‹ Œuvres complètesChapitre 25 sur 215 · GO · texte numérisé non relu

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A cela on peut adjousler qu’elle ne se produit point, non seuleraen quant à la cause principale, ainsi que nous avons dit, mais aussi quant à la manière de la production, ainsi que les eaux naturelles, comme nous monstrerons.

Comme donc le ciel cristalin, encore qu’il aye quelque apparence de l’eau pure, est néantmoins en soy une chose bien plus parfailte : ainsi quoy que cette manne soit claire et fluide, elle est néanmoins d’une nature et substance bien plus excellente que l’eau naturelle; c’est pourquoy il semble qu’on peut conclure que ce n’est aucune des liqueurs que nous connaissons et que produit la nature, mais une substance estrangère et produite par une vertu surnaturelle, que Dieu a infuse et comme imprimée au corps de S. JNicolas, et partant qu’on ne peut dire clairement et proprement ce que c’est.

Nous en pouvons dire tout de raesme de nostre miraculeuse liqueur. C’est pourquoy les autlieurs ne luy pouvans donner de nom qui convienne proprement à sa substance, luy en ont donné plusieurs, qui peuvent signifier ses effets miraculeux; et de pareille façon que la manne, que Dieu faisoit tomber autrefois au désert pour la nourriture de son peuple, fut appelée pain, parce qu’elle nourrlssoit, et l’eau qui sortit miraculeusement d’un rocher pour son breuvage fut appelée miel, à cause qu’elle avoit une douceur agréable comme celle du mie! ; ainsi, outre que la liqueur du corps de saint Nicolas a pu estre appelée huile autrefois, à cause de l’apparence qu’elle en avoit en l’un des deux costez, par lesquels elle couloit à Myre, aussi l’a-t-on peu appeler dés lors, et depuis que ce saint corps est à Bari, où elle se tire de son sépulchre, qui est sous un autel, par le moyen d’une éponge, avec la seule apparence d’eau, de ce même nom, ou de celuy de baume ou d'onguent que d’autres luy ont donné à cause qu’elle opère, quoy que par miracle, quelques effets pour diverses infirmitez du corps humain, qui ont du rapport à la vertu de ces choses, adoucissant les douleurs ou confortant les membres.

C’est ainsi donc que l’empereur Emmanuel Comnène,en la constitution touchant les festes, l’appelle unguent: Sancirnus, dit-il, ut dies sextusdecembî'is ferialis sit propter cetebrem in miraculis et unguenUs scaturientern Nicoluum. Et un archevesque de Myre, appelé Méthodius, qui vint à Bari l’an mille cinq cens vint, en une attestation (Béalille la rapporte en la Vie de saint Nicolas, liv. 7, chap. 13; qu’il fit par escrit, touchant la miraculeuse colonne dont nous avons parlé en la vie de notre saint prélat, luy donne plusieurs fois, l’épilhette et titre de Myroulite, qui donne ou rend de l'onguent. Mulius Sforza, en ces vers pris de ses hymnes sacrez, l’appelle baume:

Hue ades, mitra, Nicolue, fulgcns.

i>ivc te cœlum tenet, aul revisis barium,

Sudant tua qua salubre balsamon ossa.

Et pour signifier son excellence, Pierre Ange Bargée n’a point fait de

difficulté de luy donner le nom d'ambrosie en sa Siriada, où il descril ainsi l’église de St-Nicolas de Bari :

In mcdio sacram lextudo intercipil urnam Aurea, quæ divx cineres atque oxsa sepulti Complexa, ambrosium summa de xnarmox'e fxmdit (Mira qxiidem sed certa fuies) injussa liquorem.

Mais le plus commun et le plus ordinaire nom qu’on luy donne maintenant est celuy de manne, et véritable il luy vient bien à propos (puisque sa substance nous est étrangère et inconnue), car c’est celuy que les Hébreux donnèrent à cetle viande céleste que Dieu leur faisoit pleuvoir, laquelle ils ne scavoient que c’estoit; c’est pourquoy la voyant ils disoient comme par admiration ce mot xnanne qui signifie : Qu’est-ce que éela?

Et il semble qu’en l’hymne de saint Nicolas qui se chante en l’église de Tolède il soit fait quelque allusion à ce qui est de cette substance qui nous est inconnue, par ces vers : Ciijus tiimba, etc.

Encore que celte saincte manne soit miraculeuse quant à la cause qiii la produict, et aussi en soy en ce qui est de sa forme et substance, il ne s’ensuit pas pour cela qu’elle soit faitte de rien par une nouvelle création, Dieu se pouvant servant servir en semblables opérations extraordinaires de sa toute-puissance de quelque matière, et il n’est pas à propos que nous supposions en ce miracle une chose que les saintes écritures et les théologiens pour l’ordinaire ne reconnaissent point aux miracles, à scavoir quelque nouvelle création.

Pour donc résoudre avec plus de probabilité quelle peut estre cette matière de la manne de saint Nicolas, il faut considérer qu’en telles opérations de Dieu, quoyque miraculeuses, il se sert pour l’ordinaire de ce qui est plus connaturel et proportionné aux choses qu’il veut produire, car les miracles ne destruisent pas, mais plustost perfectionnent la nature; ce que supposé, si nous considérons les qualités qui paroissent en noslre miraculeuse liqueur, qui la rendent semblable à de l’eau naturelle, il semble qu’il n’y a point de matière qui luy soit plus proportionnée que celle de l’aer qui se change plus facilement en eau qu’aucune autre chose, et partant qu’on pouroit dire qu’en sa production. Dieu s’en sert pour matière, et qu’au défaut des causes naturelles qui peuvent changer l’aer en eau, avec un miracle de sa toute-puissance, il fait changer continuellement l’aer qui environne les sacrées reliques de saint Nicolas par une vertu secretle qu’il leur communique pour cet eflect, en celte sainte liqueur. . .

Le très dévot Jean Lansperge adjouste à cela, et va méditant que par celte manne avec l’apparence d’huile qui signifie la miséricorde, Dieu nous donne à entendre que nous l’obtiendrons de luy, si nous la luy demandons par l’intercession de ce miséricordieux prélat : « Gum Nicolaus dit-il, en un sermon qu’il a fait de luy, sepultus corpore fuisset, circa ejus caput fons cœpit scaturirc olei, quo in vita virum raisericordiarum fuisse

illiim Deus palani omnibus faceret, alqnc in nocessitalibus et tribulalioiiibus nostris, se per illius intervenlionem invocandum docerct : congruum namfpie est misericordiam a misericoi dissimo Deo inlercessione viri miseiicordiarum impetrari i» .

Mais nous ne pouvons pas avoir un plus asseuré tesraoignage que Dieu nous a vouiu donner en celte miraculeuse liqueur, un symbole qui nous signifie les vertus denoslre grand saint Nicolas, que la révélation que le mesme saint prélat en tist à sainte Brigide.

Celle sainte et dévoie pèlerine estant allée visiter son sépulcbre à Bari, comme elle s’y fut recueillie en une profonde médilation sur ce miracle que Dieu y opère continuellement, et des raisons de sa divine providence en iceluy; elle fut ravie, et lors saint Nicolas luy apparnsten forme d’un personnage plein de gloire et majesté, distillant de toutes parts un buile précieux, et exhalant une céleste et suave odeur, et luy dit : « Ego sum Nicolaus episcopus, qui appareo tibi in lali specie sicut disposilus cramin anima, dum vivebam ; nam omnia membra mea ita babilitata et tlexibilia erant ad servitium Dei, sicut res uncta,quæ tlexibilis est ad opus possidenli«, et ideo laus exultalionis semper erat in anima mea, et in ore nieo prædicatio divina, et in opère palientia propter virlutes humilitatis et caslitatis quas præcipue dilexi. n

Il y en a d’autres, qui considèrent comme une des fins et prétentions de Dieu en ce miracle de la manne, qui sort du corps de saint Nicolas, notre propre utilité et les grâces et faveurs qu'il nous veut faire par icelle. C’est ainsi qu’en parle saint Michel Archimandrite, lorsqu’il dit : « Corpus Nicolai in sua ecclesia sepultura effudii statira liquorem odoriferum, depellentem quidem omnem contrariam et corruptivam sanitalem, virlutem largientem autem salvatricem et mala depellentem ». Et saint Antonin, archevesque de Florence, nous en rend un semblable témoignage: « Ex ejus sepiilchro honorifico, dit-il, duo fontes raanarunt statim post ejus sepulturam, unus oletim Huons ex parle c^pitis, alius aquam ex parte pedum, ad sanitatem proticui. »

Pour conclusion il faut rapporter icy quelques exemples de ces grâces que Dieu fait par les effets miraculeux de cette sainte liqueur.

Roger, premier du nom, roy de Sicile, estant affligé depuis plusieurs années d’une surdité de l’oredle droite, vint à Bari visiter le corps de notre saint pour demander guarison par son intercession; il se la tist oindre par l’archevesque de Palerme, avec cette saincte manne, et aussilost il guérit (/leati/., lib. 6, cap. 18 de la Vie de S. Nicolm).

En mil cinq cens nonante huit, un religieux capucin du couvent de Tarante, au royaume de Naples, ayant une playe incurable au bras, pour laquelle on Pavoit condamnéàle perdre dans peu de temps ou la vie, un de ses supérieurs luy mist dans la playe deux ou trois gouttes de celle sainte liqueur, qui le tirent soudain endormir, et ainsi le guérirent (Ce mesme, ch. 17).

lin la inesino année, nn médecin d’Otranle, mais qui demeuroit depuis un long temps à Bari, en présence de beaucoup de peuple et devant l’autel de saint Nicolas, déclara qu'ayant esté aftligé par l’espace de deux ans d'une playe entre un œil et le nez, en laquelle il s'engendroit des vers, s’estoit guéri en un moment par une petite goutte de cette manne.

Les lettres annuelles des Indes, écrittes parles PP. Jésuites, font foy qu'en l’année mil cinq cent nonante sept, durant une peste qui courut au royaume du Brasil, tous ceux qu'ils oignirent de cette saincte manne furentguéris [Bonafede],

En l’année mil six cens cinq, il y eust à la ville de Bari, où est le corps de noslre saint, une influence maligne, qui causa un mal général des yeux, et fist perdre la vcue à beaucoup de personnes, mais ces pauvres affligez, ayants recours à ce médicament de leur sainct protecteur, non seulement se préservèrent du mal, par Ponction delà saincte manne, sur les yeux, mais aussi il y en eut plus de cent, qui par icelle recouvrèrent la veue qu’ils avoient perdue.

Le Père de Bralion, après avoir raconté la sépulture de S. Nicolas, dans son église de Myre, ajoute :

Le corps de saint Nicolas fut mis dans un sépulcre de marbre, dans lequel on mit aussi une partie du rameau de palme, qu’il avoit apporté retournant de son voyage de Jérusalem, lequel y demeura, verdoyante, et mesme produisant de nouvelles feuilles par l’espace de plus de sept cens ans.

Aussitost que ce saint corps eust esté mis en sa sépulture,il commença d’en sortir une odeur très suave, et aussi deux liqueurs qui coulaient coutinuellement; l’une comme de l’huile du côté de la leste, et une autre semblable à de l’eau, du costé des pieds ; l’une et l’autre odoriférantes et très utiles à guarir toutes sortes d’inlirraitez ; mais étant chassé de son église le successeur immédiat de saint Nicolas, elles cessèrent de couler, jusques à ce qu’il tut restably et longtemps après, à sçavoir l’an mil octante six, cette liqueur cessa encore de sortir de ces os et du sépulcre, quoyqu’il en demeurât plein, pour marque du miracle passé: parce que ceux de Myre, espouvantez des Turcs, qui avoient pris la Licie, avoient abandonné leur ville se retirans dans les montagnes voisines, et ne voulurent obéir à Tadvertisseraent que leur fit donner le saint d’y retourner par quelques officiers de son église, à qui il s’apparut, les faisant aussi menacer que si ils ne retournoient pour fréquenter son église, il les abandonneroil, comme il fit l’année suivante, en laquelle arriva la translation de son corps, lequel aussitost qu’on l’eut tiré du sépulcre, cette liqueur commença de nouveau à dégoûter (pag. 119-121).

4. Clierchons maintenant quelles églises, dans le monde entier, ont possédé de la manne de S. Nicolas : je suis, comme pour les hymnes, l’ordre chronologi(}ue des documents.

L’évêque de Metz Poppo, consacrant un autel à l’abbaye de Gorze, y déposa, en 1099, «De oleo quod manavit extumba sancti Nicolai».

Lorsque Geoffroy III la Mousche, en 1167, consacra l’église de N.-D. de Clieffe,au diocèse d’Angers, il déposa dans l’autelde l’huile de S. Nicolas. L'inscription de dédicace, qui subsiste encore, enregistre parmi les reliques, après celles du Sauveur et des apôtres, r/e sancto Donatiano martyre nncia nna, de oleo sancti Nicolai.

Dans l’autel gauche de la confession, consacré en 1197, à Fonte - Avellana, fut déposée, parmi les reliques, de la manne de S. Nicolas, « de manna sancti sepulcri sancti Nicolai ».

« De oleo sancti Nicholai » (Inv. des reliq. de l’dbb. d'Altavanx , XII® s.)

« De oleo S.Nicliolai))(/rte. de Douai, an. 1220,rtpt/(iPertz, t.XXIV, p. 29).

« Item de oleo S. Nicolai > {Inv. du xiii®s. à S. Alban, ap. Mon. anglic.,t. II, p. 23o).

« Item, une petite fiole où il a de l’huile distillée du corps saint Nicolas » (Inv. du due de Herry, 1401, n” 916).

«Item, quoddam vasargenteum deauratum, longum,ad modum turris campanilis, sedens supra sex leones argenteos deauratos, in quo vase dicitur esse de oleo tumbe sancti Nicolay y>{Inv.dela catli. de C hnlons-sur-M arne , 1413, n® 16).

« Une fiolle, du nombre de troys petites fiolles que donna feu messire Robert de Beaucé au duc, esquelles y a de l’uylle saint Nicolas Durar ^ » (Inv. des ducs de Dvetayne, 1490).

« It. une paix où il y a au milieu de oleo SU Nicolay. » (Inv. de N.-I). de Lcns, xve siècle.)

Le cardinal Philippe deLuxembourg,dans son testament(Hucher, Jubé de la cathédrale du .Mans, p. 3), dit : « Je donne à l’église de Monsieur Sainct Pierre du Mans... une cuve et trois petits enfants pour Monsieur Sainct Nicolas, avec une ampoule de son huile que j’apportai de Sainct Nicolas de Bar. » Celte ampoule fut ajoutée à la statuette de S. Nicolas.

« Item, est capsula argentea in altum protensa, cum catenula et annulo et in superiori parte rotunda, in qua continentur hæ reli-

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