SUR LA. DKPIANCE DE SOI-MÊME ET LA CONFIANCE EN DIEU
Considérez que le chrétien doit se défier de lui-même en toutes choses. — L'ignorance, les fausses lumières de son esprit, les passions, les sens, le monde, le démon et bien souvent ses amis eux-mêmes, enfin, qui pis est, son amour-propre désordonné ne tendent qu'à le séduire et à le perdre. Et comment se défendra-t-il ? Trouverat-il dans son propre fonds la lumière et la force nécessaires pour se soutenir? Adam a prévariqué dans le paradis terrestre, séjour d'innocence; Moïse, qui était si familier avec Dieu, qui opéra tant de prodiges, manqua de fidélité ; Pierre, après les plus ferventes protestations, renia par trois fois son divin Maître. Et nous, qui leur sommes si inférieurs, nous oserions présumer de nous-mêmes? Ah ! cette présomption même
doit nous faire trembler. Défiance donc de nous-mêmes et de nos propres forces.
Considérez que la défiance de nous-mêmes ne doit point aller jusqu'à la pusillanimité et l'abattement; car dès lors elle serait vicieuse et porterait grand préjudice à notre avancement dans la vertu et à notre salut. Mais elle doit servir à nous tenir dans l'humilité, à nous rendre vigilants, et à nous faire chercher un appui plus ferme et plus inébranlable dans la confiance en Dieu. Ah ! que celte confiance dans la bonté divine soit le premier mobile de toutes nos actions. Un infirme confie sa santé à un médecin, un aveugle remet sa vie entre les mains d'un enfant, un client abandonne le soin de ses intérêts à un avocat, un pauvre se repose sur l'assistance d'un riche bienfaisant. Et nous, malades et aveugles, nous ferions difficulté de nous abandonner, dans nos besoins, à la conduite toujours si sage, toujours si paternelle de notre Dieu ? Nous, pauvres et misérables, nous ne nous fierions pas au Seigneur qui est riche et tout-puissant, et qui tant de fois nous a promis de sauver ceux qui ont recours à lui? « Considérez, dit-il dans le livre de l'Ecclésiastique, considérez toutes les nations des hommes, et sachez que jamais personne qui a espéré dans le Seigneur n'a été confondu » dans son espérance, comme l'ont été ceux qui ont mis leur confiance en eux-mêmes et dans les créatures : Respicite, filii, nationes hominwn : et scitote quia nullus speravit in Domino et confusus est. ^ Confiance ferme donc, constante, absolue en Dieu.
(1) Ecclesi. 2, 11.
Oui, mon Dieu, je vous ferais la plus grande injure, si après que vous m'avez donné tant de preuves de votre bonté infinie , après que vous m'avez commandé de mettre ma confiance en vous, je m'abstenais de le faire, retenu par la vue de mes péchés et de mes misères. Je me confie en vous et je place toutes mes espérances dans votre clémence : In te. Domine, speravi. ^ Fortifiez mon espérance de telle sorte que, me remplissant de vigueur et de courage pour marcher dans le chemin de la vertu, elle me rende digne de votre protection sur la terre et de vos promesses dans le ciel.
PRATIQUE
Imitons dans notre conduite le saint roi David, qui, en présence même de ses iniquités, disait au Seigneur : « Pour moi, mon Dieu, je ne cesserai jamais d'espérer en vous, et mon espérance n'aura point de bornes, et par ce tribut payé à votre miséricorde je couronnerai toutes les louanges que les mortels peuvent vous donner : « Ego autem semper speràbo; et adjiciam super omnem laudem tuam.^ — Imitons Josaphat, roi d'Israël qui, dans les plus grandes extrémités, disait à Dieu : « Comme nous ne savons pas même ce que nous avons à faire, il ne nous reste d'autre ressource que de tourner les jeux vers vous, » Seigneur, qui êtes notre refuge et notre protection : Cum ignoremus quid agere debeamus, hoc solum habemus residui, ut oculos nostros dirigamus ad te. ^ — Imitons enfin le saint homme Job qui, plein de confiance en Dieu, se plaisait à répéter : Etiamsi occiderit me, in ipso sperabo.*
(1; Psal. 30, 1. (2 Psal. 70, 14. 3) II. Paralip. 20, 12.
(4) Job. 13, 15.
J'espérerai en Dieu, quand même je le verrais le glaive a la main, prêt à m'égorger ; oui, je lirais son amour jusque dans sa colère.
XXP MEDITATION.
Le troisième dimanclie après Pâques, ou tout autre jour.