‹ Œuvres complètesChapitre 5 sur 215 · II. — Introduction · texte numérisé non relu

II. — Introduction

En réponse aux critiques qui, plusieurs fois, ont réclamé Yiinilé absolue dans la composition de mes Œuvres, il m’est facile de me justifier en disant que, si j’abandonne momentanément Rome, à qui j’ai affecté la première série, c’est que le sujet lui-même m’y oblige. En effet, le culte de S. Nicolas a sa plus grande extension à Bari, en raison de la présence de son corps qui y repose et de la distribution de la manne coulant de ses ossements; il y a là un complément nécessaire de ce que j’ai noté dans la ville éternelle. Aussi je n’ai pas cru devoir séparer, tout en rompant l’ordre géographique, Rome et Bari, qui se tiennent indissolublement depuis des siècles.

Bari, ancienne capitale de la Fouille, est une de ces villes du moyen âge que la civilisation moderne est en train de transformer. Les constructions primitives s’étendent du château, construit par les ducs d’Anjou, à la cathédrale, de style roman ^ et de celle-ci à la collégiale de St-Nicolas, construite dans un mode analogue. Là est le vieux Bari, avec ses rues étroites et tortueuses, ses maisons peu élégantes et sa population nombreuse, qui vit plus au dehors

1. On admire surtout sa façade et sa haute tour carrée. Une inscription, relative à S. Sabin,qui repose dans la crypte, la date de l’épiscopat de Jean V, lequel siégea de 1151 à 1169 :

Vrbs est Barensis pâtre consolata Jeanne,

Qui sùnplex, justus, prudens, pius afque pudicus,

Basîlicam islam velerem nimis et tenehrosam,

Ut decet et decuit, diqno cultu renovavit,

Cum tribus liane aris postquam de more sacravit.

Parlant de l’ancienne cathédrale de Santa-Maria-Maggiore de Siponto, M. François Lenormant dit de son style : « Un semblable style (byzantinoarabe), auquel se rattachent aussi la cathédrale de Ganosa et le mausolée de Boémond, qui y est adjacent, ainsi que certaines parties de la cathédrale de Bari, ne s’est maintenu à côté des données architecturales nouvelles, directement importées de Normandie et tendant de jour en jour à le supplanter, que jusqu’aux premières années du xii! siècle. » {Rev. des Deux Mondes, t. LYI, p. 115.)

qu’à l’intérieur. Ce n’est pas beau, mais c’est curieux ; et pour s’en faire une idée, il faut l’aller voir de près. Si la ville semble pauvre au premier aspect, les deux églises que je viens de nommer sont, au contraire, d’un intérêt puissant, car elles reflètent dans leur architecture le souvenir de la conquête des Normands, qui y ont importé leur manière de bâtir et d’ornementer, tout en tenant compte, dans une certaine mesure, des traditions locales.

St-Nicolas m’a occupé spécialement pendant le trop court séjour d’une semaine que j’ai fait à Bari en 1875. Deux choses y ont surtout fixé mon attention : la crypte de l’illustre thaumaturge et le trésor de la basilique. Parler avec détail de ces merveilles trop peu connues, ce n’est qu’acquitter ma dette envers le chapitre de l’insigne collégiale, qui m’a accueilli avec autant d’empressement que de bienveillance, et qui n’a cessé, un seul instant, de témoigner le vif intérêt qu’il portait à mes travaux.

Je n’ai pointa faire ici l’historique de la translation* du corps de S. Nicolas de Myre à Bari, en 1087 2, ni à raconter le culte que la population a voué à la manne qui, depuis cette époque, coule sans discontinuer de ses ossements. Je veux seulement traiter de ce que j’ai, pour ainsi dire, découvert ou, si l’on aime mieux, de ce que

1. Le Père de Bralion, p. 87, raconte qu’après le concile de Nicée S. Nicolas retourna par Constantinople à Myre, puis alla à Rome. Chemin faisant, « il vint descendre à Bari, et comme il fut sur le rivage, il profétiza (parlant latin selon qu’on parloit alors par toute l’Italie) que ses os y reposeroient un jour, disant : Hic quiescent ossa mea; nostre autheur toutefois escrit qu'il n’a point leu cette prophétie, mais qu’il la sçait seulement par la relation d’un certain docteur, qui l’a asseuré de l’avoir leu'é en un livre imprimé de diverses histoires. » — « 11 était de notoriété publique que l’évêquede Myre, allant visiter les lieux saints à Rome, après le concile de Nicée, avait dit en débarquant à Dari : Hic quiescent ossa mea. » (Huillard-Bréholles, Recherches,

2. Le Père de Bralion tient pour l’an 1089. — « Dans le Tripholoqion de l’Eglise ruthène on trouve, au 9 mai, l’officeentier de la translation de S. Nicolas à Bari. Colcino l’a traduit en latin. On lit dans le Synaxarium, qui est une partie de cet office : « Hæc translatio coutigit ab Incarnatione Filii Dei anno 1087, sub Alexio Græcorum imperatore et Nicolao patriarcha, regnantibus vero in Russia principibus Ghristi amantibus Ilusevoldo Cioviæ et Bladimiro ejus filio Xernicoviæ. » (Bartolini, p. 3.)

Le corps de S. Nicolas fut déposé « dans la petite église de St-Eustrase, qui faisait partie delà cour ou résidence du Gatapano (gouverneur au nom de l’empereur de Constantinople). Les marins demandèrent au duc Roger (1088) la cession de ce lieu royal et exempt pour y élever la basilique qui devait renfermer les sacrées dépouilles, afin de les soustraire à la juridiction épiscopale et de les placer sous la protection immédiate du prince ». [Ibid.,

j’essaierai de mettre en lumière, car tout n’intéresse pas au même titre.

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