XXII[« MEDITATION
L'Ascension.
SUR LA FÉTB.
Considérez une à une les principales circonstances qui accompagnèrent l'Ascension de Jésus-Christ. — Réfléchissez d'abord pourquoi il a voulu que tous ses disciples fussent présents lorsqu'il monta au ciel en triomphateur. Il l'a voulu, afin qu'ils aspirassent au ciel avec plus d'ardeur et qu'ils détachassent leurs affections de la terre ; il l'a voulu pour leur montrer, par un fait palpable, que s'ils le suivaient dans ses humiliations, ils l'auraient suivi aussi dans sa gloire. Telle est la fin que Jésus se proposa en les rendant spectateurs de son triomphe ; telle est aussi la fin de l'Eglise en vous le rappelant aujourd'hui. Entrez, ó mon âme, dans la considération de cette fin, et voyez si le mystère de ce jour produit en vous le mépris du monde et le désir du ciel.
Jésus a choisi la montagne des Olives pour le lieu de son ascension, montagne où il avait été plongé dans la tristesse, en proie à l'agonie, couvert d'une sueur de sang ; où il avait été pris, garrotté, traîné au supplice. Et cela, il l'a fait pour nous enseigner qu'on ne monte point au ciel par les voies que court le monde, celles des plaisirs, des divertissements, des commodités de la
vie; mais bien par les voies de la mortification, des souffrances, des ignominies, des mépris et des croix. — Gravez profondément dans mon âme, ô Jésus ! cette importante vérité.
Jésus bénit cette heureuse assemblée avant de monter au ciel et lui obtint du Père céleste les secours les plus efficaces. Désirez aussi, mon âme, que votre Sauveur vous bénisse aujourd'hui, et qu'il vous donne, avec sa bénédiction, son esprit, sa volonté, son cœur.
Il a voulu qu'une nuée éclatante le reçût et le dérobât à leurs regards, afin de leur apprendre, à eux et à nous, que pendant la vie présente il faut le contempler dans les mystérieuses obscurités de la foi, puisque c'est au ciel seulement qu'il nous sera donné de le voir face à face et sans voile.
Deux anges apparurent pour consoler les disciples, et leur annoncer que Jésus, qui venait de monter au ciel par sa propre vertu, en redescendrait un jour avec la même gloire et la même majesté. Telle fut la prédiction des anges, et ils la firent afin que tous comprissent qu'il ne faut jamais oublier que si Jésus-Christ est monté au ciel pour y être notre Avocat, il reviendra sur la terre pour y être notre Juge. — Ah ! que cette vérité vous soit toujours présente devant les yeux, ô mon âme ; qu'elle soit la règle de toutes vos actions.
Considérez les avantages que procure à tous les hommes l'Ascension de Jésus-Christ. — Elle nous assure, en premier lieu, que Jésus est remonté au ciel, nonseulement pour prendre possession de la gloire qui lui est due, mais aussi pour nous y disposer un trône : « Je vais, disait-il à ses disciples, vous préparer une place ; »
Vado parare vobis locum. ^ Voyez donc ce que vous devez à Jésus qui a ainsi fait concourir votre bien avec sa gloire. Voyez le tort que vous faites à sa bonté, en tenant votre cœur fixé à la terre, tout en sachant et en croyant qu'il vous a préparé une demeure dans le ciel. — Au ciel donc, ô mon àme ! au ciel, où est ton chef, ton père, ton amour ! au ciel, par les désirs et les soupirs ! au ciel, d'esprit et de cœur ! au ciel, en pensées et en affections ! au ciel !
Réfléchissez qu'un autre avantage qui nous revient de l'Ascension de Jésus-Christ, c'est la certitude d'avoir un Avocat qui plaide en notre faveur auprès du Père éternel. Pesez combien ce bienfait est grand de la part de Jésus. Monté sur son trône, il ne nous oublie pas ; mais il se montre constamment notre défenseur plein de sollicitude, notre avocat toujours dévoué, toujours infatigable. Jésus sollicite donc pour moi les biens spirituels et les biens temporels ; Jésus prie pour moi, et présente à son Père mes suppliques conjointement avec ses mérites ; Jésus lui montre ses plaies divines, afin de me le rendre propice. Que ne dois-je donc pas attendre d'un intercesseur aussi puissant? — Ah ! mon Rédempteur, mon Avocat, mon Dieu ! en vous et par vous ma misère ose tout espérer. Cœur de Jésus ! mon pauvre coeur se tourne vers vous ; vous serez ma force, parce que vous êtes mon espérance.
Considérez le profit que vous devez retirer de la célébration de celte fête. — Il consiste à monter spirituellement au ciel. Pour arriver là-haut, où Jésus-Christ
(1) Joan. H, 2.
est déjà parvenu, il faut que, tandis que nous sommes sur la terre, nous y mondons en esprit. C'est pourquoi le Psalmiste proclamait bienheureux celui qui, du fond de celte vallée de larmes, « a disposé dans son coeur des élévations vers le ciel : •' Ascensiones in corde suo disposuit. Méditez la signification de ces paroles : monter au ciel spirituellement. Cela veut dire s'amender et se perfectionner chaque jour dans ses actions, dans ses pensées, dans ses paroles. Cela veut dire, détruire les mauvaises habitudes, renoncer aux usages coupables, assujettir les passions rebelles, à la raison et à la volonté divines. Cela veut dire, détester ses péchés, s'en corriger, et en faire continuellement pénitence. Cela veut dire, mépriser les biens de la terre et désirer ceux du ciel. Cela veut dire, faire de jour en jour de nouveaux progrès en vertu, en grâce, en mérite, afin d'en recevoir la récompense promise. Rentrez maintenant en vous-même, et voyez si vous êtes monté spirituellement vers le ciel. Si vous avez la confiance d'avoir fait quelques pas en avant, ne vous arrêtez point, mais poursuivez avec constance. Que si vous craignez au contraire d'avoir reculé et d'être hors de la bonne voie, déplorez vos égarements, prenez la résolution de vous en amender au plus tôt, et dites à Notre-Seigneur : Ah ! de grâce. Père tendre et généreux, faites-moi rentrer dans le chemin qui mène au ciel. Donnez-moi la force de le suivre avec constance, et accordez-moi de monter, par mes désirs, par mes affections, par toutes les puissances de mon âme, jusqu'à ce séjour de délices où, triomphateur glorieux, vous êtes monté aujourd'hui en corps et en âme.
LA VOIE DU PARADIS. 2]{l
PRATIQUE
La vertueuse mère des Machabées disait au plus jeune de ses enfants, tandis qu'il était au milieu des tourments, pour l'animer à les supporter courageusement : « Je vous conjure, mon fils, de tenir les yeux fixés vers le ciel, » Peto, nate, ut aspicias ad cœlum. ^ C'est aussi ce que l'Eglise nous dit en ce jour. Bien plus, Jésus- Christ lui-même, dans l'oraison qu'il nous a enseignée, nous suggère de penser souvent au royaume céleste, et de le demander par ces paroles: Adveniat regnum tiium; « que votre rogne arrive. » — Récitez plusieurs fois aujourd'hui cette divine prière, et réfléchissez sur la demande indiquée. — Pensez enfin qu'après l'ascension de Jésus-Christ, les disciples se préparèrent à recevoir l'Esprit-Saint, par une prière persévérante, et en demeurant dans la compagnie de Marie. Imitez leur exemple pendant ces jours qui précèdent la fête de la Pentecôte.