Ce nom varie; on l’écrit Manduyer, Mandidier, Mandiei'us
2. Le sacrilège et le miracle de Cambron furent chantés par un trouvère contemporain, et au moment où ils se passaient, les faits furent recueillis par un chroniqueur eu langue romane. Malheureusement, il ne nous estresté que des fragments de leurs œuvres. Voici comment le chroniqueur s’exprime au sujet de cet événement : « Premiers par li relation Joh. Manduvier qui vi que Wuillames li Juiwes feri V.cops à l’osteil de Camhron le ymagene de le Viergene Marie, il dit por certain qu’il vi de l’un de cops yssir une goutte de sang ».
De son côté, le poète parle ainsi :
« Et dist que l’image peinte Avoit li fauls .luifs sa pointe De sa glaive si cruellement Que sang en yssoit à présent. »
En 1792, un historien du Hainaut, l’abbé llossart, écrivait; « Les coups qu’il (le Juif) porta à l’effigie delà Mère de Dieu, quoiqu’il y ait plus de quatre cent cinquante ans, paraissent aussi récents que s’ils venaient d’être faits, mais les traces de sang s’effacèrent à la longue. »
3. Une gravure du xvii° siècle représentant les divers épisodes du sacrilège de Cambron, offre dans un médaillon la manière dont on a appliqué la question au Juif. Le patient a les mains liées par le moyen d’une corde passée dans une poulie fixée à la voûte d’une salle. Aux pieds on lui a attaché un poids assez lourd et les bourreaux l’enlèvent en tirant la corde qu’ils doivent lâcher ensuite pour que le torturé tombe tout à coup jusqu’à une faible distance du pavement.
lement qu’il fut torturé, car au milieu des douleurs, il persista à nier les faits qu'on lui imputait; et, comme l’accusation n’était soutenue que par un seul témoin, il n’y fut pas donné de suite, conformément à la loi criminelle qui exigeait l’aveu du prévenu pour compléter la preuve. Le juif fut donc relâché et rétab'li dans ses fonctions.
Mais la justice divine ne devait pas laisser impuni l’outrage qu’avait reçu la sainte Vierge à l’abbaye de Gambron. En 1326, quatre ans après ces événements, le ciel suscita un vieillard octogénaire pour venger l'injure faite à la Mère du Christ. Sur les bords du ruisseau qui baigne le village des Estinnes, s’élevait, à l’extrémité d’un clos, une humble chaumière habitée par un maréchal-ferrant, nommé Jean Lefebvre, dit Flamand. Cet homme était paralytique et gardait le lit depuis sept ans. Dieu lui envoya un ange, qui lui apparut deux fois pendant la nuit et lui ordonna d’aller à Gambron voir l’image de la sainte Vierge et de s’offrir ensuite à être le champion de Marie dans la lice. Le vieillard, croyant que tout cela n’était qu’un songe, ne se pressa nullement d’exécuter les ordres qu’il avait reçus. Néanmoins, il consulta son curé sur ce qu’il devait faire; celui-ci lui conseilla d’attendre un troisième commandement du ciel. Le paralytique ne larda pas à le recevoir. La nuit suivante, la sainte Vierge elle-même se montra au vieillard, couverte de cinq plaies et aussi de sang. Elle lui dit : a Jean, mon amy, lève-toi, tu es guéryet sans délay va-t’en à l’abbaye de Gambron, et là voiras mon image cruellement navrée d’un fenéant Juif, comme présentement lu vois en moy, et de là tost après iras en la villede Mons, où commanderas quele Juif soit recherché et le combat tenras, car il faut que par loy la justice divine soit accomplie » A ces paroles de Marie, Jean Lefebvre se leva avec transport; il avait oublié entièrement ses infirmités. Dès quele jour fut venu, le vieillard n'hésita pas à se mettre en route, au grand élonnement de ses voisins. Arrivé à l’abbaye de Gambron, il y fut accueilli avec bienveillance par l’abbé Nicolas de Hoves, successeur de Nicolas de Herchies. Son premier soin fut de remercier la sainte Vierge de la mission dont elle l’avait chargé; prosterné la face contre terre, il protesta qu’il était prêt à combattre le juif sacrilège et à faire le sacrifice de sa vie pour Gelie dont la puissante protection lui avait évité une mort certaine dans son enfance, car, dit la chronique, ayant un jour été aspdiyxié dans l’eau, il échappa à ce péril par le secours de Marie que ses parents s’étaient empressés d’invoquer.
i. Le trouvère s’exprime ainsi :
« Au lit de cetti vint tout droit,
O il endormis se gisoit.
Notre-Dame si l’appella;
Bien amy Jehan ceur t’en va A Gambron tost vir mon image.
Qui navrée est au visage- »
De Cambroii, le Flamand se rendit à Mons pour solliciter du comte de Hainaut la permission de combattre le Juif en champ clos....
Lorsque le vieillard des listinnes arriva à Mons pour rechercher son adversaire, le comte Guillaume était dans scs Etats de Hollande; le grand bailli de Hainaut, Robert de Manchicourt, reçut Jean Lefebvre et prit connaissance de l’apparition. Une confrontation eut lieu entre le Juif et le champion de Marie, et malgré toutes les Instances du grand bailli, le sergent Guillaume persista dans ses dénégations. Alors le Flamand lui dit : « O traître, viens çà ; toi qui as eu l’infamie d’insulter l’image de la Mère de Dieu, viens dans la lice, et je ferai connaitre ton sacrilège au peuple, comme un miroir le mettrait en lumière ». l.’enfant d’Israël, qui avait une taille de géant et qui était doué d’une force extraordinaire, méprisa la provocation qui lui était faite. Aussitôt le vieillard, qui ne pouvait plus se contenir, jeta à terre son gant. Le juif le releva rapidement, et donna un soufflet à son provocateur; celui-ci endura cet affront avec patience.
Cependant le grand bailli, voulant comprimer l’ardeur du vieillard, lui dit : « Ecoute, Jean, modère-toi; prends du sergent or et argent, j’y consens »T Le flamand repartit : « Dieu m’en garde! Monseigneur, je garderai ma foi; fl d’or et d’argent, champ de bataille sans tarder ». Robert de Manchicourt, voyant qu’il ne parviendrait pas à vaincre l’opiniâtreté de Jean Lefebvre, assembla son conseil : une sentence de la haute justice du comté de Hainaut autorisa le recours au jugement de Dieu; néanmoins le duel judiciaire fut différé jusqu’au retour du souverain. Dans cet intervalle, le Juif fut incarcéré dans les prisons du château de IMons.
Lorsque le comte fut de retour, il désigna lui-même l’endroit du combat: c’était un pré contigu à son parc, sous le rempart de la porte de ce nom, à Mons. Les deux champions, avertis du jour de la lutte fixée au mardi 8 avril 132G,s’y préparèrent chacun de son côté d’une manière bien différente : le vieillard par la prière, qui est la plus forte de toutes les armes; et le juif par des onguents, dont il se frotta le corps pour se rendre plus agile.
A l’heure indiquée pour le combat, le comte de Hainaut parut avec toute la noblesse. Une foule immense, attirée par la nouveauté du spectacle, entou" rait l’arène, qui était fermée de tous côtés pour empêcher toute intervention entre les combattants, et pour rendre impossible la fuite de Fun et de l’autre. Bientôt les deux champions entrèrent en lice, armés chacun d’un bâton et d’un bouclier, les nobles pouvant seuls, à cette époque, se servir de l’épée. Le vieillard des Estinnes s’était revêtu d’un sayon blanc, parsemé de croix rouges; le juif s’était affublé du costume de ceux de sa nation, et avait garni son bouclier de clochettes pour se moquer de son adversaire.
Au moment où le juif entra dans l’arène, un chien noir le suivait ; « et faut croire que ce fut le diable, car, y arrivant, le vieillard, comme il se
fut signé de la croix, prenant eau bénite et priant dévoiement, soudain le chien s’esvanouit et ne sceut ce, qu’il devint.»
Au signal donné par le grand bailli, le combat commença. Le vieillard portale premier coup si adroitement, qu’il fit sauter au loin le bâton des mains du Juif; un second coup déchargé avec violence le renversa, et sa mort paraissait inévitable quand le comte de Hainaut ordonna de sonner la retraite. La cause était décidée, le sacrilège avéré. On s’empara du coupable qui fut enfermé dans une étroite prison, jusqu’à ce qu’on eut statué sur son sort. Le souverain ordonna qu’on dressât une potence sur le rempart du parc, vis-à-vis le lieu du combat. Le juif y fut traîné à la queue d’un cheval ; puis, il fut pendu par les pieds, et durant qu’un bûcher allumé sous son corps le consumait, deux chiens affamés déchirèrent ses entrailles.
Après le combat, le vieillard vint à la chapelle de Saint-Pierre, située près de l’église de Sainte- VVaudru ; il y fit son action de grâces, et fut ensuite reçu par le comte de Hainaut et par ses officiers.
Guillaume le Bon fit, nu-pieds, le pèlerinage de Cambron, où s’était aussi rendu Jean Lefebvre pour remercier la sainte Vierge de la victoire qu’il avait remportée sur le juif sacrilège. Il y laissa comme souvenir le bâton et le bouclier dont il s’était servi pour la lutte.
D’après la liturgie catholique, on fait amende honorable aux Saints dont les images ont été profanées. En vertu de cette règle, l’abbé de Cambron, Nicolas de lloves, sur la proposition du prieur de cette maison religieuse, nommé Ive, résolut d’ériger un autel à la Vierge du monastère. Il chargea ensuite le vieillard des Estinnes de se rendre à Avignon pour raconter au pape les circonstances du duel judiciaire et solliciter des indulgences pour les fidèles qui visiteraient Notre-Dame de Cambron. Jean Lefebvre s'acquitta de sa mission avec succès. A son retour aux Estinnes, les habitants le reçurent avec des transports de joie; il fut résolu que, chaque année, un pèlerinage aurait lieu, et qu’on se rendrait régulièrement à l’abbaye de Cambron, en passant par la chapelle érigée au lieu du champ clos à Mons, le troisième dimanche après Pâques, époque à laquelle les religieux faisaient une procession commémorative du combat judiciaire du 8 avril 1326. Les moines faisaient bon accueil aux villageois des Estinnes, et ils les hébergeaient. Ce voyage pieux eut lieu jusqu’à la Révolution française; les vieillards de l’endroit en ont conservé le souvenir. Les pèlerins se faisaient accompagner d’un valet ou bedeau, grotesquement costumé, qu’on nommait le sot de Cambron. Un autre personnage, vêtu d’habits blancs parsemés de croix rouges, figurait Jean Lefebvre, le vainqueur du juif sacrilège.
2. Le miracle de Cambron a servi de matière, pendant plus de cinq siècles, à la poésie et à la prose romanes, à la poésie latine, aux écrivains modernes, à l’architecture, à la gravure et à la peinture. Nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs des fragments de 1a poésie du Trouvère et de
la prose de l’ancien chroniqueur, qui s’occupèrent du sacrilège commis par le juif Guillaume.
Des poêles latins s’occupèrent également du miracle de Gambron. En 1639, Philippe Hrasseur, écrivain montois, le chanla en vers héroïques sous ce titre: Diva Virgo Cambet'nnensis. Dans le même siècle, le père Quentin du lloy, bénédictin, en lit une tragédie en vers latins, qui fut représentée, en 1665, au collège de Grandmont, dans la Flandre.
Au commencement du siècle suivant, messire Claude-François Doyen, prêtre-curé de Trévillers, au comté de Bourgogne, a raconté brièvement les faits du sacrilège dans un poème de sa composition, imprimé à Einsidlen, en 1701, dans l’imprimerie particulière de la célèbre abbaye de JNotre-Darne des Ermites.
Trois chapelles furent élevées en l’honneur de Notre-Dame de Gambron. En 1328, Ive de Lessinnes, lÿ” abbé de Gambron, fil construire une chapelle au lieu où était peinte l’image de la Mère de Dieu, profanée par le juif Guillaume, et l’on y conserva longtemps les armes du vieillard vainqueur. .leanne de Valois, épouse du comte Guillaume le Bon, fonda, devant l’autel de cet oratoire, une lampe ardente nuit et jour perpétuellement, et y affecta des rentes à Ath.
Les habitants de Mous bâtirent sur le lieu même du combat, une chapelle qui fut consacrée à Notre-Dame de Gambron. Quelques années plus lard, ce sanctuaire de Marie fut agrandi au moyen des libéralités d’une noble dame; enfin, sous l’administration de Jean-Antoine, 29® abbé de Gambron, cette abbaye pourvut aux dépenses de sa reconstruction. Ge prélat fit graver sur une pierre, placée au-dessus de la porte d’entrée, l’inscription suivante;
EN I.’AN DE GRACE MCCCXXVt, AVINT LE COMBAT EN CE LIEO DE JEAN LEFEBVRE, SARTIER, RÉSIDENT LORS AUX ESTI.NNES ET GUILLAU.ME LE JUIF POUR LEQUEL MIRACLE ET l’hONNEUR DE DIEU ET DE LA VIERGE MARIE AT ESTÉ ÉRIGÉE GESTE CHAPELLE l’an 1550.
Le 26 mal 1554 , le légat apostolique accorda des indulgences de sept années et d’autant de quarantaines, pour chacune des fêles de la sainte Vierge.
La chapelle de Notre-Dame de Gambron, à Mons, fut visitée par de nombreux pèlerins qui y déposaient leurs offrandes. Un receveur particulier fut commis à cet autel, et il rendait compte au magistral de la ville. Les bijoux et les pierreries dont il s’enrichissait de plus en plus étaient d’une grande valeur. On en fit un reliquaire, qui fut enlevé par des voleurs, avec d’autres objets précieux, le dernier samedi de septembre 1559.
Le 1er mai 1584, cet oratoire fut consacré à la sainte Vierge et à saint Louis par Louis de Berlaimont, archevêque de Gambrai. Gc prélat octroya des indulgences en faveur de cet autel. Six ans après, une messe y fut fondée pour le repos de l’âme de la veuve de Gilles Devergnies. En 1623,
l’archevêque Vanderbuch ajouta des faveurs nouvelles à celles qui avaient été accordées par son prédécesseur.
Une congrégation pieuse y avait été érigée à une époque très reculée ; le pape Innocent Xll la confirma par bulle du 16 juillet 1691.
La chapelle de la porte du Parc était encore très fréquentée au siècle dernier. Elle était parfaitement entretenue, et possédait de bonnes orgues; les membres de l’Académie de musique de la ville de Mons y chantaient une messe tous les samedis.
Lors de la suspension de l’exercice du culte catholique, à l’invasion des armées républicaines, ce modeste oratoire fut confisqué par les lois françaises. Il fut vendu en 1798, et fut bientôt démoli, après qu’on eut enlevé le bois, le fer et le plomb.
Un seul objet fut conservé, c’est la statue de la Vierge miraculeuse qui en décorait l’autel ; elle est aujourd'hui placée dans l’église de Sainte- Élisabeth, à Mons.
Indépendamment de ces deux sanctuaires dédiés à Notre Dame de Gambron, il existe encore à Eslinnes-au-Mont une chapelle sous l’invocation decette même Vierge. Selon la tradition, elle s’élève sur l’emplacement même qu’occupait jadis la maison de Jean Lefebvre, le vainqueur du juif Guillaume. Une inscription, grossièrement gravée sur un grès encastré dans le mur du vestibule de l’or.atoire et que nous n’avons pu déchiffrer qu’en partie, nous fait connaître l’époque où l’on construisit cet édifice. Voici ce que nous avons relevé: chest capelle fvbati l’an 1583...
3. A l’époque du miracle de Gambron, des fabriques de tapis tissésexistaient déjà à Arras et dans plusieurs localités de la Flandre. Selon l’Histoire de l’abbaye de Gambron, par Antoine Lewaitte, ces manufactures s’emparèrent de ce sujet et exécutèrent des tapisseries représentant les diverses scènes du sacrilège commis dans le monastère et de la répression de ce crime.
Versie même temps, la gravure commença également à reproduire la scène principale que les échevjns des Estinnes et de Bray adoptèrent pour emblème distinctif de leur sceau commun. Ce sceau ayant été perdu ou détruit en 1572, lorsque les troupes du prince d’Orange livrèrent aux flammes et au pillage les églises et le greffe échevinal de ces villages, le grand bailli de Hainaut, par octroi du 27 février de l’année suivante, autorisa les échevins à en faire graver un autre, dans la forme du précédent, mais avec le millésime 1573. Nous avons retrouvé plusieurs empreintes de ce dernier sceau. L’une d’entre elles, en cire verte, est appendue à un acte passé devant les maieur et échevins des Estinnes et de Bray, le 15 novembre 1656. Malheureusement, elle a subi des brisures dans une partie de son pourtour ; et dans l’étaf où elle se trouve, nou.s ne pouvons reconstituer la légende qui s’y lisait. Du reste, on y voit parfaitement le juif Guillaume qui, transporté de rage à la vue de 1 image de la sainte Vierge, lui porte à la face un coup de pique.
L’histoire de Notre-Dame de Cambron est perpétuée dans plusieurs gravures différentes et publiées à diverses époques. En 1594, parut la plus ancienne que nous connaissions. Elle a pour titre : Histoire du miracle fait en l'image de Nostre-Dame de Cambron l’an 1320, le S avril. Cette gravure est l’œuvre d'Adrien Collaert. Elle représente au centre, dans un grand médaillon, le sacrilège commis envers l’image de Notre-Dame do Cambron, et dans douze autres médaillons, les divers épisodes qui se rapportent à cette profanation. On y voit les armes des deux abbés de Cambron. Au bas se trouve l’explication de la gravure.
Au commencement du xvii' siècle, un graveur d’Anvers, Théodore Galle, s’occupa également de ce sujet. Sur les indications du savant évêque Aubert Le Mire, il en dressa 14 estampes qui parurent sous le titre suivant : llistoria B. Virginis Camberonensis , iconibus illustrata, studio Aub. Miræi. Theodorus Gallæus excudit, Antverpiæ, 1667.
Enfin l’histoire de Tabba^e de Cambron, publiée par Antoine liewaitte, renferme une estampe à peu près analogue à celle d’Adrien Collaert. Les scènes n’y sont qu’au nombre de huit.
4,. Quatre curieuses peintures furent exécutées pour représenter l’histoire de Notre-Dame de Cambron. Selon toute probabilité, la première date du milieu du xvi® siècle ; elle décorait autrefois la chapelle de la I>orte du Parc, à .Mons. Vinchant en parle en ces termes : « Outre ce, se voit en ladite chapelle, le Mémorial du susdit miracle arrivé en ce lieu, tant en peinture qu’en verses ». Ce Mémorial était partagé en seize corapartimens offrant chacun un dessin ; au-dessous se trouvait une explication en vers que nous reproduisons textuellement :
Peuple endurcy, en regardant Arresté-vous chy ; voierez-las !
Comment Jésus le tout souffrant Endure blasme sans compas.
Le convers de Dieu inspiré Reqiiy de Home le voyaige Qui fuit par l’abbé conféré Pour au pape conter l'outraige.
Régénéré fut le méchant Du Saint-Esprit, mais vomiture Semblant le chien, n’abandonnant Retire à soy vieze nature.
A leur retour, vont présenter Luy et le carpentierla lettre Que le pape vut dispenser Au comte de Haynaut leur maistre.
Pour plus auplain bien démonstrer Que de Marie point de visaige 11 ne veut veoir ny honorer De son derrière luy faithommaige.
En l’an rail ccc et vingt six Advint cecy huictiesme d’apvril Qui est le iour et l’an préfix Que gens meschans font de péril
Un Carpentier laiant perchu Veut prendre du traistre vengeance Mais un convers l’a retenu Puis vont dire à l’abbé l’olTence.
Pour de son vice estre pugny Qui commande l’appréhender Car n’appartient d’estre impugny, Sv doit soudain mort endurer.
I Droit au bailly fut amené Pour du commis dire raison ■ , A quoi ne sieut ; exterminé Par le combat fut le garson.
Pour le malade consoler L’ange apparut, advertissant Qu’il convenait sans plus doulter De soy monsirer obéissant.
Hors la porte du Parcq Fut le camp et spectacle Où le juif fui exterminé Et vaincu par divin miracle.
Jean Le Febvre tint à mercby Le Juif qui cognent son oulraige Mit ccc ei vingt six aussy Receist de son service gaige.
Par deuxfois fut admonester La Vierge un chartier aux Estinnes Pour l’aller du Juif la vengier Au nom des puissances divines.
11 se leva bien raidement A Cambron alla veoir l’imaige Puis vint à Mons, où franchement Présenta au traistre son gaige.
Par le comte fut ordonné Pour mieux recevoir son salaire Qu’à gibet il serait traîné Pour estre d’auliruy exemplaire.
Entre deux grands chiens affamés Fut pendu en dessus la flamme.
Sa teste en bas, pieds eslevés ; Ainsi morut le traistre infâme.
Dans son article sur le miracle de Cambron, M. Arthur Dinaux donne les détails suivants sur. l’origine de deux autres peintures qui datent, l’une de 1587 et l’autre de 1620.
« En l’année 1587, Antoinettede Maulde, fille de noble homme Léon de Maulde, religieuse professe au couvent de Marquette, près Lille, était affectée d’une infirmité. Depuis sept ans la science s’était exercée vainement à lui rendre la santé ; son état paraissait être devenu chronique et désespéré. N’ayant plus d’espoir dans les ressources humaines, Antoinette implora les secours divins, et elle s’adressa à Notre-Dame de Cambron. Ce pèlerinage réussit ; elle guérit et elle recouvra une si parfaite santé que son abbesse, Marguerite de Bachimont, étant décédée le 11 mai 1596, elle fut élue à sa place le 4 août de la même année, et gouverna l’abbaye de Marquette jusqu’au 2 décembre 1609. Sa reconnaissance pour la Vierge de Cambron la porta à faire exécuter un tableau qu’elle fit suspendre à sa chapelle en forme à'exvoto, et il portait l’inscription suivante qui donne la description du sujet d’une manière assez peu poétique, j quoiqu’en vers ;