Les parquets en marqueterie
4. Selon les uns , l'hôtel Lesdiguières (au Marais) ; selon les autres, rhôtel de M. Lenglée, de ce Périandre dont La Bruyère a déjà signalé la « superbe demeure » (des Biens de fortune, n® 21). L'hôtel Lenglée est signalé comme un des plus beaux de Paris par Brice, Description de ce qu'il y a de plus rare dans Paris.
meuble chargé et embarrassé de bustçs rares, déjà poudreux et couverts d'ordures, dont la vente les mettroit au large, mais qu'ils ne peuvent se résoudre à mettre en vente.
Diphile commence par un oiseau et finit par mille : sa maison n'en est pas égayée, mais empestée. La cour, lasalle, l'escalier, le vestibule, les chambres, le cabinet, tout est volière ; ce n'est pas un ramage, c'est un vacarme : les vents d'automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ne font pas un bruit si perçant et si aigu; on ne s'entend non plus parler les uns les autres que dans ces chambres où il faut attendre, pour faire le compliment d'entrée, que les petits chiens aient aboyé. Ce n'est plus pour Diphile un agréable amusement, c'est une affaire laborieuse, et à laquelle à peine il peut suffire. Il passe les jours, ces jours qui échappent et qui ne reviennent plus*, à verser du grain et à nettoyer des ordures. Il donne pension à un homme qui n'a point d'autre ministère que de siffler des serins au flageolet et de faire couver des canaris''. Il est vrai que ce qu'il dépense d'un côté, il l'épargne de l'autre, car ses enfants sont sans maîtres et sans éducation ^ Il se renferme le soir, fatigué de son propre plaisir, sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oiseaux ne reposent,
■ Canaries, orthographe des éditioDs originales. C'était celle du XVII* siècle. (Voyez Richelet, Dictionn. fr,, 1680.)
i. Attamen interea fugit irreparabile tempus.
(Virgile.)
2. Ce trait prouve que Diphile n'est pas le chanoine Santeul (voyez Théodas), Mais est-ce davantage, comme le veut M. Éd. Four nier, le domestique qui prenait le titre de « gouverneur des serins de S. Â. madame la Princesse de Bourbon? » {Comédie de La Bruyère, p. 209.)
et que ce petit peuple, qu'il n'aime que parce qu'il chante, ne cesse de chanter. Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil : lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il perche ; il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il couve.
Qui pourroit épuiser tous les différents genres de curieux ? Devineriez-vous, à entendre parler celui-ci de son léopard j de sa plume, de sa musique^ y les vanter comme ce qu'il y a sur la terre de plus singulier et de plus merveilleux, qu'il veut vendre ses coquilles? Pourquoi non, s'il les achète au poids de l'or ?
Cet autre aime les insectes ; il en fait tous les jours de nouvelles emplettes : c'est surtout le premier homme de l'Europe pour les papillons*; il en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Quel temps prenez-vous pour lui rendre visite? il est plongé dans une amère douleur ; il a l'humeur noire, chagrine, et dont toute la famille souffre: aussi a-t-il fait une perte irréparable. Approchez, regardez ce qu'il vous montre sur son doigt, qui n'a plus de vie et qui vient d'expirer : c'est une chenille, et quelle chenille" !
[3] Le duel est le triomphe de la mode, et l'endroit où elle a exercé sa tyrannie avec plus d'éclat. Cet usage n'a pas laisse au poltron la liberté de vivre; il l'a mené se faire tuer par un plus brave que soi, et l'a confondu avec
* Les quatorze aliénas compris sous le n° 2 sont de la 6* édition.
i. Noms de coquillages. {Note de La Bruyère,) Selon M. Walckenacr, il serait fait allusion à Lister, dont \2k Synopsis conchyliorum est encore estimée.
2. On voit dans les Lettres nouvelles de Bour8ault(1700, t. il, p. 23) que « pendant un an ou deux on fut à la cour, et à Paris même, dans un engouement pour les papillons qui étoit une espèce de manie, n
un homme de cœur; il a attaché de l'honneur et de la gloire à une action folle et extravagante ; il a été approuvé par la présence des rois; il y a eu quelquefois une espèce de religion à le pratiquer ; il a décidé de l'innocence des hommes * , des accusations fausses ou véritables sur des crimes capitaux ; il s'étoît enfin si profondément enraciné dans l'opinion des peuples, et s'étoit si fort saisi de leur cœur et de leur esprit, qu'un des plus beaux endroits de la vie d'un très-grand roi a été de les guérir de cette folie*.
[â] Tel a été à la mode, ou pour le commandement des armées et la négociation ', ou pour Féloquence de la chaire, ou pour les vers, qui n'y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénèrent de ce qu'ils furent autrefois? Est-ce leur mérite qui est usé % ou le goût que l'on avoit pour eux?
[5] Un homme à la mode dure peu, car les modes passent : s'il est par hasard homme de mérite, il n'est
■ « Qui se soit usé. » (Édit. 1".)
i. Allusion au duel Judiciaire, usage qui remoute aux premiers temps de riavasion des barbai*es, et dont un des derniers exemples est le duel qui eut lieu en 1517 entre Jarnac et La Chateigneraye, en présence de Henri II et de sa cour. Voyez Chéruel, Dictionn. historique des institutions^ mœurs et coutumes de la France, au mot Duel,
2. Allusion aux ordonnances de Louis XIV contre le duel. « L*abolition des duels fut un des plus grands services rendus à la patrie. Ces combats avaient été autorisés autrefois par les rois, par les parlements même et par rÉglise ; et quoiqu*ils fussent défendus depuis Henri IV, cette funeste coutume subsistait plus que jamais. Le fameux combat de La Férette, de quatre contre quatre, en 1663, fut ce qui détermina Louis XIV à ne plus pardonner. Sonheui'euse sévérité corrigea peu à peu notre nation, et môme les nations voisines, qui se conformèrent à nos sages coutumes, après avoir pris nos mauvaises. 11 y a dans TEurope cent fois moins de duels aujourd'hui que du temps de Louis XIII. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV, cli. xxix.)