SUR LA FÉLICITÉ DU CORPS
Marie montant au ciel en ce jour, avec pompe et magnificence, glorifiée dans son âme, et béatifiée dans son corps, vous excite, ô chrétien, à penser à la félicité de votre corps ; faites les réflexions suivantes :
Pourquoi me laissé-je aller au péché? C'est pour contenter ma chair, c'est pour rendre mon corps heureux. Insensé ! je ne m'aperçois pas que je suis l'artisan de sa ruine. Si je perds mon âme, sauverai-je mon corps, par hasard? Si mon âme est malheureuse, mon corps sera-t-il heureux? Non : ils seront tous deux sauvés et bienheureux, ou tous deux damnés et misérables. Je me plains d'une douleur de tête, d'un lit un peu trop dur, d'un siège mal commode, d'une nourriture désagréable, d'une position un peu gênante. Mais en enfer ! Ah ! en enfer, que sera-ce ? Comment le corps s'y trouvera-t-il? que ne souffrira-t-il pas?
(1) I.Cor. 16, 22.
Quelle n'est pas maintenant ma sollicitude pour mon corps! Je suis tout ambition pour qu'il fasse figure. Je mourrai, et ce corps, que deviendra-t-il? un crâne nu, sans chair, sans peau qui le recouvre, sans yeux, sans lèvres, sans langue ; des ossements décharnés et disgracieux en guise de bras et de jambes, puis un tas de pourriture et de vers. Si je me damne, mon visage deviendra plus noir que le charbon, pour cheveux j'aurai sur la tête un groupe d'aspics et de serpents, ma langue tout en feu vibrera comme le dard d'une vipère, mes yeux seront des braises ardentes ; en un mot, je deviendrai un démon. Voilà où iront enfin aboutir tant de satisfactions que je prodigue au corps, au préjudice de ce qui est dû à Dieu.
Que dois-je donc dire à ma chair lorsqu'elle tente de m'induire au péché? Je dois lui dire: Chair rebelle ! ne sais-tu pas qu'en condescendant à tes convoitises, je t'entraînerais avec moi dans un abîme de feu pour toute l'éternité? Serait-ce une compensation que ce plaisir d'un moment pour un supplice éternel? Si je t'aime véritablement, je dois te procurer un bien véritable, une véritable beauté, le bien et la beauté qui se trouvent en paradis. — Le contentement des sens, la satisfaction de leurs appétits grossiers, a pour fin une éternité de souffrance. La mortification, l'abstinence, la pénitence a pour fin une éternité de jouissance. C'est donc assurer au corps sa véritable félicité que de ne pas le contenter présentement en toutes choses.
0 Vierge sainte, fortunée souveraine, glorieuse reine du royaume céleste, servie par les Anges, environnée
de la multitude des Bienheureux, exaltée en corps et en âme au-dessus de toutes les hiérarchies célestes, au milieu de perpétuelles exclamations, de délices inexprimables, vous savez par expérience comment Dieu sait rémunérer les humiliations d'une âme soumise, les mortifications d'un corps châtié. Ah ! du haut de ce trône de gloire et de félicité où vous êtes assise, abaissez un regard de miséricorde sur moi, et gravez dans mon cœur cette consolants vérité : L'âme qui s'humilie sera exaltée; le corps mortifié sera glorifié.
PRATIQUE
Faites souvent des actes de mortification, surtout pour réprimer la gourmandise, en expiation des satisfactions illicites accordées au corps. — Pratiquez le jeûne du samedi en l'honneur de Marie, et donnez aux pauvres ce que vous retranchez à votre corps.