Regiam munificentissimo
f). Dignitate canonica.
piété et la curiosité trouvent ensemble à s’y satisfaire. .\ii fond se dresse un autel, où l’cn peut célébrer la messe, ainsi que je l’ait fait, devant l’antique tableau de saint Nicolas. La lumière est tempérée par des verres de couleur, récemment placés aux fenêtres latérales.
. Les parois de la salle sont garnies de grandes a^oires, oi’i s’étalent les objets précieux qui font de cet oratoire comme un musée. L’excellent et sympathique procureur, don Giovanni Scianatico, a disposé ces vitrines avec un goût dont je suis heureux de le féliciter. Il a parfaitement compris qu’une collection de ce genre doit se tenir sous clef et ne so voir qu’à distance, des yeux, non des mains. Que de visiteurs ont la manie de toucher à tout et de laisser partout l’empreinte de leurs doigtsi Cet inconvénient a été S'gement évité à Bari, sans préjudice toutefois pour les savants à qui on exhibera au besoin, comme on l’a fait pour moi avec tant d’empressement, les objets qui demandent à être étudiés de près et dans tous les sens.
Ces objets étaient partagés en deux catégories : orfèvrerie et manuscrits. J ai sollicité une troisième section pour les diplômes les plus remarquables qui dorment inconnus aux archives. Mais surtout j’ai demandé un nouveau classement, conforme aux données archéologiques. Non seulement il ne m’a pas été refusé, mais le chapitre a mis à ma disposition deux chapelains, qui, sous mes ordres, ont rangé et étiqueté ce qui auparavant n’était que pour le coup d’œil.
Jamais, sinon à .Monza, dans aucun de mes très nombreux voyages, je n’ai été aecueilli comme à Bari. On m’a traité à la fois en prélat et en archéologue, avec une obligeance respectueuse et pleine d'égards qui honorait autant le chapitre que la science, dont j’étais là le représentant apprécié et écouté.
XIX, — Bâton abbatial d’iibliê
Le bâton liturgique de 1 abbe Hélie, qui vivait à la fin du xie siècle, a la forme d’une canne : sa hauteur est de 1 m. 12. Il est en ivoire, taillé à huit pans et va graduellement en diminuant du sommet à la pointe, qui est très effilée. Il se termine actuellement par une boule ou pomme dont j’ai quelque raison de suspecter l’authenticité, car il faudrait plutôt, à cette place, une terminaison en dou-
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ble potence, pour se conformer à tous les types connus. En eflet, on sait que la crosse était alors réservée aux seuls évêques et que les abbés n’avaient droit qu’au tau. Le tau de Saint-Pierre de Tarentaise, conservé à la cathédrale de Moutiers, est un des plus beaux types de cet insigne abbatial : je le cite parce que sa date concorde avec celle du tau de Bari.
Le symbolisme traditionnel est ici parfaitement rendu parla boule ou le tau, qui exprime la consolatiou spirituelle, le soutien que les moines trouvent dans le gouvernement paternel de leur abbé, puis parla pointe, qui le montre corrigeant les rebelles et stimulant les retardataires. Ce double symbole a eu sa traduction littérale dans l’inscription gravée sur un tau récemment découvert : bacvlvs con-
SOLATIONIS, VIRGA CORRECTlOMSL !
L’ivoire de ce bâton ne provient pas d’une dent d’éléphant, qui ' ne fournirait pas une pareille longueur et qu’il eût fallu mutiler pour la réduire à si peu d’épaisseur. Nous avons là une dent de morse tout entière ; sa forme a été conservée telle quelle, on s’est contenté de l'épanneler pour lui donner plus de grâce. La diminution en pointe est naturelle et propre à la dent elle-même.
Ou voit, dans le trésor de la cathédrale de Gomminges, un bâton analogue, que l’on dit être une corne de licorne; il y a seulement cette ditlérence que l’ivoire de celui-ci est resté brut, ccst-à-dire rugueux et contourné. La tradition porte que ce fut la hampe de j la crosse de saint Bertrand, évêquede ce siège, qui mourut en 1130.
La comparaison avec le bâton de l'abbé Hélie donne encore plus
1. A la séance du le' octobre 1875 delà Société des Antiquaires de France,
M. de Longpérier a signalé l’ouverture, dans l’ancienne église de Fécarnp, du tombeau de l’abbé Gudlaume, décédé en 1107. . l'armi les objets trouvés dans
le cercueil on remarqua un fragment terminal du bâton pastoral, à la
naissance de la crosse, qui ne s’y trouvait plus ; deux anneaux du long bâton qui est aujourd’bui déformé et prêt à tomber eu poussière, un galon orné de de fils d’or, une portion d’ornement d'étolfes. L anneau supérieur s est brisé lorsqu’on l’a extrait du cercueil; mais on lit parfaitement sur trois Iragmenls : VIUGA GüiUlFGTlüNlS. Le second est intact; on y lit: BaCVLVS ' GUNSÜLATIÜNIS. » , , . I
M. de Farcy, décrivant la crosse d’ivoire trouvée, à la cathédrale d’Angers, || dans le tombeau de l’évêque Ulger (mort en 1149j, ajoute ce renseignement : ■
m Une douille en cuivre sertit la partie inléiieure (de la volute]; on y lit ce mot BAGVLVS. Une autre douille semblable, j’imagine, placée en dessous du , nœud, portait un autre mot, .COiNSOLATlüiNlS par exemple, pour compléter le sens ». (Rev.de l'Art chrét,, 1898, p 471).
d’autorité à l’attribution : la dent de Gomminges, longue de l^SO, convient mieux à une hampe de crosseG