‹ Œuvres complètesChapitre 53 sur 215 · Ibid., t. V, p. 32Ü · texte numérisé non relu

Ibid., t. V, p. 32Ü

La vraie croix de la Sainte-Chapelle, achetée par saint Louis à l’Empereur Baudouin H, avait, à son pied, la représentation de sainte Hélène et de son fils Constantin, désignés par des inscriptions greccfues. L’étui était de style byzantin L

3. Charles II d’Anjou, qui donna à Saint-Nicolas de Bari la croix qu’il avait reçue probablement de saint Louis, l’enchâssa dans un reliquaire digne d'elle.

La croix mesure en hauteur 1™08 et 0"’3Gà la traverse 2. Le pied, en cuivre doré, carré et mouluré, porte, au milieu, les armes du royal donateur. La tige s’y implante : un peu avant de toucher à la croix, elle se développe en un nœud qui permet delà saisir plus facilement. Ce nœud est décoré de six médaillons circulaires et saillants. La croix elle-même, en argent doré, est plus ornée que le pied, afin d’établir un contraste, motivé parla présence de la relique en cet endroit. Les extrémités sont découpées en fleurs de lis» à lobes aigus, qui s’appuient sur des trèfles arrondis, lesquels forment comme V arracheme.nt de la plante. Les trois branches du lis sont gemmées et, au milieu, s’arrondit un médaillon dans lequel on distingue un écusson en losange, mar(|ué aux armes de la maison d’Anjou. Un écusson semblable,mais plus petit, se répète au milieu

i. Ibid., p. 327.

2 Les chandeliers semblent faits pour assortir à la croix; cependant elle n’est pas, comme eux, en cristal. Les croix de cristal sont pourtant fréquernuienl enregistrées dans les inventaires,

« Duas cruces de argenlo, unam de dyaspro et unarn de cristallo. » (Inv. de Samt-Vierre de Rome, 1291).

« Item, duas cruces de cristallo sine pedibus. » [Inv. de. Roniface F///, 1295, n» 438.)

« Item, une autre croix de cristal, enveloppée d’argent, où il a du fust de la vraite croix, à tout un pié d’argent doré et esmaillic. Item, une autre petite croix de cristal, enveloppée d’argent, on il a de la vraite croix, à tout le pié et à iij pies et ou fons a cristal et est la hente doiée et esiuaillée » (Inven taire du Saint-Sépulcre de Paris, 1379, n°> 73, 74.)

« Alia crux de cristallo aibo totaliter, cum fusto ferreo per totum. — Alla, crux de cristallo, ornata de argento, deaurata, cuin crucifixo in niedio » [Inv. de Saint-Pierre de Rome, 1436). — « Crux de cristallo, cum cruce viridi inmedio, cum pede de argento. Crux de cristallo rolunda, in qua est l'errum inlus. Crux de cristallo, cum crucifixo in inedio, smaldata. « [Ibid., 1454).

« Crux cristallina, ligata cum argento deaurato, ab una parle cum figura crucifixi, beate Marie Virginia et sancti Johannis evangeliste; ab alia parte, figura beate Yirginis defuncte cum apostolis circurncirca. — Crux cristallina, ligata cum argento deaurato, in medio cruce de lapide smaragdino cum quatuordecim perlis parvis et ab alia parte faciès Veronicæ. » (Ibid., 1489).

du trèfle, dont les pélales sont également gemmés. Tous ces écussons sont en émail champlevé et présentent un semis de fleurs de lis d’or sans nombre sur champ d’azur, avec le lambel en chef, pour préciser la branche cadette i.

A la pointe du bas, l’écusson royal est remplacé par un émail byzantin cloisonné qui figure saint André 2; l’apôtre est nommé par une inscription grecque. Ce curieux médaillon est un débris de l’ancien reliquaire et peut remonter aisément au viii® ou ix* siècle. Je n’en veux pas d’autre preuve que la magnifique croix d’Oignies, gravée dans les Annales archéologiques, tome V, et qui est dé" Corée d’anges et d’apôtres, dans des médaillons émaillés.

La relique est scellée au centre de la croix. Quatre cabochons cantonnent sa traverse principale. Le croisillon supérieur, qui, chez les Byzantins, exprime le titre de la croix du Sauveur, a nécessité

1. Le cominandeur de Crollalanza écrit dans le Giornale Araldico, t. X, p. 1S8 : « Quel que soit le nombre des fleurs de lis usitées par les Gereinei (famille qui de Bologne passa à Bénévent et dans les Deux-Siciles), ou neuf selon Ganetoli ou sept selon Ciacconio. il est certain qu’elles furent d’or sur champ d’azur, non autrement que dans les armes des rois de France et en j)articulier de Charles d’Anjou, qui, devenu roi de Naples par concession du S. Siège, après avoir abattu la puissance des Gibelins dans la maison impériale, devint en même temps le grand protecteur du Guelfisme italien et fut toujours en particulière amitié avec la cité de Bologne, centre de ce parti, au dire de Saint-Priest (Histoire de la conquête de Naples, t. 11, p. 167), qui y était dirigé par Geremei. Giannini (L'arte del blasone, p. 93, art. Guelfi) nous apprend que les contrcsceaux ordinaires des Guelfes furent des fleurs de lis et le lambel en chef ou dans les pièces de l'écusson. Les fleurs de lis que les Geremei ont arborées dans leur écusson sont le symbole du Guelfisme, dont ils furent toujours à Bologne les promoteurs. <>

2. Des applications analogues se retrouvent aille'.irs. A Tournai, à la châsse de la Vierge, Marie porte a sur sa poitrine le même émail translucide qui nous avait frappé sur la croix mérovingienne » (Congr. arch. de France, session à Arras, p. 448). A la partie antérieure de la célébré croix de l’abbaye de Glairmarais, qui date du xiir siècle et est conservée à l'ancienne cathédrale de St-Omer, on remarque un de ces petits émaux byzantins, alors fort répandus dans le commerce. » (Ibid., p. 118.)

Le reliquaire de la Sainte Epine, à Dresde, qui date du xiii* siècle, contient, au-dessous de la croix, « un croissant décoré d’émaux cloisonnés verts, d’une délicatesse extrême et dont les losanges sont relevées ])ar des points blancs et rouges ; travail qui se retrouve sur le revers comme sur l'avers du croissant, dont les extrémités sont finement nuancées de vert turquoise clair et de

rouge Le croissant sur lequel pose la croix, par sa forme aussi bien que

par la nature du travail, parait de provenance orientale. C’est sans doute un trophée rapporté de Terre-Sainte, que l’on aura utilisé pour enrichir le reliquaire » (Helbig, les Hetiq . el reliquair. donnés par S. Louis aux dominicains de Li'ege, pp. 25, 27).

l’élargissement, très peu sensible du reste, de la lige de la croix, qui est plate dans toute sa hauteur.

La tradition veut que la relique et le reliquaire soient un don de Charles II d’Anjou. Pour le morceau de la vraie croix, jusqu’à preuve contraire, on serait téméraire de s’inscrire contre. On le serait encore plus si, reniant les données archéologiques, on refusait de croire à l’évidence du style, du procédé d’exécution etdes armes qui authentiquent à tout 'jamais cette pièce d’orfèvrerie vraiment remarquable, qui peut fournir un bon modèle de croix aux artistes contemporains.

J'ai plus d’une raison pour affirmer que cette œuvre élégante sort d’un atelier ou des mains d’un artiste français. Dans notre pays nous lui trouverons des similaires : qu’il me suffise de citer une croix qu’a publiée la Société archéologique de Chalon-sur-Saône et une autre que j’ai déposée au musée archéologique du diocèse d’Angers. Toutes les deux datent de la fin du xm® siècle, ou du commencement du xiv®. En Italie, je ’n’en ai point rencontré de ce genre et la croix stationnale de Saint-Jean de Latran, qui est du xiiie siècle avancé, n’a aucun rapport de style 'avec la croix de Bari. J’en conclus à une origine étrangère ou à l’influence française en Sicile ; la nouvelle cour a dû amener à sa suite des artistes de toute sorte.

Ici, le style, envisagé seul, assigne à cette croix, pour date positive, les dernières années du xiii® siècle, lors même que la tradition ne la considérerait pas comme don personnel du roi Charles II, et qu’elle ne soit pas enreg;istrée dans son inventaire.

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