que j'y croie. La croyance des jugements de Dieu pourra

■Il Matth. 13, 31

bien faire de moi un fidèle, mais sans la méditation, elle ne fera jamais an saint. Dieu veut que je l'adore, que je le vénère, que je l'invoque; mais comment? In spiritu et veritate^ ; « En esprit et en vérité, » c'est-à-dire, non pas du bout des lèvres, mais par l'esprit, par le cœur, par la méditation.

Je me fais donc illusion, si j'évite de rentrer en moimême, en méditant, pour contempler mon Dieu et le connaître, pour l'aimer et en jouir. Je n'adore donc pas Dieu en vérité, si je me dispense de la méditation dans laquelle l'âme s'enflamme véritablement pour lui, et l'esprit s'élève en sa présence. Je n'agis donc pas, et jamais je n'agirai en vrai chrétien, si je ne médite fréquemment les vérités que la foi me découvre. — Ah ! oui, mon Dieu, pour apprendre à vous aimer, à vous obéir, à agir pour vous, je méditerai jour et nuit vos grandeurs, vos volontés, votre loi, comme le juste que dépeint le Psalmiste : /n lege Domini voluntas ejus, et in lege ejus meditabitur die ac nocte^.

Considérez que la méditation est nécessaire pour obtenir ces lumières d'en haut, qui nous montrent le bien qu'il j a à faire, — Les ténèbres de l'ignorance sont notre héritage : nous sommes tous aveugles, et qui pis est, nous sommes aveugles avec les yeux ouverts, puisque nous avons la foi et que nous ne nous servons pas de la foi. Nos passions, nos afî'ections déréglées nous obscurcissent les vérités éternelles. Nous voyons le danger, et cependant nous nous jetons tête baissée

(1) Joan. 4, S4. (2) Psal. 1, 2.

dans le précipice. Oh! qu'il est grand, mon Dieu, le besoin que nous avons de vos lumières I Mais ces lumières, vous les promettez à ceux qui s'approchent de vous, qui s'unissent à vous au moyen de la méditation : Accedite ad eum, et illuminamini^ ; « Approchez-vous du Seigneur, dit le Psalmiste, et vous serez éclairés. » Comment le vieux Tobie fut-il guéri de sa cécité? C'est en se mettant sur les yeux le fiel du poisson tué. Et vous-même, comment pourrez-vous obtenir la guérison de l'aveuglement si profond que vous sentez en vousmême? C'est en appliquant sur les yeux de votre âme le fiel amer de la Passion du Sauveur, je veux dire, en méditant sa vie mortifiée, et sa mort douloureuse.

Ah ! si je méditais quelquefois vos tourments, ô mon Jésus! que tous mes plaisirs me sembleraient vains et la pénitence, aimable ! C'est donc à vous que j'ai recours, afin que vous me donniez la lumière dont j'ai besoin pour vous méditer ; c'est vers vous que je crie : Revela oculos meos^ : Ouvrez, Seigneur, ouvrez mes yeux; apprenez-moi àm'approcher de vous par la méditation, afin que je sois éclairé de votre lumière pour faire le bien, et le faire avec persévérance.

Considérez que la méditation est nécessaire pour obtenir ces grâces divines sans lesquelles on ne peut faire le bien. — Non-seulement notre entendement est trop faible pour connaître le bien, mais de plus notre volonté a de la répugnance à l'accomplir. La plupart du temps on voit le vrai, mais on ne le suit pas ; parce

(1) Psal. 33, 6. (2) Psal. 118, 18.

qu'à la force de la vérité s'oppose la force des sens. Nous sommes faibles, nous sommes infirmes. Et comment acquerrons-nous des forces? comment recupèrerons-nous la santé? — Par la méditation. Dans le silence et la solitude de la réflexion, Dieu parle à lame, il l'instruit, il l'attire doucement à lui, il la remplit de vigueur, il l'élève au-dessus d'elle-même, par sa grâce : Ducam eam in solitudinem, et ibi loquar ad cor ejus^. Mon fils, dit le Seigneur, donnemoi ton entendement, ta volonté, ton cœur, ton intérieur tout entier ; que par la méditation il se remplisse de ma connaissance, et qu'en me connaissant, il s'embrase de mon amour: Prœbe, fili, cor ^wiem wiiVu'^ ; et moi je te donnerai aussi mon cœur; je serai ton compagnon; car je fais mes délices d'habiter avec les enfants des hommes, et de leur donner aide et secours. — Oh! quelle ingratitude que de refuser de converser et de demeurer avec Dieu! Il fait ses délices de converser avec moi, et moi j'éprouverai du dégoût à rester quelque temps uni à lui par la méditation? Et pourtant sans elle, je ne puis m'élever au-dessus des choses terrestres et monter jusqu'à Dieu. C'est dans la méditation qu'on apprend à connaître le néant des choses qui passent, la valeur des biens éternels, la mort qui nous menace, l'éternité qui nous attend; et ces vérités, en nous détachant des vanités de la terre, nous font soupirer vers le ciel, et excitent en nous, avec le mépris du monde, le feu de l'amour divin.

Contemplez, âme chrétienne, Jésus, votre divin Maître au jardin des Olives. 11 craint, il s'effraie à la vue des aflfreux tourments de la passion, et son humanité sainte est saisie de dégoût à la pensée des ignominies

(1) Osée. 2, M. . r2) Prov. 23, 26.

de la croix. Mais à peine a-t-il fini son oraison, dans laquelle il a médité sur l'obéissance au Père éternel, la rédemption des âmes, le prix attaché à sa mort, qu'il s'anime d'un nouveau courage, et que, ses frayeurs faisant place soudain à la générosité, il s'avance résolument à la rencontre de ses ennemis. Imitez son exemple. Dans les difficultés que vous éprouvez à pratiquer la pénitence, à mortifier vos sens, à vous exercer à la vertu, mettez- vous à méditer sur la récompense qui vous est réservée, sur le secours que Dieu veut vous donner, sur Jésus qui vous presse par ses exemples ; et vous vous sentirez assez de vigueur pour surmonter toutes les difficultés et agir en chrétien. — La méditation sera donc, à partir de ce moment, un de de mes plus chers exercices. Ah! enseignez-moi, ó Jésus, mon divin Maître, à méditer sérieusement votre sainte loi, afin de puiser dans de solides réflexions les lumières et la force nécessaires pour l'observer fidèlement : Da mihi intellectum, et scrutàbor legem tuam, et custodiam illam in toto corde meo ^.

PRATIQUE

La première chose que firent les Philistins après s'être emparés de Samson, leur ennemi mortel, fut de lui crever les yeux. Le démon fait quelque chose de semblable avec les chrétiens. Il ne leur ôte pas toujours la lumière de la foi, mais il tâche de les dissuader de méditer les vérités que la foi nous met devant les yeux, et d'y faire attention ; par là, s'il ne leur crève pas les yeux, il essaie au moins de les faire tenir fermés, afin qu'ils ne voient pas le bien et ne s'y appliquent pas.

(1) Psal. 118, 31.

Défîons-nous de ce piège. Rappelons-nous cette belle parole de saint Bernard : Si vous voulez marcher dans les sentiers de la vie chrétienne, vous avez besoin de deux pieds, savoir : la méditation qui vous montre la route, et la prière qui vous obtient la grâce de pouvoir la suivre.

Page 1