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XVI. — NATUnK DK I.A MANNE

1. Si nous étudions les anciens textes, historiques ou liturgiques, énumérés précédemment, nous trouvons plusieurs expressions pour caractériser la manne; il importe d’en faire ici le relevé. Ce sont une hiiile, une huile aqueuse, une huile odorante, un sérum, un onguent, un liquide^.

1. En 1892, le czaréwilcli a visité le tonit)oau de S. Nicolas et lui a fait une oflrande de mille roubles. 11 a l apporté do son pèlerinage un flacon de manne.

2. 11 serait à souhaiter que cet usage fût adopté dans les sanctuaires qui, comme Lourdes ou les Ardilliers, possèdent une source miraculeuse.

3. L’archevêque de Bari, médisait avec conviction ; « La manne de S. Nicolas constitue un miracle peipélucl. o

L'huile est très clairement énoncée par le mot latin olenm, que justilie la relique de Bellentre, qui ressemble à de l’huile figée.

L’huile arjueuse, constatée en Savoie, est une huile claire et limpide, comme étendue d’eau, aqua olei.

L'odeur a disparu depuis longtemps, mais elle a été mentionnée très anciennement. C’est comme un hSiUine, velul halsamus incisus, fragrans odore nimio, qui a le parfum du téréhinthe, therehinthi omnetn suavitalem.

L’essence se fixe au moyen de l’huile ou de la graisse : unguenlum désigne V huile parfumée.

Sérum et gomme soni deux termes équivalents, qui dénotent une substance graisseuse. En somme, jusqu’ici, nous revenons, sous six vocables différents, à une matière huileuse, solide ou liquide et jadis odorante, ce qui ferait presque croire que, pendant des siècles, on distribua simplement, comme on faisait au temps de S. Grégoire le Grand et l’attestent les reliques du trésor de Monza, de l’huile de la lampe qui brûlait au tombeau de S. Nicolas et que vit allumée le pèlerin Languerant.

Enfin la distribution moderne ne nous montre plus qu’un liquide semblable à l’eau, liquor.

2. M. le chanoine Laroche écrit, pages 236-237 de son Saint Nicolas :

Il faut remarquer que tous les noms donnés à la manne désignent plutôt son apparence e-xlérieure et ses effets que sa substance ou sa nature; elle n’est précisément ni de l’huile ni du baume, mais elle en a l’aspect, on l’emploie pour le même usage, on en fait des onctions salutaires sur les malades. . .

J’ai fait soumettre la manne à l’analyse chimique au mois de janvier 1892. De cette opération il résulte que la manue est une eau surchargée de matières organiques. Elle ne contient rien des éléments de contamination qui se trouvent fréquemment dans les eaux de puits creusés à proximité des habitations ; elle puise les matières organiques au contact des ossements.

Voici le résultat de l’analyse faite sur un litre de manne; chlorure de sodium, 0,07 ; Degré hydrotimétrique 18°; Acide phosphorique, néant; Ammoniaque, néant; Azotiles, traces; Nitrates, néant; Urée, traces infinitésimales; Permanganate réduit, 0,008.

Bonafede, Petrasanta, etc., disent que la manne ne se congèle pas sous l’action du froid. Cependant, comme j’en ai. fait l’expérience, elle ne demeure pas liquide, mais forme une sorte de gelée qui fait éclater les fia-

cons peu solides, comme ceux que l’on vend à Bari. La manne s’évapore très rapidement si les flacons ne sont pas fermés à la baudruche, à l’émei i ou à la cire.

Le chlorure de sodium fait naturellement songer à l’eau salée de la mer qui est très voisine et qui peut fort bien arriver par infiltration jusqu’au tombeau. La (jueslion vaut la peine d’être étudiée à ce point de vue.

Il conviendrait actuellement, pour lever tous les doutes, de placer momentanément le sarcophage au-dessus de l’autel. S’il y a miracle constant, il se produira aussi bien dans celte nouvelle condition, plus favorable à l’examen scientifi(|ue.

3. Benoît XIY, dont la doctrine est toujours sûre, dans son immortel traité de la canonisation, a posé cette règle pour ler> cas analogues: Si le sol ambiant est humide, la cause de la distillation du liquide semble purement naturelle, car l’eau de la terre imprègne le marbre et par celui-ci atteint les ossements: l’eau garde néanmoins son cfticacité, puisqu’elle a été sanctitiée au contact des saintes relicjues. Alors il convient de retirer les ossements et de les déposer dans un lieu sûr; s’ils continuent à produire la manne, il y a vraiment miracle. En cas contraire, il faudrait observer soigneusement si le liquide coule encore dans le lieu où gisait le corps, car sa disparition confirmerait le miracle.

Magna cum caulione de loco videndum eril, in quo ossa sunt tumulala veluli scribit flordonus. De miracuUs médit., 28, n. 6: « In bis autem caute procedenduin est, quando occurrant, nam sepulchrum est aperiendum et videndum ex quo liquor procédât, an ex causa uaturali, quia ibi

fons » Fortunatus Licetus, De secundo quæsilis per epislolas, in cap.

41, pag. 241, tractans de perennitate roris efüuentis e genu S. IS’icoIai de Bario, inter cetera, ut iniraculuin astruat, causas naturales excludit : «... Nequepropteristara naturalem causam effluil e genu S. Nicolai liquor hujusmodi, nam ejus ossa servanturin loco sicco* ».Uno verbo, ut approbelur miraculum aquæ aut liquoris ad longum tempus manantis ex ossibus servi Dei vel Beati, demonstrandura est ex iis jam aridis et extra locura hnmidum constitutis emanare.... Quod si forte, ad omnera submovendam diflicultatem, ossa servi Dei vel Beati e luraulo vel fovea educerentur eoruraque tieret translalio ad alium locum, cautela hæc non esset spernenda: si enim, ossibus subductis, liquor cessaret nec amplius e loco

1. C’est précisément ce que je conteste : le terrain ambiant est loin d’être sec.

emanaret e quo eraanabat, dum ossa erant in eodem deposila, signum evidentissimum hoc esset liquorein, non a loco aut a nainra loci, sed ab ipsis aridis ac siccis ossibus scalurire (üc serv. Del beatificat., lih. lY , p. 1[, cap. XXXI, n. 21).

XYII. — Attestatioiv de pèlerinage

Les pèlerins visitent la crypte, où est le corps de S. Nicolas et y assistent à la messe, pendant laquelle ils communient.

Voici, d’après un spécimen daté de 1869, l’attestation délivrée par les quatre chanoines gardiens du corps de S. Nicolas, pour le pèlerinage accompli à son tombeau.

La gravure représente S. Nicolas bénissant et avec ses attributs ordinaires L

MIRIFICUS S. NICOLAUS BAKENSIS

Sanctum Corpus Gloriosissimi Patris nostri N ICO LAI, qui in liac Basilica Barensi quiescit, visitavit ibique venerabili Eucharistiai Sagramento fuitrel'ectus Christi famulus.

Quare in üdem bas dedimus Nos inl'rascripti Canonici ejusdcm Corporis Custodes

Barii die mensis MDCCCLXIX

Carolus Subcantor Sca7ini Paulus Can^*^^ Andriola Paulus Can^^''^ Giordano Dominicus Can^'^^ Traversa

Locus f Sigilli

XVIll. — Trésor

La sacristie, élégante et proprette, mais moderne, ne peut pas arrêter longtemps le voyageur. Quand on a examiné les portraits des

1. Vêtu ponlillcuîement, il porte l’aube, la dalmatique.la chasuble et le pallium du rite latin; de la main gauche, il tient la crosse, le livre fermé et les trois boules disposées en triangle. A droite, les trois enfants sortent du charnier qui se brise et témoignent par leurs gestes o.xpressifs leur reconnaissance; U gauche, debout, l’enfant à la coupe.

2. Le sceau porte: d’azur, à une croix alésée d'argent, entourée d’une couronne d’épines de même. Cimier: S. Nicolas, en buste, tète nue, nimbé, bénissant, avec la chasuble, le pallium et la crosse à volute.

grands prieurs, on passe de suite à ceux des bienfaiteurs pour contempler un instant le cardinal Simon de la Vie, mais surtout Charles 11, habillé en guerrier.

Le portrait de ce dernier ne date que du xviii® siècle et est peint sur bois*. Est-ce un ancien portrait rajeuni ou la copie d’un original qui a disparu? Au bas, on lit en quehjues mots la vie du royal fondateur de la collégiale, pris dans un combat naval par les Siciliens, condamné à mort par la reine Constance et miraculeusement délivré par saint Nicolas : il régna de 1284 à 1309.

Gomme souvenir français, je transcris cette épigraphe historique :

SERVS*

CAROLUS II ANDEGAVENSIS REX A SICULIS IN NAVAI.l PRAELlO GAPTUS,

ET A CONSTANTIA SICIi.l/E REGa. ^

MORTE MULGTATÜS ü“. * MGOI.AO MIRIFIGE LIBERANTE, TANTI BENEFICII MfcMOR, HANG BASILIGAM Rm. MUN1F1GEN“E3.

DOTAVTT : SOLA SIBI AG SUGGESSORIBus.

SUIS PRIMA UIG.NTE, GANCA. 6 SERVATA :

FLORUIT AB A. 1281 USQE. AD A. 1309.

Le trésor fait face à la sacristie, dont il n’est séparé que par un couloir. C’est un petit sanctuaire, récemment renouvelé et rafraîchi par le zèle du procureur du chapitre, le très Rév. Scianatico. La

1. M. François Lenormant s’exprime ainsi au sujet d’un faux portrait de Charles 11 : « La cathédrale de Lucera montre encore une statue de marbre nue l’on prétend être celle du roi Charles 11 d’Anjou. Elle est aujourd hui dressée contrôle mur, à l inlérieur, à gauche de la porte d’entrée principale, debout sur un piédestal de pierre, où une inscription en lettres modernes lui applique le nom du prince angevin. Mais cette attribution, d’après laquelle M Gregorovius, dans un ouvrage tout récent, traçait un portrait de Charles II, ne supporte pas un seul instant l’examen pour un archéologue. La statue, oui date du courant du xiv' siècle, n’a jamais été l’effigie ni de Charles II, ni d’aucun roi. C’est celle qui était couchée sur la tombe d’un simple chevalier. Il est revêtu de son armure, avec la tête, aux traits juvéniles, nue et reposant sur un oreiller; ses mains sont jointes sur sa poitrine et ses pieds s’appuient sur deux chiens » [Beu. des deux mondes, t. LVI, 1883, p. 129).

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