‹ Œuvres compl`etesChapitre 63 sur 214 · SUR LA GRACE · texte numérisé non relu

SUR LA GRACE

Considérez ce que c'est que la grâce : la grâce est cette lumière divine qui éclaire l'esprit pour lui faire connaître le bien, et cette force surnaturelle qui rend la volonté capable de le pratiquer. Elle a la vertu de rendre faciles les choses même les plus difficiles : « Je puis tout, disait saint Paul, en Celui qui me fortifie : » Omnia possum in eo qui me confortât. ^ Avez- vous des tentations à vaincre, des vices à déraciner, des dangers et des contre-temps à surmonter? tout cela se fait avec la grâce de Dieu, et se fait avec promptitude et facilité.

Considérez que la grâce est le fruit du sang de Jésus- Christ ; elle est le principe de toutes les bonnes œuvres ; c'est elle qui nous rend chers à Dieu, qui nous rend

(1) Philipp. 4, 13.

saints, qui fait d'un vase de colère un vase d'élection. Ainsi en fut-il de Paul, d'Augustin, de Marguerite de Cortone, et de tant et tant d'autres, qui vivent maintenant et qui vivront éternellement dans le ciel. Une fois que la grâce a pris possession d'une âme, elle lui rend agréables les choses mêmes qui répugnent le plus. La retraite, la mortification, la pénitence, les tribulations, tout cela devient doux et plein de charmes avec la grâce de Dieu. Quelle n'était pas la joie de la Madelaine en sacrifiant à Jésus tous ses attachements mondains, et en pleurant ses péchés aux pieds du Sauveur ! Quels n'étaient pas les transports des martyrs, même au milieu des fers, sous le glaive, sur les bûchers et dans les tourments les plus cruels ! Ne craignez donc jamais de ne pouvoir réformer votre conduite, quelle qu'elle soit, et de ne pouvoir atteindre à la vertu et à la gloire même des plus grands saints ; car avec la grâce de Dieu vous pouvez tout.

0 mon Jésus ! qui avez versé tout votre sang pour me mériter une si grande abondance de grâces, je vous en conjure, répandez-les sur moi avec tant de largesse qu'elles attirent mon cœur entièrement à vous, et m'enrichissent de toutes les vertus, jusqu'à me sanctifier et me sauver.

PRATIQUE

La grâce est un don de Dieu ; mais en règle ordinaire ce don ne s'accorde qu'à celui qui le demande par de ferventes et constantes prières, qui en fait un bon usage et qui y correspond avec promptitude et fidélité. — D'ordinaire, dit saint Augustin, il ne s'obtient que peu à peu; il s'accroît par l'humilité, par la charité, par la confiance en Dieu, par l'usage des sacrements. — Malheur à celui qui résiste à la grâce ! Malheur à celui

qui la repousse ! — Voyez comment vous avez reçu les inspirations d'en haut, comment vous avez écouté les salutaires remords de la conscience, comment vous avez profité des instructions, des avis, des exhortations de ceux qui vous parlaient au nom de Dieu. Repentez- vous, si vous avez abusé de ces grâces ; mais n'en abusez plus, de peur que le Seigneur, fatigué de l'opiniâtreté de vos refus, ne vienne à s'éloigner de vous et à vous abandonner à votre perdition.

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