‹ Œuvres compl`etesChapitre 65 sur 214 · SUR LA PATIENCE · texte numérisé non relu

SUR LA PATIENCE

Considérez que la patience est nécessaire au chrétien comme homme. — A peine l'homme est-il né, qu'il se trouve environné de maux : le froid et le chaud l'incommodent; la faim et la soif le tourmentent ; les maladies, les infirmités, les misères de tout genre font de sa vie une mort continuelle. Plus il avance en âge, plus il s'aperçoit qu'il habite une vallée de larmes et de gémissements. Il voit se multiplier chaque jour autour de lui les occasions de souffrances et de chagrins. Parvenu à l'adolescence, il sent que sa vie est un combat sans relâche. Il a des ennemis au dedans : le corps fait la guerre à l'âme, la chair lutte contre l'esprit, les sens contre la raison. Il a des ennemis au dehors : les injustices, les procès, les injures, les calomnies, les persécutions, les maladies, les tristesses, les troubles l'assiègent et le harcellent jusqu'au tombeau. Et au milieu de tant de maux, de tant d'angoisses et de tribulations qui le poursuivent partout, comment pourrait-il se comporter en homme raisonnable et en chrétien sans la résignation et la patience? Croyez-moi, dit saint Paul

en écrivant aux Hébreux, «jla patience vous est nécessaire : » Patientia vobis est necessaria. ^

Considérez que la patience est nécessaire au chrétien comme pécheur. — Quoique vous souffriez, ô pécheur, en fait de pauvreté, d'infirmités, de travaux, d'afflictions, de misères, vous ne souffrirez jamais autant que vous l'avez mérité pour vos péchés. Vous auriez déjà dû être plongé dans les immenses brasiers de l'enfer ; ne vous plaignez donc pas si Dieu est assez miséricordieux envers vous pour se contenter des peines légères et passagères de cette vie ; supportez avec patience le poids d'un châtiment temporel au lieu des supplices éternels. Réfléchissez combien Jésus-Christ a souffert pour vos péchés ; rappelez-vous comment il a vécu pauvre, comment il est mort abandonné ; souvenez-vous des sueurs dont il a été baigné, des plaies qu'il a reçues, du sang qu'il a versé. Et rougissez en voyant que Jésus, l'innocence même, la sainteté même, a tant souffert pour vous, tandis que vous, pécheur, vous ne voudriez rien souffrir pour vos propres péchés, ni participer aux souffrances du Sauveur. La patience vous est donc encore nécessaire de ce chef : Patientiq. vobis est necessaria.

Considérez que la patience procure les plus grands avantages. — La patience conduit l'homme à la perfection : elle modère les passions, surmonte les appétits brutaux, résiste au vice, exécute les ordres de Dieu ;

(1) Hebr. 10, 36.

elle engendre les vertus : la douceur, la charité, l'espérance, l'obéissance, l'humilité, la joie et la paix : Patientia opus perfectum hàbet. ^ — Vous serez trahis par vos proches, par vos frères, par vos amis, a dit Jésus-Christ à ses disciples; vous serez persécutés, haïs, maltraités par le monde : prenez courage ; ayez patience : avec la patience vous sauverez votre âme en cette vie et après la mort : In patientia vestra possidébitis animas vestras.^ — Tout finira avec la vie, les biens comme les maux ; mais la moindre tribulation d'un raoment vous procurera dans le ciel un poids immense et incommensurable de gloire qui ne finira jamais.

0 douces peines, ô croix chéries, ô bienheureuse patience, qui êtes le principe de biens si précieux en cette vie et d'une si grande gloire en l'autre ! Non, je ne refuse pas, ô mon Jésus, de soufirir, ni de porter ma croix avec vous ; car je ne l'ai que trop méritée par mes péchés, et vous l'avez bien portée pour moi. Mais j'implore votre grâce, afin que ma faiblesse ne succombe pas, et que ces peines temporelles servent de préparation et de titres aux récompenses éternelles du paradis.

PRATIQUE

Reconnaissez dans vos tribulations la main miséricordieuse de Dieu qui vous fait souffrir un peu présentement, pour vous épargner les peines beaucoup plus grandes de l'autre vie, et qui, par ces tribulations mêmes, veut vous désabuser du inonde et vous donner occasion de pratiquer la vertu et d'acquérir des mérites. De là vient que l'apôtre saint Paul, dans sa lettre aux

il) Jacob. 1, 4. (2) Luc. 21, 19.

Ephésiens, leur dit : « Je vous conjure de vous conduire toujours, ô fidèles chrétiens, d'une manière qui soit digne de l'état auquel vous avez été appelés ; pratiquant en toutes choses l'humilité, la douceur et la patience ; vous supportant les uns les autres avec charité, attentifs à conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix ; » Obsecro vos ut digne ambuletis vocatione qua vacati estis, cum omni hurnilitate , et mansuetudine, cum patientia, supportantes invicem in caritate, solliciti servare unitatem spiritus cum v inculo pacis^.

XXII« xAIEDITATION.

Le quatrième dima'nche après Pâques, ou tout autre jour

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