‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 124 sur 152 · Pratique facile, partie II, entretien iv, p. 141 et suiv · texte numérisé non relu

Pratique facile, partie II, entretien iv, p. 141 et suiv

le souvenir de Jésus-Christ, c'est, ce me semble, vous répondre que cette âme n'est pas unie à Dieu par Jésus-Christ. Que voudriez-vous davantage? Seroit-ce d'être sûr que bien que cette âme ait commencé d aller à Dieu par Jésus-Christ comme médiateur, elle est en Dieu, elle est avec Dieu sans médiateur? A cela ne tienne que vous ne soyez satisfait. Ce même auteur vous apprendra, monsieur, que « Tàme, dans cet état d'union essentielle, devient forte, immuable; qu'elle a perdu tout moyen; qu^elle est dans lafm; » et ailleurs, que u cette union est non-seulement essentielle, mais immédiate et sans moyen, plus substantielle que l'union hypostatique.» C'est, mon cher monsieur, que u l'union centrale avec Dieu tient lieu de Jésus- Christ son fils; » vous savez la force des termes, il ne dit pas: « par Jésus son fils. » Et un peu plus bas : <( La voix de la tourterelle de mon humanité vous invite à venir vous perdre et cacher avec elle (elle ne dit pas : « par elle » ) dans le sein de mon père*. » Et ensuite : « La passion qu'elle a d'aller dans le sein de Dieu fait que, sans considérer qu'elle y doit être avec lui, elle dit qu'elle veut l'y introduire. » Mais plus clairement encore dans quelques pages suivantes : « Il faut, y est-il dit, monter plus haut (c'est Jésus-Christ que l'on fait parler à l'âme) et outre-passer toutes choses pour entrer avec moi (le paraphraste se donne bien de garde de dire : u par moi »>) dans le sein de mon père, et vous y reposer sans milieu et par la perte de tout moyen. » Voulez-vous, monsieur, des termes plus clairs et des passages plus formels pour détruire la médiation de Jésus-Christ que ceux que je vous apporte?

Le docteur. Jcn suis content, mon Père, et je doute fort que si on en avoit lu de pareils dans saint Paul et dans les premiers docteurs de l'Église, la foi du médiateur eut pu parvenir jusqu'à nous aussi constante qu'elle me le paroît. Mais cela me donne la curiosité de connoître à fond cette union immédiate et essentielle que vous dites être la récompense

1. Explication du Cantique des cantiques, chapitre ii, verset 12, p. 57.

du martyre spirituel, et Theureux eiïet de l'abandon à la volonté divine.

Le directeur. Âhl je vois bien, monsieur, que vous voulez que je vous dise des nouvelles de notre parfaite béatitude, et comme vous disiez tantôt, de notre paradis. Ce sujet est grand, merveilleux, et par soi-même, et dans les suites; et vous me permettrez de vous dire que si nous commencions si tard une matière si étendue et si importante, nous courrions risque de n'en pas voir la fm avant le temps que nous serons obligea dé nous séparer. Ainsi, et pour notre commune satisfaction, et pour l'utilité de madame votre belle-sœur, il la faut prier de nous ménager une seconde entrevue, où j'espère de vous renvoyer content sur les éclaircissements que vous désirez de moi. Vous voyez que je ne vous cache rien, et vous pourrez bientôt vous vanter de connoître le fond de nos mystères, autant du moins que je suis capable de vous les révéler; car il me paroît que vos intentions sont droites.

Le docteur. Elles ne peuvent l'être davantage, mon Père : je cherche le salut de ma sœur, et rien autre chose. Elle peut nous faire retrouver ensemble, et je suis prêt pour le jour et l'heure qu'elle voudra me conduire ici une seconde fois.

Le DIRECTEUR. Je vous attends tous deux avec impatience.

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