Saint Matthieu, chapitre xi, verset
si sublime ot à une si parfaite félicité par la pratique de la loi de Jésus-Christ, par les commandements de Dieu et de son Église, par la foi, l'espérance et la charité, c'étoit entrer dans d'importuns détails, ou dire des choses bien triviales : l'indifférence sur tout cela, et le parfait abandon aux décrets divins, sont au contraire une nouvelle découverte.
Le directeur. Vous y êtes, voilà tout le mystère.
Le docteur. Mais, mon Père, permettez-moi de vous faire une petite question, nullement pour vous faire de la peine, mais pour m'éclaircir et m'instruire. Allez-vous à Dieu par Jésus-Christ? Car voilà, selon nous, l'essence de la religion chrétienne.
Le directeur. Vraiment, monsieur, il faut débuter par là nécessairement : nous l'inspirons autant qu'il nous est possible à tous nos commençants.
Le docteur. Je le crois, mon Père, puisque vous le dites; mais demeurez-vous en Dieu par Jésus-Christ?
L\ pénitente. Oh ! mon frère, voilà une belle demande que vous faites là au Révérend Père! l'un ne suit-il pas de l'autre indispensablemcnt ?
Le directeur. Excusez-moi, madame ; la question est trèsbien formée par monsieur le docteur, et nos livres sont pleins de maximes et de décisions sur cette matière. Par exemple, monsieur, sans aller plus loin, vous pouvez lire dans notre Explication du Cantique des cantiques une question presque semblable à la vôtre. On demande, savoir, si l'àine arrivée en Dieu parle do Jésus-Christ , et peut penser encore à sa divine personne. C'est à la page 6. Et on répond : a Que l'union à Jésus-Christ a précédé d'un très-long temps l'union essentielle; mais que pour une âme parvenue à ce dernier ei sublime état, celui d'être unie à Jésus-Christ, et de penser encore à sa divine personne, est absolument passé.» N'est-ce pas là ce que vous demandez? Mais voulez-vous rien de plus positif que ce que je vous montrerai écrit quelque part, on termes exprès : « Que l'idée de Jésus-Christ, après avoir
éclipsé l'idée de toutes les créatures, s'éclipse insensiblement elle-même, pour laisser Tàme dans la vue confuse et générale de Dieu ? »
Bien plus, un de nos docteurs assure que dans Toraison (il parle de la grande oraison), « il faut avoir seulement une foi obscure et universelle, et oublier toutes sortes de réflexions particulières : » on ne doit pas même, selon lui, penser à Jésus-Christ. « L'âme est surprise, dit un autre ^ quand sans avoir pensé, en aucun état, aux inclinations de Jésus-Christ depuis les dix, les vingt, les trente années, elle les trouve imprimées en elle par état. Les inclinations sont la petitesse, la pauvreté, etc. » Il va plus loin et parle décisivement : « L'âme, poursuit-il, dans toute sa voie, n'a pas de vue distincte de Jésus-Christ; »> où vous remarquerez que voilà Jésus-Christ interdit, môme aux commençants.
Le docteur. Et j'ajoute, mon Pure, inutile au salut, à ceux du moins qui cherchent à se le procurer par votre méthode.
Le directeur. Il n'avance pas cela en l'air, et il n'est pas seul de son sentiment, car vous lisez ailleurs* que dans la voie mystique, il ne faut pas de représentation du corps de Jésus- Christ.
Le docteur. C'est-à-dire, chez vous autres?
Le directeur. Sans doute, et que la foi suffit pour la justification, sans aucun souvenir de Jésus-Christ.
Le docteur. Je vous ai écouté, mon Père, avec toute la patience dont je suis capable ; mais il me semble que vous n'avez pas encore répondu précisément à ma question, qui étoit de savoir si, comme on va à Dieu par Jésus-Christ, on demeure en Dieu par Jésus-Christ.
Le directeur. Premièrement, monsieur, quand on vous dit que dans ce sublime état d'union essentielle, il n'est plus donné à l'âme de penser à Jésus-Christ, de recevoir l'idée et