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cent autres formules de pareils compliments sont-elles si rares et si peu connues que je n'eusse pu les trouver, les placer et en mériter des applaudissements?
Parce donc que j'ai cru que, quoi que l'envie et l'injustice publient de l'Académie françoise, quoi qu'elles veuillent dire de son âge d'or et de sa décadence, elle n'a jamais, depuis son établissement, rassemblé un si grand nombre de personnages illustres pour' toutes sortes de talents et en tout genre d'érudition qu'il est facile aujourd'hui d*y en remarquer; et que, dans cette prévention où je suis, je n'ai pas espéré que cette Compagnie pût être une autre fois plus belle à peindre, ni prise dans un jour plus favorable, et que je me suis servi de l'occasion, ai-je rien fait qui doive m'attirer les moindres reproches? Cicéron a pu louer impunément Brutus, César, Pompée, Marcellus, qui étoient vivants, qui étoient présents : il les a loués plusieurs fois ; il les a loués seuls dans le sénat, souvent en présence de leurs ennemis, toujours devant une compagnie jalouse de leur mérite, et qui avoit bien d'autres délicatesses de politique sur la vertu des grands hommes que n'en sauroit avoir l'Académie françoise. J'ai loué les académiciens, je les ai loués tous, et ce n'a pas été impunément : que me seroit-il arrivé si je les avois blâmés tous?
(( Je viens d'entendre, a dit Théobalde S une grande
■ « Par toutes sortes de talents. (Édit. 8*.)
ce glorieux morne at, et j*ose môme espérer de marcher un jour sur tos traces, quaud vos lumièi*es, votre exemple et vos leçons m*auroDt donné assez de force pour vous suivre, d {Pavillon, 17 décembre 1601.)
1. Théobalde ici n*est plus le Tkéobalde du chapitre de la Conversation et de la tociété, qui n*était autre que Benserade. (Voyez t. I, p. 157.) Benserade était mort depuis trois ans, au moment où parut cette Préface. Théobalde parait désigner ici Fontenelle. Si Le Bruyère ne rappelle pas
vilaine harangue qui ni*a fait bâiller vingt fois, et qui m'a ennuyé à la mort. » Voilà ce qu'il a dit, et voilà ensuite ce qu'il a fait, lui et peu d'autres qui ont cru devoir entrer dans les mômes intérêts. Ils partirent pour la cour le lendemain de la prononciation de ma harangue; ils allèrent de maisons en maisons ; ils dirent aux personnes auprès de qui ils ont accès que je leur avois balbutié la veille un discours où il n'y avoit ni style ni sens commun, qui étoit rempli d'extravagances, et une vraie satire. Revenus à Paris, ils se cantonnèrent en divers quartiers, où ils répandirent tant de venin contre moi, s'acharnèrent si fort à diffamer cette harangue, soit dans leurs conversations, soit dans les lettres qu'ils écrivirent à leurs amis dans les provinces, en dirent tant de mal, et le persuadèrent si fortement à qui ne l'avoit pas entendue, qu'ils crurent pouvoir insinuer au public, ou que les Caraclères faits de la même main étoient mauvais, ou que s'ils étoient bons, je n'en étois pas l'auteur, mais qu'une femme de mes amies m'avoit fourni ce qu'il y avoit de plus supportable ^ Ils prononcèrent aussi que je n'étois pas capable de faire rien de suivi, pas même la moindre préface : tant ils estimoient impraticable à un homme, même qui est dans l'habitude de penser et d'écrire ce qu'il pense, l'art de lier ses pensées et de faire des transitions*.
Ils firent plus : violant les lois de l'Académie françoise,
Cydias, comme dans le chapitre de la Conversation, c*est sans doute pour mieux dépister les auteurs de clefs.
1. C'est peut-être M''^'' de Boislaodry, qui était une femme d'esprit et passait même pour bien écrire. (Voyez le cbap. des Jugements, U I, p. 440, note.)
2. « Ce n'est qu'un amas de pièces détacliées, qui ne peut faire connoltre si celui qui les a faites auroit assez de génie et de lumières pour bien conduire un ouvrage qui seroit suivi, n {Mercure de juin 1693, p. 271, aa sujet du livre dos Caractères»)
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qtii défend aux académiciens d'écrire ou de iaire écrire contre leurs confrères, ils lâchèrent sur moi deux auteurs associés à une même gazette ^ ; ils les animèrent, non pad à publier contre moi une satire fine et ingénieuse, ouvrage trop au-4essous des uns et des autres, « facile à manier, et dont les moindres esprits se trouvent capables*, » mais à me dire de ces injures grossières et personnelles, si difrfidles à rencontrer, si pénibles à prononcer ou à écrire, surtout à doB gens à qui je veux croire qu*il reste encore quelque pudeur et quelque soin de leur réputation.
Et en vérité je ne doute poiùt que le public ne soit enfin étourdi et fatigué d'entendre, depuis quelques années, de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui, d'un vol libre et d'une plume légère, se sont élevés à quelque gloire par leurs écrits. Ces oiseaux lugubres semblent, par leurs cris continuels, leur vouloir imputer le décri universel où tombe nécessairement tout ce qu'ils exposent au grand jour de l'impression : comme si on étoit cause qu'ils manquent de force et d'haleine, ou qu'on dût être responsable de cette médiocrité répandue sur leurs ouvrages. S'il s'imprime un livre de mœurs assez mal digéré pour tomber de soi-même et ne pas exciter leur jalousie, ils le louent volontiers, et plus volontiers encore ils n'en parlent point; mais s'il est tel que le
1. Mercure galant, (Note de La Bruyère.) « Thomas Corneille, associé avec de Vizé pour le Mercure galant, donna des griffes k La Brujrdre. » (D*01ivet, Lettre citée dans le Catalogue de la vérité des autographes de M. Parison (1804). Thomas Corneille était confrère de La Bruyère à TAcadémie française.
2. « Rien n*est plus aisé que de faire trois ou quatre pages d*uQ portimit qui ne demande point d'ordre, et il n'y a point de génie si borné qui ne soit capable de coudre ensemble quelques médisances do son procbain, et d'y ajouter ce qui lui paroît capable de faire rire. » {Mercure de Juin 1693, p. 272.)
monde en parle, ils Tattaquent avec furie. Prose, vers, tout est sujet à leur censure, tout est en proie à une haiqe implacable, qu'ils ont conçue contre ce qui ose parottre dan» quelque perfection, et avec les signes d'une approbation publique. On ne sait plus quelle morale leur fournir qui leur agrée : il faudra leur rendre celle de la Serre ou de des Marets \ et s'ils en sont crus, revenir au Péda-gogue chrétien^ et à la Cour sainte^. Il parott une nftuvelie satire écrite contre les vices en général, qui, d'un vers fort et d'un style d'airain, enfonce ses traits contre l'avarice, l'excès du jeu, la chicane, la mollesse, Tordure et l'hypocrisie, où personne n'est nommé ni désigné, où nulle femme vertueuse ne peut ni ne doit se reconnoltre*; un BouRDALouE cu chairo ne fait point de peintures du crime ni plus vives ni plus innocentes : il n'importe, c'est médisance^ cest calomnie. Voilà depuis quelque temps leur unique ton, celui qu'ils emploient contre les ouvrages des mœurs* qui réussissent : ils y prennent tout littérale-
* « Les ouvrages de mœurs. » (Édit. 8*.)
1. Jean Puget de la Serre (1606-1665), qfoi iloit à Boiletu une fâcheuse célébrité pour ses tragédies, a publié aussi quelques livres de morale : les VéHces de la motrt, l'Entretien des bons esprits sur les vanités du monde, VB^prit de Sénèque et de Plutarque, etc. — Des Marets de Saint-Sorlin (1595-1676) est une autre des victimes de Boileau. Outre un poème épique sur Clovis, des trctgédies et comédies, il est auteur d*œuvres morales et de dévotion, empreintes d'un mysticisme qui va jusqu'à la folie : les Morales d^Èpidète, de Socrate, etc., le Combat spiritwl, prières, etc.
2. Le Pédagogue des familles chrétiennes, contenant un recueil de plu-fkursinstructions chrétiennes sur diverses matières, par un prêtre du sémi-
aire de Saint-Nicolas du Chardonnet. Paris, 1662, in-8^
3. La Cour sainte, ou llnstUution chrestienne des grands avec les exemples de ceux qui dems les cours ont fleury en saincteté, par le R. P. Nicolas Caussin, de la Compagnie de Jésus. Paris, 1623, in-S». — Le K Caussin, ne en 1583, fut quelque temps confesseur de Louis XIII, fut disgracié en 1637, et mourut en 1651.