XXXI. — Chasse du cardinal Arnaud de Via
Cette châsse, d’argent doré, date du xiv® siècle. Elle mesure en hauteur 0”,56 sur 0«>,30 de largeur.
On la croit, à Bari, du temps des ducs d’Anjou et faite sur le modèle de la Sainte-Chapelle de Paris. C’est une double erreur ; son style d’abord n'autorise pas un tel écart pour l’époque de sa confection qui, selon les données archéologiques, lesquelles actuellement sont assez sûres et positives pour produii-e une certitude absolue, ne peut être reportée au xiii' siècle; puis, les armes ne sont pas celles de la maison d’Anjou; enfin, il n’y a qu’une ressemblance bien éloignée avec le monument splendide élevé par saint Louis près de son palais. Toutes les châsses du xiii' au xv« siècle ont plus ou moins l’air d’une église, rectangle allongé, que couronne un toit, du sommet duquel s’élance une flèche pour donner de la grâce et de la hardiesse au petit monument.
J’insiste sur ces accessoires parce que l’esprit public n’est pas encore, en Italie, formé par la science et que nous ne pouvons à lu légère accepter des assertions injustifiables et des attributions légendaires .
OiKitrc lions, accroupis sur dos plateaux, forment la base aux (piatre angles : ils tirent la langue, comme s'ils éprouvaient quel- (]ue fatigue à cette place. Le soubassement admet trois parties : une double frise et un retrait. Le premier bandeau est garni d’un courant de feuilles de vigne sauvage, travaillées au repoussé. Le second, plus développé en hauteur, comprend une série d’arcades cintrées et trilobées, remplies chacune d’un émail translucide, dont le champ hleu laisse apercevoir le fond, gravé en treillis afin de retenir la pâte vitreuse. Aucun des saints figurés n'ayant d’attribut, il est impossible de les nommer; il existe neuf arcades sur chaque grand côté de la châsse. Les écoinçons triangulaires, qui séparent les diverses parties de l’arcature, sont occupés par un oiseau.
Le glacis, qui joint le soubassement à l’édicule plus étroit, est divisé, en avant, en trois compartiments correspondant aux trois fenêtres (jui les dominent : chaque panneau est enrichi de trois pierres, une rouge entre deux vertes ou une verte entre deux rouges. Le rouge est du rubis et le vert du plasme d’émeraude. Ces gemmes, baroques ou en cabochon, tantôt allongées, tantôt triangulaires, sont fixées à l’aide de bâtes pivotantesL
L’édilicc est percé de fenêtres de toutes parts, une à cha(|ue extrémité et trois sur les faces antérieure et postérieure. Cintrées, elles sont divisées en deux baies trétléespar un meneau central que surmonte une rose quadrilobée. Séparées par des contreforts, elles s’amortissent en accolade dont les rampants sont découpés en crochets terminés par de petites boules.
La châsse était primitivement close de tous côtés, en sorte qu’on ne pouvait voiries reliques déposées, à l’intérieur, dansdes suaires de soie. La liturgie les voulait invisibles, ce qui augmentait encore le respect qu’on leur [>orte. Actuellement, on les montre à découvert, ce qui, en somme, contribue peu à les rendre plus vénérables. Des émaux translucides formaient comme les verrières de ces fenêtres. üouze baies donnaient place aux douze apôtres, qui se distinguent par le nimbe de la sainteté, de couleur jaune, et le livre
1. K Très castoncelli, in quorum uno est unus zaffirus... Item, quatuor
castoni sine lapidibus et duo zaffiri sine castonibus Perle in castoncellis. •>
(Inv. de Boniface VIII, 1295, n»* 3S3, 354, 3oG).— Voir des chatons semblables au pied de la croix de Vannes, qui est du xiii"-.xiv* siècle (Bev, de l'Art citrél., t. X.XXIV, p. 537).
fermé pour symboliser leurs prédications, car il leur a étédit; itAllez, enseignez tontes les nations ». Des douze il n’en reste plus que (paatre, deux en avant et deux aux extrémités. C’est précisément à un des bouts que l’on voit les chefs du collège apostolique : ils sont là à la place d’honneur, à l’orient de l’édifice. Saint Pierre est caractérisé par les deux clefs levées qui ouvrent et ferment le ciel, ainsi que par sa tonsure traditionnelle. Il a, suivant l’usage romain, à sa droite saint Paul, reconnaissable à son épée, doublée d’un livre, car il a enseigné par la parole précitée et écrite.
Aux angles de l’église saillissent quatre dragons. Leur bouche serre un conduit, comme s’ils avaient à rejeter au dehors l’eau de la toiture. On ne peut-être plus réaliste, et ici un tel procédé n’avait que faire; il importait, en effet, aussi peu à la piété qu’à l’art.
Le mur se termine par une rangée de cercles inscrivant des quatre-feuilles, qui contiennent eux-mêmes des l’oses champlevées sur fond rouge ; puis, au-dessus, court une rangée de merlons qui en font comme une forteresse.
La toiture, couronnée par une crête, est ornée sur ses pentes de quatre quadrilobes où l’on trouve buita])ûtres, dont deux sont certainement saint Pierre et saint Paul.
Le clocheton se décompose en trois parties : une base pleine, où des anges émaillés sont abrités chacun par une ogive tréflée ; deux sonnent de l’oliphant, un balance un encensoir et un autre tient un cierge; un dais allongé s’effile en clocheton. Le dais abrite une statue de la Vierge, en argent doré; suivant l’usage, elle se cambre fortement pour porter son Fils. Les montants élancés sont consolidés par des contreforts que surplombent (juatre dragons disposés en gargouilles, à la base du pignon, dans lequel s’ouvre un oculus en quatre-feuilles, complétant la lancette en ogive tréflée qui est au-dessous.
Le clocheton, bordé de petites boules sur scs arêtes, a ses pentes blasonnées : d'argent, à quatre fasces de gueules. Enfin, au sommet, est plantée une croix dont les branches sontélégaminent découpées en manière de fleur de lis.
D’après un portrait armorié, qui est à la sacristie b je suis tenté
1. Ce portrait a été évidetntnent copié sur un tableau ancien. Au-dessous est un sommaire des fonctions publiques du cardinal:
d’attribuer ces meubles héraldiques au Cardinal Arnaud de Via qui elïectiveinent porte un fascé dans le rni-parti de son écusson 2. Si on les impute, au contraire, aux princes de la maison d’Aragon,
Em.«". et Reu”*.
Arnoldus nE VIA gali.es, diaco .
CARDINis DE S‘o EüSTACHIO,