T/iiers, ]). S
2, Tout SC tient dans la liturgie, qui a subi trois modifications importantes dans le seul but avoué de monlrer la sainte hostie au peuple. L’élévation a conduit à l’e.xposition : elle a aussi donné lieu à la suppression d’un des quatre rideau.v qui entouraient le ciborium, de celui qui était tourné vers la nef; sans cette précaulion, les fidèles n’auraient pas vu le prêtre à l’autel et l’élévation eût été une cérémonie sans objet. C’est à j>artir de cette époque que les rideaux, qui persévèrent longtemps encore jusqu’après l’expiration du moyen âge, sont réduits à trois, un pour le fond et deux pour les deux côtés de l’autel : plus lard même, les deux derniers subsistent seuls.
M. l’archiviste ,J. M. Richard n’est donc pas autorisé à écrire ces phrases sentimentales, mais fausses archéologiquement; « D’une colonne à l’autre ces
courtines (étaient) comme imprégnées de ce mystérieux symbolisme où
SC plaisaient les chrétiens des premiers âges quand ils dérobaient à la vue des fidèles le lieu sacré -ii l’heure où le Christ, à la voix du prêtre, descendait sur l’autel. Quelque chose se retrouve dans l’habitude que nous avons de nous prosterner en baissant la tète à l’élévation; c'est ainsi que, pendant cet instant de la messe, l'autel se dérobe encore à nos regards » (Rev. de l'Arl chréL, t. XXII, p. 2C1). L’habitude de baisser la tête est relativement moderne, tandis que l’élévation remonte à une antiquité respectable. Ce n’est donc pas « l’autel » qui, liturgiquement, « se dérobe à nos regards », mais nous qui, volontairement et maladroitement, nous refusons de « regarder » l’autel au moment où nous devrions y contempler le pain eucharistique pour raviver notre foi. Agenouillés, soit; mais courbés, non; la veneremur cernui du Tantum erçjo s’applique au salut et non à l’élévation.
Les inquisiteurs do Carcassonne et de Toulouse adressèrent au pape Jean XXII, qui n en tint pas compte, des remontrances au sujet des trois cons-
Celte attitude ayant prévalu, l’élévation n’avait plus de but. Mais comme le peuple est très logicjue, il demanda à voir le Saint Sacrement d’une autre façon et on satisfit sa piété en multipliant les e.xpositions.
Au XIII® siècle, l’hostie était vue directement par les fidèles, qui n’étaient qu’agenouillés. Aussi purent-ils, à différentes fois, selon riiistoire, apercevoir Jêsus-Cuiust sous les traits d’un enfant : ils ne l’auraient point ainsi distingué, à moins d’une infraction à la règle, s’ils eussent été courbés comme de nos jours.
L’Église, en instituant la Fête-Dieu, répondit à un besoin du temps, qui se manifestait par un culte plus accentué envers le Saint Sacrement. Tliiers cite plusieurs auteurs ({ui prétendent « (|u’ellc fut célébrée dans l’église collégiale de Saint-Martin do Liège l’année 1250, avec son office composé par un certain frère Jean, et qui commence par ces mots : ctiîms.... La plus véritable et
la plus commune opinion est que cette fête a été instituée par Urbain IV, l’an 1264.... Elle ne fut pas célébrée dans toute l’Eglise dès le temps d’Urbain IV.... Ainsi, je croirais que l’on n’a commencé de la solemniser dans toute l’Église qu’après l’année 1311, qui est le temps de la célébration du Concile général de Vienne, où la bulle de son institution fut confirmée par Clément V, comme on
(itulious (ie Clément V relatives à l’inquisition et aux hérésies du temps. Un ]>nssage concerne les Regards et les Béguines, à quion faisait le reproche de ne lias vouloir qu’on se levât à l’élévation ni qu’on donnât une marque particulière de respect: » Octavo quod in elevatione corporis .Jesu Christi non debent assurgerc nec eidem revcrentiarn exhibere, asserentes quod esset impcrfectionis eisdem si a puritate et altitudine suæ contemplationis tantum descenderent, quod circa ministerium seu sacramentum Eucharistiœ aut circa passionern humanitatis Christi aliqiia cogitareut » (Analecta jur. pontif., t. XXII, col. 32a). Ainsi, ])our ces hérétiques, c’était une imperfection que de descendre momentanément des hauteurs pures de la contemplation pour méditer sur le sacrement de l’Eucharistie ou la passion du Christ et, eu se levant, lui témoigner de leur respect. On se levait donc pour l’élévation au xm' siècle, tandis que les hérétiques tenaient sans doute pour la génuflexion, quoique le texte ne le dise pas. Ainsi nous devrions à dos hérétiques cette attitude humble. Ce n'est pas la première fois qu’ils ont inlliié sur le culte liturgitiuc: en effet, les trois clous de la crucifixion sont un souvenir des .Mhigeois.
La contemplation des Regards et Béguines doit s’entendre d’une union mentale: ils étaient plongés dans une pieuse rêverie, qui les absorbait au point de ne pas leur laisser la liberté de penser distinctement au Saint Sacrement et à l’humanité du Sauveur. Si les lîdèlcs so-levaicnt debout, comme à 1 Évangile, c’était uniquement pour mieux voir do leurs propres yeux riiostic sainte, objet de leur foi et de leur amour.
peut e voir dans les Clémentines Papyrc Masson témoigne que
l'on commença de la célébrer en France 1 an 1318, quatre ans après la mort de Clément V; aussi en est-il parlé dans le concile provincial de Sens en 1320 et dans le coucile provincial de Paris... en 1323... 11 n’y avait pas longtemps qu’on la solemnisait dans le diocèse de Tournai... avant l’an 1323 »
Ces dates ne sont pas exactes au point de vue de l’archéologie, car celle-ci nous apprend qu’à Rome la Fête-Dieu était célébrée dès le xiii® siècle, en Belgique au mi.iiis dès 1286 et à la même époque à Bari, puisque son osteusoir va de pair avec l’office de saint Thomas d’Aquin, qui se trouve dans les livres manuscrits donnés par Charles d’Anjou. Or, comme ces livres provenaient de la Sainte Chapelle de Paris, ce diocèse avait donc adopté cette fête bien avant l’an 1323, indiqué par 'l’iiiers.
J’esliine que la fête a entrainé l’exposition dans le but de mon' trer l’hostie consacrée, le cor/JS c/u qui eu faisait l’objet.
Thiers serait donc encore inexact (]uand il avance cette proposition : « C’est un sentiment assez commun parmi quelques savants que l’exposition a commencé avec la procession ^ ; ce qui est
inadmissible, car la procession, de son propre aveu, n’est pas et ne peut pas être contemporaine d’Urbain IV (|uoi(jue l’on croie qu’elle se (il premièrement dans l’église de Cologne (en 1261), comme il est marqué dans le concile de Cologne sous Adolphe, évêque de Cologne »
« Mais, continue Thiers, encore que la procession de la Fête- Dieu n’ait pas été instituée par Urbain IV, elle ne laisse pas d’être ancienne, puisque.... il en est lait mention dans une charte.... du chapitre de Chartres et qui est d’environ l’an 1330, dans le concile provincial de Sens de l’année 1320...., et dans un acte du chapitre de l’église de 'rournai... en 1323 »
« D’où je conclus (|ue, comme on ne peut pas fixer au vrai le temps de cette procession, l’on ne peut pas non plus précisément déterminer celui de l’exposition de l’Eucharistie à découvert, s’il est vrai que les deux cérémonies aient commencé l’une avec l’au-