XXVII. — Ostensoir de Charles d’Anjou
l.Les traditions doivent être acceptées chaque fois qu’on peut les contrôler et sanctionner par l’archéologie. Tel est le cas de l’ostensoir *, tout à fait remarquable, dont est fière à bon droit la riche
t. Le mot ostensoir s’entend exclusivement du vase liturgique dans lequel s’expose la sainte hostie pour la montrer aux fidèles. Le baron de Guilhermy, en lui attribuant la signification de pyxide ou custode, fait donc erreur lorsqu'il écrit qu’à la Sainte-Chapelle de Paris, « le saint ciboire... était placé dans un ostensoir suspendu, suivant l’ancien usage, à une crosse fouillagée, audessus de l’autel » (Descript. de la Sainte-Chapelle, p. 50).
collégiale de Bari. A première vue, on le dirait du xiv* siècle à son début, tant il y a de finesse dans les détails; mais le xiv® siècle confine de si près à la fin du siècle précédent que le style de l’un convient à l’autre et qu’en étudiant plus attentivement on arrive à les confondre. La tradition qui veut y voir un nouveau don de Charles H d’Anjou n’a en soi rien qui me répugne, et j’y adhère avec empressement. v
Le pied imite une rose, avec ses quatre lobes arrondis, que séparent des pointes triangulaires. Epais, il est solidement établi et offre deux plans moulurés, en retraite l’un sur l’autre. Sur la surface plane courent d’élégants filigranes qui enserrent des médaillons peints sur parchemin.
Ce genre de décoration ne constitue pas ici une exception. C’est plus modeste incontestablement qu’une applique d’émail, mais, comme effet, c’est plus doux à l’œil. La peinture est plus harmonieuse, moins heurtée de couleurs. J’en ai vu à Rome un remar(juable exemple dans le splendide diptyque à reliques que j’ai fait acheter au vicomte de Piolant, et qui est antérieur d’une trentaine d’années à l’ostensoir de Bari. Pour protéger les feuilles enluminées, dans l’un et l’autre cas, l’artiste a eu soin de les couvrir d’une mince couche de cristal, qui empêche la poussière de les salir 2.
La tige, très courte, est coupée à mi-hauteur par un nœud dont les quatre faces dessinent un losange laissé sans ornement. Deux
1. Voir ma brochure, les Ostensoirs du XIV‘ siècle en Limousin.
2. « Item, unum urceum cum ciiversis imaginibus sub crisfallis. — Item, unum urceum de argento deauratum, cum manico et coperculo et quibusdam rôtis relevatis in quibus sont ligure sub cristallo » (Inv. du Saint-Siège, 1295,
103). M. Moliuier dit ; « 11 s’agit ici de verres peints et dorés... C’est ce que l’on appelle des verres aiglomisés •. Je ne suis pas de cet avis, car il resterait à prouver qu’en orfèvrerie on s’est servi, au moyen âge, de ce procédé pour décorer des vases. Pourrait-on en citer un seul exemple? Au contraire, on rencontre à cette époque des miniatures abritées par des cristaux, témoin un des reliquaires de Gharroux, un autel portatif du xiii® siècle, au Louvre {Rev. de l'Art chrél., t. XXXIV, p. 335), et le diptyque italien de M. de Piolant. De plus, au lieu de cristallo, qui signifie cristal de roche, le rodac teur aurait simplement employé l’expression vitrum, puisque le procédé indiqué par Théophile se réfère à des verres peints par-dessous et non à des cristaux. En effet, il distingue parfaitement l’une et l’autre matière transparente : 4 Item, unam cupam, cum coperculo de argento, deauratam ad vîtes et rotulas, cum quibusdam cristallis et vitris » (N* 154.')
3. Gomme à la croix de Vannes, qui est de la même époque (Rev. de l'Art chrét., t. XXXI V, p. 537).
T. XIV
cônes cylindriques et évasés relient le nœud d’une part au pied et de l’autre à la custode supérieure.
Le corps de l’ostensoir, taillé à huit pans, ce qui forme le symbole de la béatitude céleste, se compose de deux compartiments bien distincts : un soubassement rectangulaire et un octogone à jour. Tout le milieu a été refait et rornementation dénote la main d’un orfèvre moderne; les pilastres corinthiens, qui accentuent les pans vitrés, accusent, au contraire, la Renaissance. Cette transformation a pu avoir lieu lorscjue l’objet changea de destination ; il est probable qu’alors on le haussa quelque peu.
Le toit, qui repose sur les pilastres, est aussi à huit pans; une crête géminée court à sa base et ses j)entes sont décorées de filigranes, où les pierres précieuses se mêlent aux médaillons peints en miniature, comme au pied. Le parchemin ainsi enluminé offre tantôt des aigles, tantôt des rinceaux. Enlin, sur le socle qui s’épanouit au sommet, pose debout un ange, les ailes baissées, qui tient à deux mains un phylactère déployé.
Sans cette banderole, vu la modification opérée dans la partie médiane, nous serions réduits à considérer cette pièce d’orfèvrerie comme une monstrance. Mais les paroles qui y sont inscrites nous font un devoir impérieux d’y reconnaître un ostensoir, car elles avertissent que là est réellement le corps du Seigneur. [Hic e) st. CORPUS. DM, dit une inscription gravée en gothique ronde.
Or, la Fête-Dieu instituée, au xiii* siècle, par le pape Urbain IV, est encore appelée dans toute l’Italie le Corpus Dornini. L’expression n’a pas varié depuis l’origine.
2. Jusqu’ici, deux ostensoirs seulement, à cette date, avaient été signalés, l’un à l’exposition de Maliues, l’autre au musée chrétien du Vatican L Celui-là est le plus ancien ; le second le suit de près.
1. Voir nia Bibliolh. Valic., p.88; Œuvres complètes, U, p. 215, n» 426. Le P. Grisar in’a objecté que ce pouvait être primitivement un reliquaire, adapté ultérieurement à la fonction d’ostensoir : c’est possible, le type primordial permettant de confondre les deux destinations.
Le plus ancien vase liturgique en forme d’ostensoir est incontestablement celui qu’on voit aux mains de saint Satyre, frère de saint Ambroise, dans la basilique de Saint-Ambroise, à Milan. Suivant I histoire, il aurait été sauvé dans un naufrage par l’hostie qu’il portait sur sa poitrine. La mosaïque qui le représente est du xn* siècle et lui donne comme attribut un ostensoir en forme de reliquaire, c’est-à-dire que le pied, identique à ceux des calices, est
mais la matière est vulgaire. Le troisième, que je relève aujourd’hui, comme j’ai été le premier à publier et faire photographier celui de Rome, pour être le plus jeune, n’est pas le moins intéressant, en raison de sa richesse d’ornementation.
L’importance du sujet exige que je m’y arrête un instant. *
L’ostensoir qui a figuré, en ISS'i, à l’exposition archéologique de Malines a la forme d’une monstrance hexagone, en argent doré ; l’inscription qui le date est au millésime de 128G L Je la rapporte textuellement, mais en supprimant les abréviations, ou plutôt les remplaçant par des minuscules ; anno DomtNi m cg lxxx vi fecit
ISTUD VAS FIERI DOmNA HEILEVVIGIS DE DIST PUlORISSA m HERKE/IRODE GUI GOMMEMORACiO \n PErPETÜUm GUM FIDEUBUS HABEATUR.
L’ostensoir du Vatican qui figure sous le n® 111 dans la collection àes Antiquités chrétiennes de ^ome, que j’avais entreprise avec Simelli, est de forme pyramidale. Ce n’est que du cuivre doré : il a sans doute servi à quelque église peu fortunée ; mais, comme art, il^a une valeur réelle et fournit un excellent type de monstrance eucharistique.
Le pLed est à six pans avec angles à la rentrée des lobes et chapelet de perles sur la tranche. La tige, également à pans, aboutit à un nœud où sont appliquées des feuilles de 'marronnier. La custode, hexagone comme l’ensemble, est percée de six grandes
surmonté d’un cylindre de cristal. Le même type se répète dans un tableau du Borgognone, du xv* siècle, à la Chartreuse de Pavie : seulement l’ostensoir est surmonté d’un clocheton et on distingue l’hostie dans le tube de cristal.
M. Hohault de Fleury (Tabernacles, p. 170) signale, à Saint-Cunibert de Cologne,sur un tabernacle qu’il date de 1248, la représentation d’un ostensoir, « de forme élégante, octogonal, surmonté d’une croix, découpé sur chacune de ses faces par un pignon et des clochetons, et qui s’élève sur un pied à nœud ; on aperçoit au milieu la sainte hostie ». Je ne crois pas qu’on puisse attribuer cette peinture à une époque antérieure au commencernet)t du xv' siècle.
1. 11 a été reproduit en 1878 par M. de Farcy dans ses Mélanges de décorations religieuses. La Revue de V Art chrétien, t. XXXI, p. 121, dit que « l’ostensoir de l’hostie miraculeuse d’IIerkenrode (Belgique) est le plus ancien peut-être du monde entier ».
2. Les pieds à pans coupés apparaissent dès le xni* siècle: « Item, unum alium urceum cum... pede sexangnlato » (Inv. du Saint Siège, 1295, n* 7), — « Item, aliam eupam cum coperculo deauratam, cum sex esmaltis in piano pedis in argento albo ad sexangulos.» (N“144.) — « item, aliam cupain de argento deauratam, cum pede sexangnlato. » (N“ 139.) — » Item, aliam cupam cum coperculo opéré piano cum pede sexangnlato. » (N* 174.)
fenêtres tréflées, abritées par un pignon avec crochets aux rampants et séparées par des contreforts qui se prolongent en pyramidions. Le second étage, en retraite sur le premier, est buté par des contreforts perlés et ajourés, à la base, de (|uatre-feuilles arrondis. Enlin, au sommet, s’élance un clocheton, qui a perdu son ornement terminal, croix ou fleuron, et dont les arêtes sont hérissées de crochets L
L’ensemble est fort gracieux et accuse tout à fait la fin du xiii'siècle. A l’intérieur subsiste encore, soudé à la plaque du fond, le croissant qui retenait l’hostie. Sans cet indice certain de sa destination première, il eût été difficile d’affirmer aussi catégoriquement un usage qui ne perce qu’en ce seul endroit.
La custode, garnie sans doute de verres tout autour, s’ouvrait à l’aide d’une charnière qu’on remarcjuc encore sur le côté; en sorte que, pour mettre ou eidever l’hostie, il fallait renverser toute la partie supérieure (|ui pose sur le pied -.
3. Passons aux inventaires. Je serai sobre sur ce point pour ne
1. Au sommet des vases mentionnés par l'Inventaire du Saint-Siège, en 1295, on trouve un gland, <* in summitate coperculi est una glanda » (n“ 3G) ; une fleur, « unus lloricellus in summitate » (n»44); un clocheton, « in summitate unum ciborium acutum » (n“ 44); un singe, » cum una scimia in summitate coperculi » (n'>49); une boule, « in cujus summitate est unum pomellum rotundum e.“maltatum » (n‘ 50); une castillc et un pape assis dessus, « cum uno castello in summitate in quo sedet ])apa » (n“ 1.S7) ; une pierre précieuse,® cum j et tribus safliris, computato illo quod est in summilate coperculi » (no 147).
2. L’Ami du C/e/je (1882, pp. 614, 615), lacontant un voyage à Assise, dit, en parlant de sainte Claire et de l’église Saint Damiim : « Nous y (dans le trésor; vénérons.... l’ostensoir d’ivoire — semblable à une tour surmontée d’une lléclie— qui inspira aux Sarrazins une lej-reur panique.... frise (sainte Glaire) d’une inspiration subite, elle ouvre le tabernacle... saisit l’ostensoir. ».
Tout cela est bien ladtaisiste. L’objet vénéré n’est pas en ivoii’e, mais en albâtre; il n’est pas contemporain de sainte Glaire, mais date seulement du XVI' siècle. Ge n’est pas un ostensoir, mais un simple reliquaire dans le goût du temps, où l’on a enfermé, pour la conserver, la boite d’ivoire dans laquelle sainte Glaire gardait la sainte hostie, dans sa chambre, pour sa consolation spirituelle, vu ses infirmités. Il n’y avait pas de tabernacle, ce qui supj)oserait qu’elle descendit à 1 église. Llle prit la réserve dans un petit ]>lacard, creusé dans le mur, qu’on voit encore, et se trouva ainsi tout naturellement au premier étage, à la hauteur de la fenêtre d’où, j)ar le rayonnement de la sainte hostie, elle opéra la fuite dos ennemis qui assiégeaient le couvent.
L’auteur oublie qu’avant Tiustitution do la Fête-Dieu il n’existait pas d’ostensoir ; ce vase sacré n’aurait eu, en effet, aucune destination possible. Un peu d’archéologie sacrée ou de réflexion eût évité cet anachronisme et ce faux renseignement.
pas répéter l’éniitnéralion faite par M. de Farcy dans ses j)Iéln7i(jes, pp. 83-84; l’article est intitulé: Quati'e anciens ostensoirs.
« Item, unum reliquiariuni argcntcum album, pro ponendo corpus Cliristi : ubi etiam sunt pluies reli((uie, cum armis domini » (Inv. du chat, de Cornillon, 137d, i209). — « Item, unum rell-
quiarium decristallo, ad ponendum C4»rpus Xpi, cum pededeargeiito » {Inv. duchât. de Verte-feuille, 1379, n“ 702). On peut du moins conclure la destination du vase de la mention du cristal, car, dans le même inventaire, le xei'he ponendum indiquerait plutôt une pyxidc.
L’ostensoir donné par Charles d’Anjou à l’église de Saint-Maxirain (Var) est ainsi décrit dans l’inventaire du trésor rédigé en 1301. On y constatera une notable ditlérence avec l’ostensoir de Bari, qui est à la même date et de la même provenance. Peut-être en cela faut-il tenir compte plutôt des usages de deux pays différents, ce qui indiquerait une fabrication faite en deux lieux distincts : eu Italie, selon l’usage italien, et en Provence, selon la coutume locale. Autrement on ne peut s’expliquer que le même objet soit, d’une part, en forme de reli([uaire et, de l’autre, en manière de croix. (.< Item, quedam custodia ad modum crucis, ex argento deaurato ; in cujus pede, a quatuor partibus, sunt arma dni regis Karoli secundi, Sicilic. Ex qua proceduntdue branebie, liabentes in superficie illius, quelibet unum angclum, quorum alter tenet solem, et alter lunam. Que est altitudinis unius palmi et tertii. Que servit ad defforendum Corpus Xpi. » {ftev. des Soc. sav., 6® série, t. V, p. 293.)
L’inventaire de la métropole d’Avignon, en 1311, mentionne un ostensoir, qui doit être beaucoup plus ancien et peut-être du temps où les papes habitaient cette ville. Il daterait donc du xiv® siècle et je lui trouve une certaine analogie avec celui de Bari, qui est de la même époque ; seulement l’ange est à la partie supérieure et il tient l’hostie à la main, au lieu de se contenter de la regarder. Cet ostensoir, haut de quatre palmes et demie, est en argent doré et muni de piliers: or, ces piliers en indiquent la forme, carrée, hexagone ou octogone. A la partie supérieure est un crucifix et le pied est supporté par quatre lions. « Item, una custodia argenti deaurati, altitudinis trium palmorum cum dimidio, munita pillaribus et aliis
munimentis miræ pulchritudinis, in qua est, a parte interiori, unus angélus suspensus respicieris hostiam, quando ponilur in ciistodia, et in parte superiori est quædam parva crux cura yraagine Ghristi, cura pede raunito octo leonibus, ponderis Iriginta raarcharura et ultra y>{Inv. de la mél. d'Avignon, îoH, n° 44).
4. L’archéologie, à l’aide de ces divers ostensoirs, à peu près do mêrae époque, afiirrae sans hésitation que le Saint Sacrement a été montré à découvert et exposé à la vénération des fidèles dès la seconde moitié du xiii' siècle. Voyons si les textes coticorderont avec ces données positives. Jean-Baptiste Thiers, curé de Vihraie, a écrit, au siècle dernier, un ouvrage précieux sous ce titre : Traité de l’exposition du S. Sacrement de l'autel. L’érudition y abonde et les documents les plus importauts pour la question y sont accumulés; malheureusement, ils ne remontent pas tous à l’origine de la dévotion nouvelle. « Le premier règlement, dit cet écrivain, que je trouve avoir été fait pour l’exposition du Saint Sacrement de l’autel, c’est celui du concile provincial de Cologne, qui fut tenu en 1452, sous le savant cardinal Nicolas de Gusa, légat a latere du pape Nicolas Y en Allemagne et contirmé par Thierry, archevêque de Cologne. Voici ce qu’il porte; «Ad majorera honorem Sanctissimi Sacramenti, statuimus (juod deinceps ipsum Sanctissimum Sacramentum nullatenus visihiliter in quihuscumque rnonstrantiis ponatur aut deferatur, nisi in sanctissimo festo Corporis Ghristi cum suis octavis, sernel inanno, in qualihet civitate aut oppido seu parochia, vel ex singulari induite ordinarii aut alias pro pace aut alia necessitate imminente et indispositione rempuhlicara prægravante et tune cum summa reverentia atque devotione L
De ce statut ressortent plusieurs enseignements bons à recueillir: d’abord, le Saint Sacrement était exposé et porté en procession dans des monstrances ; puis l’abus des expositions et processioiis obligea à les limiter à l’octave de la Fête-Dieu ; enfin, dès lors, ces cérémonies ne furent plus autorisées par l’ordinaire (]ue pour des causes graves et exceptionnelles, comme le bien public.
Four être trop jeune de deux siècles, ce document ne contredit pas l’existence antérieure de l’usage des monstrances; au contraire,
1. Traité de l'exfiosit., 4* édit., Avignon, 1777, t. I, p. 236.
la réserve qu’il impose témoigne hautement de la tradition à une date assez reculée, car ce n’est qu’à la longue que s’établissent les abus. L’archéologie va donc beaucoup plus loin que Thistoire et la lumière qu’elle projette sur les rites liturgiques est à la fois plus abondante et plus sûre. *
Je ne vois pas pourquoi l’exposition ne daterait pas de répo((ue même de l’institution de la Fête-Dieu. En effet, examinons de près révolution de la liturgie.
Il y a dans la messe deux sortes d’élévations ; l’une, la plus ancienne, précède le Paie?', mais elle est faite de telle façon que le peuple ne peut apercevoir l’hostie: on la nomme petite éléoation. Chez les Grecs, il en est encore de même ’. La grande élévation suit immédiatement chaque consécration et, par conséquent, se fait en deux fois. « On ne sait pas bien, dit Thiers, quand elle a comniencé dans l’Eglise latine... Néanmoins elle n’y est pas nouvelle, vu qu’elle est clairement exprimée dans l’ancien usage de l’église de Tolède, dans le missel gothicjue ou mozarabe... Nous la trouvons encore dans un poème d’IIildebert, évêque du Mans, qui mourut archevêque de Tours, l’an 1136 ; dans le Miroir de l’Eglise de Hugues de Saint-Yictor ; dans les statuts synodaux d’Eudes de Sully, évêque de Paris, qui mourut en 1208... Les anciens statuts de Gîleaux, en 1279, ordonnent qu’en toutes les messes la sainte hostie seraélevée par leprêtreirnmédiatement après la consécration, ut vider! possit ah omnibus''^. »
1. Traité de l’exposil., p. 342. — « Uoiuinicuni corpus, non ita tamen ut a populo conspiciatur, elevat græcus sacerdos » (Goar, In mis. S. Chrysost., p. 141.)
2. Ibid., pp. 47, 51. Voy. ce que j’ai dit sur rélévatioii dans mes brochures ; les Ostensoirs du .Y/ T” siècle en Limousin et l’Appareil de Lumière de la cathédrale de Tours : cette dernière brochure est reproduite au tome XIII.
La plus ancienne représentation de l’élévation remonterait au xi“ siècle. M. Poulbrière, décrivant un chapiteau, dit: « Il est à droite, sous le grand arc qui s’ouvre seul aujourd’hui sur la nef (de l’église de Meyrnac). On y voit, sous des cintres simulant une église, d’un côté un ])ersoniiage en chasuble tléchissant le genou et soulevant des deux mains un calice; de l’autre, un évêque, portant une do ses mains sur un livre placé sur l’autel et tenant de l’autre son bâton pastoral. Un tidèle à genoux assiste aux saintes cérémonies dans l’attitude de l’adoration » (les Lglises de St-Anyel et de Meyrnac, Tulle, 1880, in-8", p. 46). L’évêque est douteux, à en juger par la lithographie annexée à la brochure; il n’a pas de mitre et son vêtement n’est pas certainement une chasuble; le bâton qu’il lient étant brisé, on ne peut en inférer absolument que c’est une crosse. L’attitude me parait celle d’une prestation do
Quelle était l’atlitude des fidèles pendant l’élévation? Le second concile de Trêves, en 154Ü, ordonne qu’ils soient agenouillés et courbés à terre ; « Silenter pro se quisque aut tlexis genibus aut prostratis humi corporibus, passionis ac mortis Clirisli commemorationein faciat ac Redemptori gralias agat pro bcneficiis per mortem ejus largissiinc acquisitis L »
Voilà bien la dévotion fausse qui prétend améliorer et arranger après coup ce qui n’avait nul besoin d’être modifié I La raison première, nettement avouée par le xiii® siècle, était de monlrer la sainte hostie aux fidèles; mais comment auraient-ils pu la contempler, puis(|u’ils étaient prosternés-?
serment, faite à l’autel, sur les évangiles. Le second personnage, qui est en face de l'autel, s’agenouille du genou gauche et renverse la tête en arrière; je ne vois pas qu’il soit velu de la chasuble. Do la main gauche il lient un objet circulaire, comme une couronne, et do la droite (pielquo chose (jui ne peut se définir; en tout cas, je ne distingue pas de calice, quoiqu’il soit probable qu’il s’agisse de l’oll'iande des espèces eucharistiques.
A Lodi (Lombardie), dans l’église Sl-François, une fresque du xv« siècle figure l'élévation. Un clerc relève la chasuble de la main droite, et de la gaucho tient une torche; les assistants regardent la saiule hostie. A cette date, ces rcijrésentalions sont fort communes, surtout dans les livres d’heures.