‹ Œuvres complètesChapitre 34 sur 215 · XXI. — ScKPTRE DE Charles d’Anjou · texte numérisé non relu

XXI. — ScKPTRE DE Charles d’Anjou

1. Charles II d’Anjou* fut couronné roi des DeuxSiciles par Nicolas IV. Dans la cérémonie solennelle de son sacre, il reçut des mains du pape un sceptre de cuivre doré que conserve le trésor de Bari. I.a tradition, toujours vivace à l’endroit de ce prince, bienfaiteur insigne, rapporte que Charles II, en esprit d’humilité, brisa ce

1. La statue do Charles 1” d’Anjou, roi do Sicile, rare spécimen delà sculpture au XIII» siècle, se voit encore dans la grande salle du conseil communal au Capitole, à Rome. Elle est accompagnée d'une'inscriplion qui atteste qu’il fut sénateur de cette ville.

sceptre sur le tombeau de saint Nicolas, voulant, par cet acte, se reconnaître le vassal de l’évêque de Myre. Le sceptre est, en effet, mutilé à la partie supérieure, qui manque de sa décoration terminale.

Sa longueur est de 0“38, ce qui n’est pas la taille normale : 1 insigne royal ayant, à cette époque, un développement plus considérable. La tige est divisée par des nœuds L

2. Je ne voudrais pas laisser passer une si belle occasion de développer ma pensée sur le symbolisme du sceptre royal, qui a, comme type mystique, un certain rapport avec la crosse épiscopale, cai, de part et d’autre, la misssion est de conduire, de diriger, de protéger ; l’évêque veille au bien des âmes, le souverain au bien-être des corps; l’un s’occupe exclusivement du spirituel et 1 autre du temporel, dans un but identique, qui est la sanctification de 1 homme afin qu’il arrive heureusement à la félicité éternelle.

Il convient sur ce point d’entendre les graves enseignements du Ponüjical Lorsque le consécrateur remet le spectre au sou-

verain agenouillé à ses pieds, il lui dit : « Accipe virgam virtutis ac veritatis, qua iutelligas te obnoxium mulcere pios,terrere reprobos, errantes viam docere, lapsis manum porrigere, disperdere superbos et relevare humiles; et aperiat tibi ostium Jésus Christus Dominus noster, qui de semetipso ait : Ego sum ostium, per me si quis introicrit salvabitur; qui est davis David et sceptrum domus Israël, qui aperit et nemo claudit, claudit et nemo aperit. Sitque tibi duclor, qui educit vinclum de domo carceris, sedenlem in lenebris et umbra mortis et in omnibus sequi mercaris eiim do quo David propheta cecinit: Sedes tua, Deus, in sæculum sa-culi : virga diiectionis, virga regni tui; et imitando ipsum, diligas justiliam et odio habeas iniquitatem, quia propterea unxit te Deus, Deus tuus, ad excmplum illius, quem ante sæcula unxerat oleo exultationis pra participibus suis, J. G. D. N. »

Sous le règne même de Charles II, le Pontifical venait d’être réformé par Gnillaume Durant, évêque de Mende. Les paroles litur-

\ « L’empereur Ollion 111 fit don. en 991, d’un sceptre d’or à l'église d’Ilalberstadt ». [Rev. de L'art chrét., 1889, p. ÜÛ). — « Le sceptre offert par l’empereur Olliou III, à l'occasion delà consécration du t/om, a disparu ». [Ibid., p. 51).

giques ont donc pu informer l’artiste et lui suggérer son inspiration.

Reprenons un à un les termes de l’allocution pontificale. Le roi est oint, comme l’a été le Christ, que l’Écriture %mme le Roi des siècles d’une huile de joie, car cette onction sainte a été faite en vue du bonheur des peuples soumis à son autorité. Une fois couronné et sceptré, le roi est conduit à son trône, où il s’assied, et dès lors apparaît le type consacré sous le nom de majesté comme Dieu, il siège dans les siècles, et son trône devient immuable de droit divin. Aussi le consécrateur lui dit-il que cette place lui est assignée par Dieu et, en vertu de son autorité, par son ministre, parce que désormais il est pour les choses humaines, seules de son ressort, le médiateur entre Dieu et les hommes : « Sta et retine amodo locum tibi a Deo delegatum, per auctoritatem omnipotentis

Dei et per præsentem traditionem nostram quatenus mediator

Dei et hominum x.

Son trône, dans l’église, est au midi, au côté de la lumière; il a été tiré de l’obscurité, de l’ombre de la mort, pour siéger glorieux et vivifiant. Il voit, en face de lui, le trône de l’évêque, parce que j le spirituel prime le temporel. L’évêque siège au côté de l’évangile,

: qui est la droite, la place d’honneur, tandis que le souverain, dont le rôle est moins relevé, se tient à la gauche, au côté de l’épître.

Ainsi, dans sa majesté, le roi est le représentant attitré et officiel de Dieu, de Celui qui se proclame le Seigneur et le Maître des dominants, Dominus dominantiurn 3. Or le sceptre, qui a été confié à ses mains lui rappelle constamment scs devoirs : la tige est forte, virga vh'tiitis; eWe constitue une puissance sur la terre, afin de terrifier les réprouvés et do disperser les superbes. Cette énergie morale est encore plus accentuée par les nœuds qui renforcent la tige,

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