XIX. — Hosties saignantes
Juifs et d’affermir la foi des prôtres et des fidèles. Ce prodige se répéta fréquemment et on le signale dans tous les pays de la chrétienté.
J’en ai fait le relevé d’après le baron de Sarachaga, qui a, avec beaucoup d’érudition, groupé tous les miracles eucharistiques dans une brochure intitulée : Les collections d’histoire et dart au Musée Eucharistique du Sacré-Cœur de paray-le-Monial ; Lyon, 1880, in-4. Seulement, au lieu de les classer par nationalités, je les ai disposés selon l’ordre clironologi(|ue, me contentant de compléter la série et d’ajouter quelques observations L
392. Déserl(Scylhie). S. Arsène, anachorète, doutant de la présence réelle, voit, à la ste messe, un ange couper un enfant, l’immoler et le mettre dans le calice; lorsque les autres s’avancèrent à la Table sainte, Arsène reçut seul la chair sanglante. Rosweide, Arsenius précepteur du grand Théodose ; Sunus, vie d'Arsène; Rosweide, liv. 5, ch. 18; Garel, Laghi, Corbin, 605, rair. XXX; Guitmundiis, livr. 3 de l'Eucharistie; Leuchtius, Garet, Bollandist., 19 juillet, p. 610.
vue siècle. Lanciano (Italie). Un moine basilien célébrant, l’hostie se convertit en chair. Le précieux sang se coagule en 5 petits globes qui se gardent dans l’église de S. François, rebâtie en 1636. Voir les monographies.
1057. Amalti (Italie). Un évêque d’Amalfi affirmait sous serment, devant le pape Eiienne X, que, pendant le saint sacrifice, l'hostie se convertit en chair et que ses doigts en furent teints de sang. Ainsi S. Pierre Damien, Baronius, Lampara, 1874, p. 113.
1171. Ferraie (Italie). Le prêtre Pierre, célébrant le saint sacrifice, à la fraction de l’hostie, un jet de sang jaillit jusqu’à la voûte de la chapelle qui fut transformée en basilique. Voir monographies, gravures du pèlerinage.
1. Le Dictionnaire critique des retiques se contente de cette simple énumération ;
<< Il y a aussi le sang miraculeux qui est sailli de plusieurs hosties, comme à Paris en l’église de S.-Jean-en-Grève, à S.-Jean-d’Angeli, à Dijon et ailleurs, en tout plein de lieux. Et afin de faire le monceau plus gros, ils ont ajouté le saint Canivet, dont l’hostie de Paris fut piquée par un juif, lequel les pauvres fous parisiens ont en plus grande révérence que l'hostie même » (Collin do Plancy, III, 289).
Un concile provincial de Cologne contient ce canon, que toute hostie sai. gnante doit être, selon le droit, renfermée et nullement montrée au public: « Si hostia transformetur in cruentam carnem seu sanguinem apparentem, occultetur penitus et omnino, juxta traditionem juris, nec populo (juomodolibet publicetur seu ostendatur ». Précaution prise contre le doute et l’irrévérence, en attendant sans doute la sentence épiscopale qui prononce l’auttienticité du miracle.
H8I. Italie. Hosties converlies eu chair et sang. Continuateur de Sigebert.
1181. Orléans. Un prêtre, célébrant la sainte messe, voit l’hostie se couvrir de taches sanglantes. A la nouvelle de cette merveille, la ville entière s’empressa vers l’église. Le roi de France Philippe-Auguste s’y transporta en toute hâte pour témoigner de son profond respect au S. Sacrement. Guito Brulo, De gestis Pliilippi Francor. régis, lib. I, Collection des historiens de France, tome XVII.
Le même chroniqueur ajoute que ce ne fut pas un fait isolé. Des miracles semblables eurent lieu dans le même temps en Bourgogne, à Rennes, à Vendôme, à. Arras. Idem ; Reuue du P. Tesnières, 15 nov. 1882, p. 559.
La revue allemande Zeitschrift fur Christliche Kunst (1897, pp. 193-206), a publié un article sur le Sakrarmm, qui contieut à Ausbourg le sang miraculeux, dont parient les Annalistes à l’an 1199 :
Augusiæ, mutatum est corpus Domini in carneam speciem, in cruentam carnem. Ad cujus rei novilatem non tara de propinquis regionibus quam et de longinquis partibus terre inultitudo ma.xima confluit et multa ibi Dominum miracula in laudera nominis sui operatur.
Sur le reliquaire contemporain on voit un prêtre à l’autel, tenant dans ses doigts l’hostie transformée en chair. Complété en 1346, on y lit ces inscriptions :
. Berchti)tdus,prepositus SancteCrucis indignus,suh quo facta est revelntio corporis et sanguinis Domini. — Anna ndlleno ter C XL quoque seno, hoc vas effecil Johan aurifaher oh honorem vivifice crucis, ut servet lis (tibi?) Criste cruorem.
1230. Breda (Hollande). Hostie trouvée dans une tourbière, à Niervaart. Lorsqu’on voulut prendre l’hoslie, elle commença de saigner. Manuscrit du musée de Paray. Pèlerinage institué, confrérie dite du S. Sacrement de Niervaart, 5 vitrau.\ à la cathédrale.
1240. Slain (Illyrie). Le prêtre Yorbernt célébrant le saint sacrifice, les saintes espèces se changèrent en chair et en sang; Berthold, patriarche d’Aquilée et Albert, prince de Goritz, allèrent voir ce miracle. Aventinus, livre 7 Annales ; Tesnière, no 192, p. 836.
1247. La Vera Itoma, 1897, n° 7, a raconté longuement le miracle de l’hostie conservée dans l’église de Saint-Etienne, à Santarem (Portugal). J’abrège son récit. Une femme du peuple, maltraitée par son mari, alla consulter une vieille juive, (|ui disait la bonne aventure, pour mettre fin à sa misère. Celle-ci lui affirma que, pour reconquérir les bonnes grâces de son mari, le seul remède était de lui apporter une hostie consacrée, qu’elle recevrait à la communion
et qui lui était indispensable pour détourner le mal. La femme fit ce qu’on lui demandait et, après avoir communié, elle cacha l’hostie dans sa mantille et courut aussitôt chez la juive. Mais, le long du chemin, l’hostie'répandit tant de sang que ses vêtements en furent inondés, au point de la faire arrêter par les passants surpris, qui la croyaient blessée. Arrivée chez elle, elle déposa l’hostie dans un vieux coffre qui se trouvait dans sa chambre à coucher. La nuit,son mari fut réveillé par la lumière et le parfum qui sortaient du cottre. Il le dit à sa femme, qui lui raconta le fait. Au jour le mari informa le clergé, qui vint en pompe chercher l’hostie, encore enveloppée dans la mantille, pour la transporter à l’église. Ordre fut donné de purifier le coffre : on recueillit le sang qui le couvrait à l’aide de cire, dont on ht ensuite un ciboire pour garder l’hostie miraculeuse. Quelques annéesaprès, le curé de S. -Etienne voulant montrer l’hostie au peuple, s’aperçut qu’elle était dans nne boule de cristal, d’un seul bloc, sans qu’on pût savoir comment elle y avait pénétré, sinon par miracle, comme un rayon de soleil traverse le cristal. La boule et le ciboire de cire sont actuellement dans un ostensoir d’argent doré, haut de 0.45 c., qui sert à l’exposition faite chaque année. L’hostie est blanche, avec une partie brune pour « la chair » et une autre « rougeâtre » à l’endroit du sang.
Le fait suivant, dont on n’a pas la date exacte, doit être reporté au moyen âge, car l’auteur écrivait en 1222.
Le prêtre impudique dont parle Césaire d’Heisterbach en 1222 (lib. 9, Iltusti . Miracul., c. 6), lit la même chose, prenant une hostie dans sa bouche eu vue de débaucher une femme qu’il aimait. Mais Dieu ne permit pas qu’il vînt à bout de son exécrable dessein et il rompit ses mesures de la manière que cet auteur le raconte en ces termes : « SedDomiuus tali ordine maleficia ejus impedivit. Cum exire vellelde ostioecclesiæ,sic sibi crescere videbalur ut laquear oratorii vertice pulsaret. Territus miser hosliam de ore suo extraxil et quia mentis inops erat, in angulo ecclesiæ eam sepelivit. Timens vero ullionem divinam super se venturam, sacerdoti cuidam sibi familiari confessus est sacrilegiura; qui simul ad locum accedenles, rejecto pulvere, non repererunt speciem panis, sed formam, licet modicam, horainis in cruce pendentis; erat enim caruea et cruenta »> (J. -B. Thiers, Traité des superstitions, II, 318).
1297. Gérone (Espagne). Hostiecouservée dans l'église extra 77m ros sous le nom du miracle de Sant Dupte. A l’occasion du doute d’un prêtre célébrant la messe, cette hostie se convertit en chair et sang, d’après le
procès qui se fit en 14o6. Gaspard Roig, Resumen de las grandesas de Gerona, ch. 88, p. 33'2; Lampara, 187:2. p. 68. L’hoslie se garde dans un reliquaire d’argent. Voir les indulgences et le parchemin qui l’accompagnent chargé des sceaux de six cardinaux.
1296. Roelingen (Allemagne). Des Juifs achètent des hosties consacrées et les dislribuent à d’autres Juifs qui les piquent et pilent en des mortiers, d’où sort grande abondance de sang. Bzovius, Corbin, p. 339.
xiiie s. Florefle, près Namur (Belgique) Une goutte de sang coule de la sainte hostie pendant la messe de S. Norbert •.
xiti' siècle. Assche (Belgique). Une hostie consacrée fut cachée dans 1e tronc d’un arbre {aulne), qui reverdit, ce qui attira un concours de peuple. Le propriétaire du champ fit abattre l’arbre. Les éclats tachés de sang retombent en forme de croix. — Voir les monographies. Image de dévotion, ibidem, — Procession annuelle, pèlerinage.
XIV® siècle. Andorra (Aragon). Hosties conservées. Après l’incendie de l'église, on retrouva les hosties brunies, couleur de sang. Dormes, Chronique d'Aragon; Roque, Facy, Lanuza, /list. eccl. d’Aragon, livr.5,chap. 32; P. Thomas Ramon, dans son livre sur \d Dcvolion au S. Sacrement, livr. 2, méd. 34, Rome, 1510; Lampara, 1870, p. 359. Fêle spéciale. — Les parcelles de l’hostie sont gardées dans un reliquaire en argent.
1330. Cracovie (Pologne). Les Juifs poignardent une hostie. Une voix gémissante se fit entendre. L’hoslie se trouva ensanglantée. Bzovius.
1331. RIanol (Bourgogne). Le jour de Pâques, la nappe de communion fut tachée d’une goutte de sang d’une parcelle d’hostie tombée de la bouche d’une femme. Voir les Procès -verbaux dans le liulletin d'histoire et d'archéologie de Dijon, juillet-août 1884, p. 50. L'hostie convertie en sang se garde encore.
1337. Deggendorf (Bavière). Hosties poignardées par des Juifs versant du sang. Nombreux miracles. Voir Ott, gravure Ott.
1338. Presbourg (Autriche). Des Juifs poignardent une hostie consacrée, d’où sort une grande abondance de sang. Benoît XII, pape, épîtres 49 et 294 au duc d’Autriche, lui mandant d’en tirer vengeance; Bzovius, Corbin, p. 345.
1350. Rome. Une hostie tombée à terre, à S. -Jean de Lalran, imprime son image dans la pierre. Le même prodige eut lieu à Ste-Pudentienne. Les deux pierres se conservent dans ces deux églises
1334. Gand (Belgique). Hosties ensanglantées, gardées chez les Augusiins. Trouvées par des moulons agenouillés, elles furent l’objet d’une procession annuelle jusqu’en 1579, où les Gueux les détruisirent. Schoutens.
1369. Bruxelles. S. Sacrement de miracle, à l’église de Ste-Gudule.Des Juifs, s’élant procuré des hosties consacrées, les percent de leurs poi-
1. 11 y a erieurde date, car S. Norbert vivait au xii* siècle.