SUR LA FACILITÉ ET LA DOUCEUR DE LA MÉDITATION
Considérez que la méditation est quelque chose de facile. — C'est une erreur de croire que pour méditer il faille beaucoup de science ou de capacité. Non, on ne demande ni science profonde, ni élévation de pensées ; ce qu'il faut, c'est la bonne volonté, avec des réflexions chrétiennes, simples et sans art. La mort, le jugement, l'enfer, le paradis, la rédemption, sont des vérités que tout le monde connaît ; ces maximes si connues engendrent aisément le repentir, l'espérance, l'amour de Dieu, sentiments dont tout le monde est capable. Et je pourrais craindre que la considération de vérités si vulgaires fût trop difficile? — Réfléchissez en outre que vous ne
(1) Eph., 4, 1.
v. DU PAR. 18
serez pas seul quand vous méditerez : l'Esprit de Notre- Seigneur se fera votre maître. Cet esprit descendit jadis sur les apôtres en forme de langues de feu pour les instruire ; il descendra aussi pour vous éclairer, si vous vous mettez à méditer solitairement, avec un cœur humble et docile. Dans le désert. Dieu donna aux Israélites la manne pour nourriture corporelle; à nous, il nous donnera dans la solitude, l'oraison pour être l'aliment de nos âmes. — Enfin, qui ne sait que Dieu écoute bien plus volontiers le cœur que l'esprit, les bons désirs que les beaux discours? quand l'âme ne sait pas lui parler , l'humilité, l'amour, la confiance se font suffisamment entendre. Que dis-je? nos misères mêmes exposées à ses regards sont des prières qui obtiennent tout de son cœur. Le Publicain dans le temple ne disait que ces paroles : Deus, propiiius esto mihi peccatori; ^ « Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur; " et Dieu exauça la prière de ce malheureux.
Ah ! la difficulté que j'éprouve à méditer ne provient pas de ce que la méditation est chose difficile, mais de ce que la bonne volonté me manque. Mon esprit est trop habitué à ne se préoccuper que des affaires de ce monde, des vanités du siècle, des apparences qui séduisent, du faste qui éblouit. Seigneur, je suis un misérable et mon cœur me trahit. Venez au secours de ma misère et de ma dissipation.
Considérez que la méditation est quelque chose de doux et d'agréable. — Dans la méditation, le pécheur se repent de ses fautes et les déteste ; mais cette contrition, ce repentir est une douleur qui délecte, une
(I) Luc. 18, 13-
amertume qui plaît. Saint Augustin nous l'assure d'après sa propre expérience ; il proteste que les larmes de la pénitence sont plus douces pour une âme qui rentre en elle-même, que ne le sont, pour un mondain, les folles joies du théâtre : Dulcior est lacryma pœnitentis, quant gaudia theatrornm. — Dans la méditation, l'âme contemple l'incompréhensible amour de Jésus-Christ, mort pour ses péchés; elle voit la justice divine apaisée, la miséricorde obtenue, l'enfer fermé, le paradis ouvert, et à la vue de ces biens que lui a conquis sont Rédempteur, elle entre dans les transports d'une sainte joie. — Dans la méditation, l'âme élève ses pensées vers la fin dernière, vers le souverain Bien, vers Dieu. Et cette connaissance de Dieu, qui pourrait dire combien elle est douce? Le Psalmiste nous assure que le souvenir de son Dieu suffisait seul pour le consoler dans ses afflictions : Memor fui Dei, et delectatus swn ^ Dieu lui-même, en m'invitant à méditer ses perfections, semble me dire : Venez, goûtez et apprenez combien votre Seigneur est doux, bon et miséricordieux : Gustate et videte, quoniam suavis est Dominus ~.
Mais pourquoi la méditation, cet aliment si délicieux pour les Saints, me cause-t-elle un dégoût insurmontable? En voici la véritable raison. La méditation me propose l'amour des mépris, la pénitence, la croix : et moi, j'aime les commodités, les honneurs, les plaisirs. Comment donc une vérité si opposée à mes affections ne serait-elle pas odieuse à mes sens ?
Ah ! mon Dieu, qu'y a-t-il d'étonnant qu'ennuyé de la méditation, je n'aie point de pensée pour vous connaître, point de sentiments pour vous adorer, puisque je vis accablé sous le poids des choses terrestres qui m'enve-
(1) Ps. 76. 4. :2, Ps. 33, 9.
loppent? Tous mes désirs sont à terre", toutes mes pensées à terre, toutes mes préoccupations pour la terre. Relevez-moi par un effet de votre toute-puissance ; attirez-moi à vous par votre bonté : mon cœur vous suivra volontiers parce qu'il reconnaît qu'il ne peut goûter son Dieu et se réjouir en lui dans la méditation, s'il ne se détache du monde et ne renonce aux vanités.
PRATIQUE
Les conditions requises pour méditer avec fruit sont les suivantes :
1. Se dépouiller de toute pensée inutile, se prémunir contre la dissipation et les divagations de l'imagination. C'est l'avis que vous donne Notre-Seigneur : Tu autem, quum oraveris , intra in cubiculmn tuum, et clauso ostio, ora patrem tuum in abscondito * ; Lorsque vous voulez vous mettre en oraison, fermez la porte des sens.
2. Détacher la coeur de toute affection aux choses terrestres, et l'élever vers le ciel. Zachée pour voir Jésus monta sur un arbre, et il le vit. Aspirez au ciel, ô chrétien ! et vous pourrez méditer les choses célestes.
3. Ne pas se laisser vaincre par les premiers dégoûts, par les premières difficultés; persévérer malgré les aridités ; chercher Dieu même lorsqu'il semble se cacher ; cur c'est par la persévérance que nous le trouverons. Malheur à la Cananéenne, si rebutée à plusieurs reprises, elle n'avait pas aussi, à plusieurs reprises, réitéré ses instances !
4. Se présenter à Dieu dans l'oraison, comme un pauvre mendiant, comme un aveugle abandonné, comme
(1) Matth. 6, 6.
un malheureux dépouillé de tout. « La prière du pauvre, dit un savant écrivain, est une bonne prière. »