De Spinhi Sancto, liber III, cap. xi
Nous honorons les martyrs et leurs reliques, comme le remarque saint Jérôme, mais c'est afm d'honorer le Dieu dont ils sont les martyrs. Il en est de la prière comme du culte : celle que nous adressons à la Vierge et aux saints est bien différente de celle que nous adressons à Dieu ; nous prions Dieu comme la source et l'auteur des grâces et des biens que nous demandons, au lieu que nous n'invoquons la Vierge et les saints que comme des intercesseurs, qui prient Dieu comme nous et pour nous, mais dont les prières sont d'autant plus efficaces auprès de Dieu, qu'ils sont dans un état de perfection, de sainteté et d'union avec lui, dont ils ne peuvent déchoir. Voilà, dit mon frère, ce que nous enseignons; c'est la doctrine de l'Église, dont la clarté et les vives lumières sont capables de dissiper tous les nuages dont vos faux ministres l'ont voulu obscurcir. » Le nouveau converti, homme d'esprit, de bon sens et de bonne foi, n'eut pas de peine à se rendre à une instruction si solide : il reconnut aussitôt l'artifice dont on s'étoit servi tant de fois pour lui donner de l'horreur de la doctrine de l'Église, et détesta la mauvaise foi de ceux qui l'avoient trompé jusqu'alors.
Le directeur. C'en est assez sur cette matière : elle n'est pas du nombre de celles dont je veux vous entretenir en particulier ; c'est un différend à démêler entre monsieur le docteur et moi. Revenons à notre sujet. Vous me demanderez peutêtre s'il ne vous sera pas permis d'entrer dans certaines pratiques de pénitence, et de vous imposer des mortifications? Non, ma fille : elles nuisent au corps et ne profitent point à l'âme ; je vous l'ai déjà enseigné, demeurez en repos sur cet article. A l'égard des saints mouvements et des bonnes inclinations, je vous les défends : ne vous les procurez point; s'ils viennent sans qu'il y ait de votre faute, ne les cultivez point, ne les rejetez pas aussi, courez à l'asile de l'indifférence. Pour le choix d'une vertu particulière, je ne puis pas tolérer une affectation comme celle-là : c'est la ruine de toute spiritualité.
Là pékitente. Quoi ! mon Père, je ne pourrois pas aimer
l'humilité?
Le DiRECTEun. Non, vraiment, ma chère fille.
Là PÉNrrENTE. La patience, la douceur, le pardon des injures?
Le directeur. Rien de tout cela, je vous prie; mais bien l'indifférence à toutes ces vertus et aux vices contraires.
La pénitente. Il s'ensuivroit donc, mon Père, de ce que vous dites, qu'aimer à être humble et à pardonner les injures seroit un péché ?
Le directeur. Un péché? non; mais une imperfection, chose à la vérité dont les confesseurs et les casuistes ne conviendront pas : aussi faut-il avouer que la vie intérieure n'a rien de commun avec les confessions et les confesseurs, ai môme avec les cas de conscience : ce sont choses toutes séparées. Ils vous exhorteront par exemple d'entrer dans le goût des choses spirituelles, ou bien ils approuveront que vous ayez un goût sensible dans l'oraison, qui est, à le bien prendre, une chose purement humaine, que dis-je? abominable. D'autres fois ils ne vous parleront que de la paix d'une bonne conscience et de la tranquillité qu'apporte avec soi la pratique de la loi de Dieu et des bonnes œuvres : écueils dangereux où, cinglant à pleines voiles, comme il vousparoît, dans les routes salutaires de la haute perfection, on vient se briser et se perdre.
Le moyen sûr, ma chère fille, de les éviter, c'est d entrer dans le port de la parfaite résignation à la volonté divine. Alors, ma fille, alors, vertus ou vices, piété ou sacrilèges, grâces de Dieu ou réprobation, espérance ou désespoir de son salut, tout est indifférent à une parfaite abandonnée. Une seule chose lui convient, que les décrets immuables de Dieu soient accomplis en elle. Mais, tandis que je vous parle, madame, il me paroît que quelque chose vous passe par l'esprit : parlez hardiment et avec confiance, car il s'agit de votre salut.
La pénitente. II s'agiroit de peu de chose, mon Père, puisque vous voulez que j*y sois indifférente. Mais comme vous me permettez que sur les voies de mon salut, auquel je ne puis m'empêcher de prendre encore beaucoup d'intérêt, je vous expose mes doutes et mes scrupules, je vous avouerai que je faisois en moi-même une oraison dominicale à notre manière, je veux dire en l'ajustant à nos principes et à notre doctrine.
Le directeur. Dites, ma fille : le projet en est louable.
La pénitente. Écoutez ma composition.
Le directeur. J'écoute.
La pÉNrrENTE. Dieu qui n'êtes pas plus au ciel que sur la terre et dans les enfers, qui êtes présent partout, je ne veux ni ne désire que votre nom soit sanctifié : vous savez ce qui nous convient; si vous voulez qu'il le soit, il le sera, sans que je le veuille et le désire. Que votre royaume arrive ou n'arrive pas, cela m'est indifférent. Je ne vous demande pas aussi que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel : elle le sera malgré que j'en aie; c'est à moi à m'y résigner. Donnez-nous à tous notre pain de tous les jours, qui est votre grâce, ou ne nous la donnez pas : je ne souhaite de l'avoir ni d'en être privée. De môme, si vous me pardonnez mes crimes, comme je pardonne à ceux qui m'ont offensé, tant mieux; si vous m'en punissez, au contraire, par la damnation, tant mieux encore, puisque c'est votre bon plaisir. Enfin, mon Dieu, je suis trop abandonnée à votre volonté pour vous prier de me délivrer des tentations et du péché.
Le DIRECTEUR. Jc VOUS assure, madame, que cela n'est pas mal : le Pater noster ainsi réformé édifieroit sans doute toutes les âmes du parfait abandon, et j'ai envie de l'envoyer à nos nouvelles Églises pour être inséré dans la formule du simple regard. Qu'en dites-vous?
La pénitente. En attendant, mon Père, que je sois aussi contente de mon oraison que je voudrois Têtre, je suis bien aise que vous ne la désapprouviez pas, et encore plus d'avoir
eu le loisir de vous la réciter avant que je vous souhaite le bonsoir; car la nuit s'approche, et m'oblige à me séparer de vous.
Le DiRECTEun. J*y consens, ma chùre dame; mais il ne faut plus être si longtemps sans nous voir. Vous avez besoin d'être soutenue : la moindre chose vous feroit faire une grande chute. Vous devez regarder la maison de votre mari comme un piège qui vous est tendu, et dont vous ne sauriez trop vous défier. Je vous ai déjà exhortée à la quitter; il faut faire cela sagement, et abandonner votre mari avec une prudence chrétienne. Madame, Dieu aura soin de vous, sans que vous vous en mêliez.
Les quiétistes abandonnent TÉvangile, TÉgliae et la tradition, pour aaivre ce qu*il8 appellent faussement volonté de Dimi, Béatitude et purgatoire des quiétistcs en cette vie. Étatd*union essentielle selon eux, dans lequel rame, pour demeurer en Dieu, n*a plu8 besoin de Jésus-Christ médiateur.
Lk pénitente. Voilà, mon Père, cet excellent ami, dont je vous ai entretenu plusieurs fois : c'est mon beau-frère, de qui je vous ai promis la connoissance, l'homme du monde après vous à qui j'ai plus d'obligation. J'espère recevoir de vous deux de pareils remerciements, de vous avoir fait connoitre Tun à l'autre, et par là mis en état de vous estimer réciproquement, comme vous le devez.
Le docteur. Je souhaite, mon Révérend Père, que cette entrevue soit utile à celle qui a bien voulu la ménager. Que ma sœur apprenne de vous ou de moi, ou de tous deux ensemble, si cela se peut, les choses les plus essentielles à son salut. Nous lui devons tous deux la vérité, et moi plus particulièrement, et par l'alliance que j'ai avec elle, et par la reconnoissance sur l'honneur qu'elle me procure aujourd'hui, en me présentant à un homme de votre mérite.
Le directeur. Votre réputation, monsieur, est venue jusqu'à moi, et par madame votre belle-sœur, et par d'autres endroits. Votre présence promet encore des choses au delà de votre réputation : il me semble qu'avec un peu de bonne foi de part et d'autre, on peut aller loin dans l'éclaircissement de la vérité, si on la préfère du moins aux sentiments communs et aux pratiques reçues, qui n'ont pour l'ordinaire d'autre avantage sur elle que le temps et le grand nombre.
Le docteur. Que voulez-vous dire, mon Père? qu'en matière de religion, ce n'est pas assez qu'une chose, par exemple ur dogme ou une maxime, pour être vraie, ait été crue de tout temps, même dès l'établissement de la religion ; qu'elle ait été crue de tous ceux qui jusqu'à présent ont professé la religion ?
Le directeur. Non vraiment, ce n'est pas assez.
Le docteur. Je l'ai jugé ainsi, et qu'il falloit encore pour être vraie, qu'elle fût vraie en soi.
Le directeur. Vous y êtes, et il y a du plaisir à parler à des gens comme vous.
Le docteur. Je vous suis obligé, mais il faudroit pourtant que vous eussiez la bonté de me dire à quelle autre marque du moins vous connoissez qu'une maxime de religion est vraie. Par exemple, ce que l'Église jusqu'à ce jour a appelé la joie du Saint-Esprit, la paix d'une bonne conscience, est, selon vous, quelque chose d'humain, et d'abominable devant Dieu : par où ôtes-vous persuadé que cette doctrine est véritable? et dans cette persuasion, évitez-vous cette union céleste? vous refusez-vous à cette tranquillité de lame, suite si naturelle de la pratique de la vertu?
Le directeur. Je le sens mieux, monsieur, que je ne le puis dire; ce n'est pas par entêtement, comme on pourroit se l'imaginer, que cela arrive, mais par impuissance de se mêler de soi, parce que l'on est dans un état où Ton ne se connoît plus, où l'on ne se sent plus. Vous demanderez à une âme : (( Qui vous porte à faire ou à éviter telle chose? c'est donc que Dieu vous Ta dit? qui vous a fait connoître ou entendre ce qu'il vouloit? — Je n'entends rien, je ne pense à rien connoître; tout est Dieu et volonté de Dieu, n
Le docteur. Vous savez donc, mon Père, ce que c'est du moins que la volonté de Dieu?
Le directeur. Point du tout, monsieur : aussi ne suis-je pas capable d'entendre nulle raison, ni d'en rendre aucune de ma conduite.
Le docteur. Que vous soutenez pourtant excellente lorsque vous fuyez la paix de la bonne conscience, comme une chose abominable aux yeux de Dieu.
Le directeur. Cela est vrai : j'agis en cela infailliblement, et je ne puis en douter, depuis que je n'ai pas d'autre principe que le principe infaillible.
Le docteur. Qui est la volonté de Dieu ?...
Le directeur. Cela s'entend.
Le docteur. Que vous ne connoissez néanmoins en aucune manière?
Le directeur. Je vous l'ai dit : je ne sais ce que c'est que volonté de Dieu.
Le docteur. C'est trop le répéter, je l'ai bien retenu. Mais, mon Père, si les prélats de TÉglise et les docteurs de la religion osoient vous apprendre cette volonté de Dieu que vous ignorez, vous enseigner la vérité, et vous détromper du mensonge?
Le directeur. Vous n'y êtes pas, monsieur : toutes les créatures me condamneroient, que ce me seroit moins qu'un moucheron.
Le docteur. Je vous entends, vous ne connoissez sur le fait de la religion nulle autorité sur la terre. Mais êtes-vous tous de ce sentiment? J'ai de la peine à le croire.
Le directeur. Tous sans exception : vous pouvez vous fier à moi.
Le docteur. C'est-à-dire, mon Père, que vous faites tous dans l'Église un schisme secret et intérieur, avec le moins de scandale qu'il vous est possible. Comprenez-vous, ma sœur, la doctrine du Père? Peut-être qu'il ne s'étoit pas encore ouvert à vous jusque-là.
Mais, mon Révérend Père, le moyen de raisonner avec un homme qui n'a pour règle dans ses sentiments et dans sa conduite que le principe infaillible de la volonté de Dieu, dont il n'a nulle connoissance, et qu'il ne veut apprendre de personne? Vous en rapporteriez-vous aux décisions de la Sor-
bonne, dont je pourrois peut-être vous rendre compte sur quelque article que ce pût être ?
Le directeur. Demandez à madame votre belle-sœur.
Le docteur. Hé bien! madame, vous me dites que non, je le vois bien. En croiriez-vous, mon Père, la doctrine des Pères, celle des conciles, celle des apôtres?
Le directeur. Volonté de Dieu, mon cher monsieur. Dieu même, principe infaillible, règle infaillible : voilà où je m'en tiens.
Le docteur. Mais, mon Père, vous en croyez donc la parole de Dieu, TÉvangile de Jésus-Christ?
Le directeur. L'Évangile, monsieur, n'est pas Dieu : c'est seulement ce qu'il a dit.
Le docteur. En effet, mon Père, pour connoître la volonté de Dieu, que vous ignorez, dites-vous, quoiqu'elle soit votre règle infaillible, c'est peu de lire le livre de la parole de Dieu, où il nous révèle ses mystères, nous donne sa loi et ses commandements, où il nous prescrit expressément tout ce que nous devons croire et tout ce que nous devons faire. Ce n'est donc pas, mon Père, dans l'Évangiic que vous avez trouvé le plan de cette nouvelle doctrine, qui met aujourd'hui tant de différence entre vous et moi? Comment, mon Père, entre autres rapports dont vous conviendrez, n'avons-nous pas cela de commun ensemble, que par le chemin des peines et par la voie des souffrances nous tâchons d'arriver à Dieu, dont la connoissance doit être notre souveraine félicité ?
Mon Père, parlons clairement, je vous prie, et sans équivoque : pour approuver ou pour réfuter votre doctrine, il est nécessaire de la bien entendre. Voulez-vous que je vous parle franchement? Si l'on me deraandoit ce que c'est que le quiétisme, je répondrois : « C'est une imitation telle quelle du christianisme : c'est un enchérissement, un mauvais raffinement sur la religion de Jésus-Christ. » Quand il ne seroit pas Dieu, ce qu'on ne peut penser sans blasphème, et que sa loi ne seroit pas divine, il est le premier en date, sa religion est
en possession de tous les cœurs et de tous les esprits, elle est celle de l'État.
Les esprits outrés, subtils, ambitieux, viennent trop tard pour se faire valoir et s'attirer de la suite par une doctrine entièrement opposée à la chrétienne. Ils ont été obligés de retenir ses mystères, une partie de sa créance, ses termes et son style, les mêmes apparences dans la morale et dans la pratique. Il faut vous tâter et vous examiner de bien près pour vous connoître. Par exemple, vous ne niez pas le purgatoire?
Le directeur. Non.
Le docteur. Ni la nécessité de la pénitence en celte vie ou en l'autre pour faire son salut et posséder la gloire de Dieu?
Le directeur. Nous ne prêchons autre chose.
Le docteur. Nous de même. Écoutez cependant. Nous plaçons, mon Père, le purgatoire et l'autre vie dans l'autre vie. Vous autres, vous placez le purgatoire et l'autre vie dans la vie présente. Dites-moi, mon Père : par l'oraison éminente et le fidèle abandon, n'acquérez-vous pas l'impeccabilité, l'inamissibilité de la grâce?
Le directeur. Cela est vrai.
Le docteur. Ne vous trouvez-vous pas dans la même innocence qu'Eve avoit en sortant des mains de Dieu avant de s'être laissé séduire?
Le directeur. Ce sont nos propres termes.
Le docteur. Ce qui seroit péché dans les autres ne l'est plus pour vous?
Le directeur. Vous avez vu cela dans nos livres.
Le docteur. Vous voyez que je ne vous impose pas. Car c'est au Cantique des cantiques que vous égalez cet état sublime à la gloire des bienheureux, avec cette seule différence que le quiétiste possède sans voir, et que les saints voient ce qu'ils possèdent; et vous ajoutez que la vue de Dieu n'est pas l'essentielle béatitude.
Le directeur. Tout cela est vrai.
Le docteur. Vous êtes, mon Père, de si bonne foi que nous aurons un extrême plaisir, ma sœur et moi, d'entendre de votre bouche le purgatoire du quiétisme, et de vous en croire sur votre parole.
Le directeur. Nous sommes persuadés , monsieur, qu'une dévotion sensible et une vie animale est la même chose; qu'une âme au contraire ne se purifie entièrement que par les sécheresses, que par Tabandonnement de Dieu, par les tentations, par les ténèbres, par les angoisses mortelles, par les chagrins, par les afflictions, par les transes de la mort, par une privation de toute consolation, par de cruelles douleurs, par un martyre continuel, enûn par une agonie qui se renouvelle incessamment.
Le docteur. Mon Père, vous en oubliez la moitié; car je vois bien qu'il ne s'agit que de trouver des termes, et surtout qui soient équivalents. Dites encore, mon cher Père, que Tâme se purifie par des doutes, par des scrupules, par des craintes et des défiances, par des rongements d'entrailles, par des sécheresses passives, par des contradictions, par une répugnance continuelle au bien, par des abandonnements intérieurs, par des désolations horribles, par des suggestions importunes, par des resserrements amers et perpétuels; par être en proie à la colère, à l'impatience, à la rage, aux blasphèmes, au désespoir, aux appétits désordonnés; par être dénuée de toutes les vertus, exposée à tous les crimes et à des tourments égaux aux peines infernales. N'ai-je rien oublié de tous les sentiments qui sont couchés dans vos livres comme sur une longue liste? Dites-le-moi franchement, car il est difficile que la mémoire rappelle tout d'un coup un si grand nombre de termes, qui signifient presque la même chose, et qui ont peut-être coûté un jour entier à son auteur pour les chercher dans le creux de son imagination et les mettre ensuite dans un cadre qui puisse contribuer à la beauté et à rénergie du style.
Le directeur. Vous badinez, mon cher monsieur, de ce qui nous tire à tous les larmes des yeux.
Le docteur. En vérité, mon Père, je ne crois point qu'il y ait au monde des gens si malheureux que vous le dites; il seroit, sans mentir, curieux d'en voir, et j*aime mieux présumer un peu de la bonté infinie de Dieu que de penser, sans un meilleur fondement, qu'il mette les âmes à une si terrible épreuve. Chez nous, on y va plus rondement, et on parle avec moins d'exagération.
« Nul ne possédera Dieu tant qu'il sera vivant* : » c'est le langage de TÉcriture et le nôtre. Pour le posséder dans la vie future, il faut vivre dans celle-ci d'une vie très-pénitente et imitée de Jésus-Christ; et à cette vie crucifiée nous ne laissons pas d'accorder les consolations du Saint-Esprit, encore selon l'Écriture, qui nous invite de goûter et d'expérimenter combien le Seigneur est doux*; qui nous exhorte à nous réjouir au Seigneur ou avec le Seigneur'; qui nous proteste que son joug est doux, qu'il est léger*. Enfin, monsieur, s'il manque encore quelque chose à expier par cette vie pénitente et crucifiée, nous croyons un lieu destiné à cette dernière expiation, et dans lequel l'âme achève de se rendre digne de la vue de Dieu. Voilà, mon Père, notre purgatoire et notre paradis, et sur ce modèle il est bien clair que vous avez formé votre système. Cétoit une riche invention de placer dans ce monde un purgatoire où tous les péchés fussent expiés, et qui fût suivi d'une béatitude parfaite : vous le trouvez dans votre martyre spirituel. Cétoit un merveilleux attrait que la possession de Dieu dès cette vie, donnée pour récompense aux âmes qui ont langui dans le prétendu martyre : vous l'avez dans l'union essentielle. Arriver à un état
1. Voir la I" épHre de saint Paul aux Corinthiens, ch. xv, v. 50.
2. Psaume xxxiii, verset 9; r« épUre de saint Pierre, ch. ii, v. 3.
3. ÉpHre de saint Paul aux Philippiens, chapitre m, ver3et 1 ; et chapitre IV, verset 4.