‹ Œuvres complètesChapitre 20 sur 215 · Abbrescia, p · texte numérisé non relu

Abbrescia, p

3. M. L. Cloquet veut bien m’écrire à ce propos : « La comparaison que Languerant établit entre l’église de Bari et celle de St-Jean, h Gand, se rapporte à la crypte. Celle de Gand est toutefois postérieure à celle de Bari, mais probablement d’une disposition fort analogue. L’église de St-Jean (Baptiste) de Gand, n’est autre que la cathédrale de St-Bavon ; elle a changé de vocable depuis qu’en 1539 l’antique abbaye de St-Bavon, détruite par Charles Quint, fut sécularisée et transférée à St-Jean avec son chapitre, u Le môme archéolo-

(( Car, sur cescun costé du cœur, il y a deux montées de pierres, lesquelles sont fort somptueuses et larges, pour descendre bien aise iiij personnes de front à chalcune et sont de marbre blanc et sont apoiés aussy de lad. pierre et y a xxi degrés pour descendre jusques à riiuis dud. cœur, lequel est desoubz le principal cœur et puis on en descend environ v ; adonc on est en la propre place ou repose le corps dud. S. Nicola, le glorieux confès, dont yl appert qu’il y a enssamble par cescune montée xxvi degrés ». Gomme au xv* siècle, on descend encore par deux larges escaliers, à la crypte, qui est placée sous le chœur principal et fermée par deux huis. Je n’ai point compté le nombre des degrés, mais il n’a pasdû varier notablement depuis le xv® siècle ; en l’indiquant, Languerant n a d autre but que de montrer la profondeur de la crypte.

« Led. cœur est fort beau etgrand et assès sur la fachon du cœur de bas, comme dict est, de l’église S. Jehan en la ville deGand, voire sans avoir issue sur rue ; car le cœur de l’église dud. Gand a yssue sur rue et ced. cœur n’a yssue sinon en lad. église ». Le chœur supérieur est très vaste, puisqu’il embrasse l’abside et le transept; en bas, il est au contraire plus restreint et 1 autel se présente immédiatement après l'abside : il est précédé d’un espace assez étroit, clos par une balustrade. Mais cette disposition peut être moderne. La crypte n’a pas, comme à Gand, de sortie au dehors ; ses ouvertures donnent exclusivement sur l’église.

« Nous venusembas.on nous monstra ungpilier, lequel est rouge,

lequel je tiengz estre de paincture et dict on qu’il fut amené, comme dict est, avec led. corps et drap, lequel est en paincture, par les beufz miraculeusement en lad. église. Lequel est enclos de fer et y a ung huis pour entrer dedens ». Le pilierest toujours a la même" place, environné d’une grillede fer, peu élégante. C’est bien du marbre, une brèche rouge. Quelle drôle d’idée de le supposer peint ! Vient-il d’Urient ? Je n’en ai aucune preuve ; toujours est-il

aue dans une brochure intitulée : L’excursion de la Gilde en 1S75, «ruges, Æt 1^4» PP- 8-1^. ‘lécrit en détail l’église de St-Uavon, qui « a subi des

canko i iàlions nombreuses de la primitive chapelle de Sl-Jean, loiidee au

X. Scie il n’est plus resté de traces. Elle fut reconstruite dans le couis du îm- siècie de 1228 à 1^76. C’est alors que fut bâti le chœur actuel, ainsi que la crypte, 'celte magnifique église souterraine, avec scs voûtes imposantes, elle seule a clé conservée à pen près intacte ».

qu’il no doit pas compter parmi les marbres que les Romains tiraient de cette contr('^e. Il est probablement d’extraction italienne; la carrière primitive pourrait être recherchée. J’ai vu des brèches rouges à Spello et Spolète ; le chemin de 1er traverse des gisements considérables de ce marbre.

« Et dict on que une personne quy serait en pechez mortel n’y polvoit entrer ; mais je n’y entrai pas. Lequel pilier est emmy lad. place sur la bonne main. » Ce pilier est, au milieu de la crypte, à main droite ; sa grillele serre de si près qu’il seraitdihîcile d’entrer dans cette enceinte.

« Emmy lad. place, là est l’autel dud. S. Nicolas ’ens, auquel autel le corps du glorieux St est et est led. autel enclos de fer, comme en l’église St-Géry en A^alenchiennes, l’autel St-Roch ». Nouveau terme de comparaison avecune église delaFlandre. On peutse faire une idée de la clôture de fer par le grillage du xiii« siècle que l’on voit à Assise, dans l’église St-François et, à Rome, à l’oratoire du Saint des Saints.

« Et entre le fer et led. autel, sur la main gauche, yl il a ainssy comme des basses formes et par devant ung bas estapleau, pour y asseoir iij ou iiij presbstres ; auquel lieu on y chante vespres et grande messe ». Les stalles, fort peu nombreuses, vu le peu d’espace, sont munies en avant 'de ban(juettes pour les chapelains; c’est là que se chantent les offices.

Le reste du texte se réfère à l’autel et à la manne. L’autel est recouvert d’argent et creux : les deux volets, qui permettent de voir à 1 intéiieur, ne se ferment pas à clef. On a alors sous les yeux, à terre, c est-à-dire au ras du sol, un trou clos paruncouvercle de laiton, marqué d’un Christ en croix, ce que contredit formellement le grand disque d’argent que j’ai trouvé à cette place et qui remonte au poütificatd’Urbain II : «Led. autel est garny d’argent tout authour et, par devant, y a comme deux feuilletz, lesquelz ne ferment à la clef. Etquandles deux feuilletz sont ouvertz, on œuvre encoire parterre comme unegrande sallière dont le couvercle est de layton, ouquel y a ung crucifix. »

Parle trou que ferme ce couvercle, on regarde au dedans de la tombe, qui demeure obscure tant qu’on n’y descend pas une lumière. « Et par led. trou ou pertuis, lequel est environ aussy grand

T. XIV

— ,‘iO —

comme ma paulme, je regarday pour ciiidier voii' lcd. corpz du glorieux S. Nicolas ; mais on n’y percoipt rien, sy non quand on descend de la chandelle. Alors on percoipt tout embas ainsy comme une lamperendant grand clareté, laquelle est plaine d liuylle. )) Ce dernier passage n’qst pas précisément clair. Comment se fait-il (lu'on ne voie pas dans le tombeau, puisque au fond il y a comme une lampe qui éclaire ? Si elle luit si vivement, pourquoi sa clarté ne monte-t-elle pas jusqu’.à l’orilice supérieur? Puis est-ce bien une lampe? En disant comme une lampe, le voyageur semble apposer une restriction à sa pensée. Et s’il n y a pas de lampe, qu'cst-ceipii brille ainsi?

Cette huile, ditemanne, se distribuait alors dans de petites fioles. Languerant en eut trois pour sa part, mais son compagnon en leçut douze de l’évêque. « El là dessoubzesl lecorpsdud. S. Nicolas. lequel rend lad.huylle, laquelle s’appelle manne, de laquelle on en donne à cescun pèlerin une ampoulelle, dont, pour ma part. je troinav la manière d’en avoir trois. Et après, Mous, de Reubempret et moy allasmes par devers l’évesque, à cause de ce que led. ne scavoit pas ung mot de latin et fis tant auprès dud. évesque que led. S*- de Reubempret en cuit Xll ampouletlos, pour sa part, de lad. manne. On m’en donna tant sur mesjeulx comme sur mes bagues, lesquelles j'avoys rapporté de lliérusalem et aussy aux aultres comme est la coustume. La table d’autel, làoùreposele corps dud. S. Nicolas, est toute d’argent ». {Annal. archéoL, t. XXll, pp. 139-140).

Ainsi c’étaitdone la coutume, outre Vampouletle que chacun cmporlait, de faire oindre de celte huile les objets de piété que Ion avait avec soi. Je ne sache pas que ce pieux usage ait persévéré jusqu’à nos jours.

Page 1