XXII. — Notre-Dame de Cambron
M. Tli. Lejeune a publié, en 1803, dans la Revue de ÜArl chrétien, une notice très intéressante, intitulée ; Notre-Dame de Carnhroti et sa légende ; il en a été fait un tirage à part, Paris, Castermann, in-S" de pages, avec une planche lithographiée. Je ne retiens de ce travail qu’une partie de la chronique, préférant donner tout au long les documents iconographiques.
l.Dans la partie septentrionale de la commune d’Eslinnes-au-Mont, s’élève un oratoire consacré à la Mère de Dieu. On le désigne sous le nom de la Chapelle de Notre-Dame de Cambron. Celte chapelle doit son origine à un événement extraordinaire, qui se passa à l’abbaye de Cambron au commencement du xiv® siècle.
En 1306et en 1321, les Juifs, ayant été expulsés du royaume de France, se virent obligés de chercher ailleurs un asile et des moyens d’existence.
Un certain nombre de familles vinrent se réfugier dans les villes de l’ancien comté de Hainaut. A Mons, le comte Guillaume d’Avesnes, ditfe Bon, leur accorda l’hospitalité dans un quartier spécial, mais « à telle charge qu’en leur congrégation ilsseroienl contraints d’appeller quatre chrestiens pour y estre présents et voyeroient ce qui se passeroit. ‘ » Celle mesure produisit d’excellents résultats, puisque pendant plus de dix ans que ces
1 . Miracula quæ ad invocationem beatiss. Vû’ginis Mariæ apud Tungros, Camberones, etc.. Douai, 1606. — Lewaitte, Historiæ Camberonensis. Paris,
1672. — Carmoly. Histoire admirable de Notre-Dame de Cambron, Mons, 1760.
— A. Din.\u.\. Le Miracle de Cambron, dans les Archives du nord de la
inspecteurs surveillèrent les Juifs, ils n’eurent à signaler aucun acte reprehensible.
Les Juifs établis à Mons se livraient paisiblement à l’exercice du culte hebraiiue Peu d entre eux abjurèrent leur foi antique pour embrasser la religion chrétienne. L’histoire en mentionne un seul qui abandonna le judaïsme. Cette conversion, faite sans sincérité et par pur intérêt seulement eut pour son auteur de terribles conséquences. Le récit plus ou moins détaillé de ces faits se trouve dans beaucoup d’ouvrages d’après lesquels nous allons en rapporter les principales particularités.
Un juif demanda à être chrétien. Il fut admis chez un prêtre catholique qqi l’instruisit des mystères de la foi ; et, quand il eut acquis des connaissances suffisantes, on lui conféra la grâce du baptême La cérémonie eut lieu dans l’église de Sainte- Waudru. Placé sur une estrade, le juif renonça librement à sa religion, fit une profession de foi chrétienne et déclara qu’il était prêt à la soutenir au péril même de sa vie. Alors il fut vêtu de blanc et il s’avança vers les fonts baptismaux; il y fut tenu par le c^rate Guillaume le Bon, lui-même, qui lui donna son nom.
Le sort du juif Guillaume avait toujours été des plus déplorables , sa conversion n’améliora pas sa condition ; bien plus, il se vit abandonné des siens et il tomba dans une extrême indigence. Dans sa détresse, il implora la protection de la comtesse Jeanne de Valois, épo ise de Guilaume le Bon ; elle le prit à son service, et bientôt après, le comte de llaïuaut, son parrain, le promut à la charge de sergent ou d huissier de la cour de Mons .
Malheureusement, le sergent Guillaume ne tarda pas à fournir la preuve du peu de sincérité qu’il avait mise dans sa conversion au christianisme. Les devoirs de son office l’appelaient souvent à Ath; et, comme Il passait à Gambron pour se rendre dans cette ville, il avait pris l’habitude de s’arrêter à l’abbaye. Un jour de l’année 1322, qu’il allait remplir un devoir de sa charge à Hérimelz, il se reposa comme de coutume au monastère de Gambron, où on l’introduisit dans le quartier des étrangers. Dans une salle voisine, où il pénétra par curiosité, se trouvait une peinture représentant l’Adoration des Mage^. A la vue de l’image de la sainte Vierge, ce misérable devint furieux et proféra contre elle les propos les plus injurieux. Bientôt il rentra dans sa chambre à coucher et se jeta sur son lit pour s y reposer, mais il passa la nuit dans une grande agitation.
Le matin, sa rage redoubla cl il résolut de tirer vengeance de ce que la ère de Dieu, disait-il, avait interrompu son sommeil; il proféra de nouveau mille injures, mille imprécations. S i fureur allant toujours croissant, il saisit sa pique et perça le tableau de cinq coups dont trois à la face et deux à la gorge de l’image de la sainte Vierge. « A l’instant même,
Umnee Valenciennes, 1853, 3« série, t. II. - L. Devillehs. La Chapelle de i\olre-Dame de Cambron, à Mons, dans les Annales de l’Académie d’ archéolonie (le Belgique, Anvers, 18(i2, t. XIX.
disent lesauteurs de l’Histoire de Notre-Dame de Cambron, cette image vénérée donna du sang, ce qui effraya tellement le Juif, que, se trouvant hors de lui-mè;ne, à la vue de cette merveille, il fit du bruit à épouvanter tous les environs ». Un frère convers, Jean Mandidier qui travaillait de l état de charpentier dans la cour voisine, entendant les vociférations de ce forcené, accourut aussitôt, et il fut témoin de ce sacrilège ^ Armé de sa hache, il s’élance sur le Juif pour lui fendre la tête; mais un autre religieu.\, Malhieux de Lobbes, survient à l’instant, retient le bras de sou fière, et lui représente qu’il vaut mieux instruire l’abbé de l’outrage fait à la Mère de Dieu, attendu que lui seul a droit de justice dans l’abbaye .
t,’abbé Nicolas de Herchies et la plupart des religieux arrivèrent eu toute hâte et prirent connaissance des faits. Pendant qu’ils délibéraient entre eux sur ce qu’ils devaient faire, le coupable parvint à s’échapper.
Alors, l’abbé de Cambron s'empressa d’informer le comte de Ilaiuaut de cet événement; ce souverain refusa de requérir la justice seigneuriale, avant d’avoir obtenu l’avis du pape Jean XNII, qui résidait à Avignon. Les deux pTemiers témoins, le charpentier et son compagnon, furent députés vers le Souverain Pontife pour lui donner les détails du sacrilège. Ils rapportèrent à Guillaume le Bon les lettres du pape qui l’exhortaient à punir le coupable. A la demande de Nicolas de Herchies, celui-ci fut incarcéré. Interrogé par le grand bailli du Hainaut, le prévenu protesta de son innocence. On ordonna de l’appliquer à la question C’est inuti-