‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 102 sur 152 · La X*" satire de Boileau, wr les Femmes, publiée en · texte numérisé non relu

La X*" satire de Boileau, wr les Femmes, publiée en

S44 DISCOURS A L'AGÂDËMIE.

ment, ils les lisent comme une histoire ; ils n'y entendent ni la poésie ni la figure ; ainsi ils les condamnent ; ils y trouvent des endroits foibles : il y en a dans Homère, dans Pindare, dans Virgile et dans Horace ; où n'y en a-t-ii point? si ce n'est peut-être dans leurs écrits. Bernin n'a pas manié le marbre ni tiaité toutes ses figures d'une égale force ; mais on ne laisse pas de voir, dans ce qu'il a moins heureusement rencontré, de certains traits si achevés, tout proches de quelques autres qui le sont moins, qu'ils découvrent aisément l'excellence de l'ouvrier : si c'est un cheval, les crins sont tournés d'une main hardie, ils voltigent et semblent être le jouet du vent; l'œil est ardent, les naseaux soufflent le feu et la vie ; un ciseau de maître s'y retrouve en mille endroits ; il n'est pas donné à ses copistes ni à ses envieux d'arriver à de telles fautes par leurs chefs-d'œuvre : l'on voit bien que c'est quelque chose de manqué par un habile homme, et une faute de Praxitèle ^

Mais qui sont ceux qui, si tendres et si scrupuleux, ne peuvent même supporter que, sans blesser et sans nommer les vicieux, on se déclare contre le vice? sont-ce des chartreux et des solitaires? sont-ce les jésuites, hommes pieux et éclairés? sont-ce ces hommes religieux qui habitent en France les cloîtres et les abbayes? Tous au contraire lisent ces sortes d'ouvrages, et en particulier, et en public, à leurs récréations; ils en inspirent la lecture à leurs pensionnaires, à leurs élèves ; ils en dépeuplent les

1. Allusion à une statue équestre do Louis XIV, par le cavalier Bernin, peintre, sculpteur et architecte italien (1598-1080). Cette statue fut fort critiquée, à cause du cheval. Le roi voulut d'abord la faire briser, puis chargea Bouchai don do la modifier : elle devint la statue de Marcus Curtius, et fut placée à Pextrémit'.^ do la pi^ce d'eau des Suisses.

boutiques, ils les conservent dans leurs bibliothèques. N'ont-ils pas les premiers reconnu le plan et l'économie du livre des Caractères? N'ont-ils pas observé que de seize chapitres qui le composent, il y en a quinze qui s' attachant à découvrir le faux et le ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions et des attachements humains, ne tendent qu'à ruiner tous les obstacles qui affaiblissent d'abord, et qui éteignent ensuite dans tous les hommes la connoissance de Dieu ; qu'ainsi ils ne sont que des préparations au seizième et dernier chapitre, où l'athéisme est attaqué, et peut-être confondu; où les preuves de Dieu, une partie du moins de celles que les foibles hommes sont capables de recevoir dans leur esprit, sont apportées ; où la providence de Dieu est défendue contre l'insulte et les plaintes des libertins? Qui sont donc ceux qui osent répéter contre un ouvrage si sérieux et si utile ce continuel refrain : Cesi médisance^ cest calomnie? Il faut les nommer : ce sont des poètes; mais quels poètes? Des auteurs d'hymnes sacrés ou des traducteurs de psaumes, des Godeaux ou des Corneilles*? Non, mais des faiseurs de stances et d'élégies amoureuses, de ces beaux esprits qui tournent un sonnet sur une absence ou sur un retour, qui font une épigramme sur une belle gorge, et un madrigal sur une jouissance*. Voilà ceux

i. Antoine Godeaa (1605-1G72), évêqae de Grasse, a traduit les Psaumes en vers français; P. Corneille, V Imitation de Jésus-Christ.

2. Déjà en 1659, dans les Précieuses ridicules (se. x), Molière se moquait de ces fadaises : u On sait à point nommé : un tel a composé la plus Jolie pièce du monde sur un tel sujet, une telle a fait des paroles sur un tel air; celui-ci a fait un madrigal sur une jouissance, celui-là a composé des stances sur une infidélité, etc... » La mode n*en était pas encore passée au temps de La Bruyère, et elle dura encore après lui : c*est le fond des poésies de Chauliou, de Bernis, de Dorât, etc. Peut-être du reste n'y at-il pas ici seulement un trait de satire littéraire ; peut-être le trait est-il

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