‹ Œuvres complètesChapitre 74 sur 215 · XL. — Liîs Manuscrits L · texte numérisé non relu

XL. — Liîs Manuscrits L

Des manuscrits, qui sont soigneusement conservés et exposés dans des vitrines, plusieurs remontent à l’époque de Charles d’Anjou; d’autres lui sont postérieurs. Il est incontestable (fue les pre-

(l'ovalc, enceinte de petits verres ou pierres de couleur et, au milieu, est la tigurc d’une oreille aussi d'argent » (De Cessac, Quelques notes sur l’église paroissiale de Guéret, pp. 76-77). Les actes du saint martyr pourraient peutêtre donner la solution de ce motif iconographique, soit qu'on lui ait coupé les oreilles, soit qu’il ait été invoque au moyen âge pour le mal d’oreilles. Rien dans les deux inventaires ne jrermel de déterminer même approximativement l’époque à laquelle le relii[uaire aurait été exécuté.

d. Les manuscrits du trésor de liari, 1876, Toulouse, Hébrail, in-8 de 13 pages, extr. de la Musica sacra, tir. à 50 ex. Reproduction dans les tAnalecta juris ponlificii, 1877, t. XYI, col. 226-23Ü. — Goinpte-rendii par le ch. Feuli, dansle Bullettino ecclesiastico, Rénévent, 1876, p. 379: « üli ultinii due opuscoli, L’hymnaire de Bavi, Les Manuscrits du Trésor de Bari, riguardano gli studii da Mons. Rarbior de Monlault fatti in Rari nel 1875. In uno di essi egli descrivc la scoperta da lui fatta nelT archivio délia basilica di S. Nicola di un codicc manuscritio dell secolo XllI, con illustrazioni e glosse di Nicola di Rerillo e ne recha non pochi saggi. N’oi abbiamo ragionato altrove di questo codice e siam leti di aver incontrato il gradimento dell’cgregio prelato, corne ci è dato scorgere da una nota inserita nel suo scritto. — Nell’altro opuscolo si parla dell’ origine délia basilica e del capitolo di S. Nicola di Rari, fondato da Carlo II d’Angio. (Juindi vengono descritti alcuni dei principali codici conservât! in quel tesoro, ai quali é aggiunta una di quelle pie composizioni dell’ antica liturgia, le ({uali andavano sotto il nome di ritmo, prosa o seguenza- Essa é inlilolata alla Vergine Annunziata ed é accompagnata dalle note che l'autore ha voluto riprodurre per dimostrare la sublime e patetica semplicità di un canto ispirato dal sentimento religioso. Contenti di averne dato questo rapido annunzio, noi protestiamo ail’ indefesso scrittore tutta la nostra ammirazione perlavori tanto ricchi di scienza che gli hanno procacciata si grande oiioranza presso i dotti >>.

miers furent donnés par le fondateur lui-même pour servir aux offices divins, alors comme aujourd’hui célébrés par un collège de cent clercs, tant chanoines (lue mansionnaires et chapelains.

Charles II établit dans la basilique de Saint-Nicolas le rit de la Sainte-Chapelle de Paris, c’est-à-dire le rü parisien, qui était en substance le romain, avec une augmentation assez considérable de saints et d’offices propres. J’ai relevé dans le calendrier des noms tout à fait dépaysés en Italie, comme sainte Geneviève, saint Me-

dard, saint Marcel, saint Denis, etc.

Jusque dans ces derniers temps, le rit parisien s’était maintenu à Bari, paroles et chant. U est fort regrettable qu’on ait cru devoir lui substituer le romain pur par une de ces exagérations d’uniformite qui sont trop communes parmi les réformateurs, car le chapitre de Saint-Nicolas possédant sans interruption sa liturgie particulière, sans même que l’application de la sentence du Concile de Trente lui ait été faite, se trouvait justement et pleinement dans le cas excepté par saint Pie Y. Une telle destruction est un événement réellement fâcheux et qui doit affliger autant les Français que les héritiers naturels des bienfaits de la maison d’Anjou. Il y a dans l’existence des corporations, si bien constituées pour opposer à toute innovation la force d’inertie, des moments d’engouement et de défaillance \iaiinent déplorables; ici il y a eu, je n’eu doute pas, l’une et l’autre tendance. Les faibles ont cédé devant la pression persistante des exaltés. Ainsi, le vrai rit romano-parisien, mutilé et massacré au siecle dernier à Paris, mais heureusement implanté sur une terre étrangère, qui s'en accommodait fort bien, a fini, là aussi, par une mort prématurée et perfide.

Notre douleur s’est accrue en présence des beaux manuscrits ([ui ne contiennent plus que la mémoire glacée du défunt.

Ce sont ces manuscrits que je vais énumérer, après avoir passe à les examiner deux séances trop courtes et où j’ai pris trop peu de notes; mais le temps me pressait et j’avais encore tant à étudier ailleurs I Quand on fait du droit canonique sa passion et sa vie, ’ l’archéologie court grand risque d’êtré, smon oubliée, du moins négligée plus qu’il ne me conviendrait à moi-même.

2. Six manuscrits sont incontestablement du xiiFsiècle; un septième chevauche, comme date, à la lois sur le xm® et le xiv®. Un seul a

son millésime; mais pour les autres, les caractères paléographiques suffisent à leur assigner une époque fixe.

Le Tonarius, que le Glossaire de Du][Cange définit : Liber de tonis seu cantu, a été fait pour une communauté de frati, comme on dit en Italie, pour distinguer l’Ordre mendiant de l’Ordre monastique : il en porte partout la trace. Sa date est à deviner dans une espèce de vers, où il faut additionner M ou mille, duppliciter ou deux cents, bis XI ou quatre-vingts, semel / ou un, ter trois et noveno neuf, ce qui donne au total l’an 1293 :

M duppliciter da bis. X. l. semel L, lcr curn curret atque noveno.

Le Voittijical est de la fin du xiiie siècle; cependant, ce n’est pas encore l’édition moderne, telle qu’elle fut réformée par le célèbre Guillaume Durant, évêque de Mende. On sent l’influence française dans une rubri(]ue où il est question de la grand’messe, ainsi que nous disons encore, « magna missa », tandis que les Italiens ont une désignation plus vraie : Missa cantata ou Missa solenmis, qui est restée à peu près telle (pielle dans leur langue.

.le dois une mention particulière à un magnifique Bréviaire de chœur noté, à deux colonnes *

Voici un autre Bréviaire qui, en raison des reliques conservées à la Sainte-Chapelle de Paris, contient, entre autres offices propres, ceux de la Passion, du lait et du voile de la Vierge. A la fin, on a ajouté postérieurement l’office de la Fête-Dieu, qui est ainsi intitulé) Of ficiumnuvum sollempnilalis Corporis Dni NriJbuXpi, compositum et ordinatum per iJum paparn ürbanum quartum.

Toute messe avait sa prose ou séijuence. Le Prosaire noté estaussi complet qu’intéressant. Il comporte, aux dernières pages, un Kyriale, parce que les Kyrie sont déjà farcis de tropes, analogues aux proses pour la facture.

1. I) aprè.s le Règlement de 1497, conservé aux arcdiives de Montauban, l’enseignement primaire comprenait l'alphabet, une partie du psautier, les matines, les parts ou rudimeots, les auteurs, les règles et la grammaire. I.’article 1 est ainsi conçu. « Lesiiits maîtres percevront des petits enfants apprenant Talpbabet, les sept Psaumes et les matines, s'ils ont un yiaître particulier, parce que les écoles ne lui coûtent rien, 2 sols » (Ballet, archéol., t. III, pp. 37, 98).

L enseignement se donnant dans l’église même, comme je l’ai constaté pour Ceaux (Vienne) où, au porche, se voit encore l’alphabet roman gravé sur le mur, ou dans une dépendance de l’église, on se servait, pour faire lire les entants, des livres liturgiques qu’ils apprenaient en partie par cœur.

II y a encore un autre Prosaire noté, fort beau *.

Le Bréviaire, que j’hésite à classer, du xiii« ou du xive siècle, m’otfre ces deux particularités : d’une fête spéciale pour la translation de sainte Madeleine à la Sainte-Baume, précisément sous l’inlluence directe de la maison d’Anjou, à cette époque : In die translalionis beate Marie Magdalene ; puis une notable variante dans le Vexüla regis de saint Fortunat, qui a perdu sa seconde strophe au Bréviaire romain ;

Confixa davis viscera,

Tendens mauus, vestigia,

Iledenipcionis gracia,

Hec immolata est hoslia.

Dans la strophe Beaia, le vers final porte dans le manuscrit : Prædanique tulit farlaris

tandis qu’actuellement on lit lariari au génitif, ce qui le fait accorder avec prædam. L’autre façon de s’exprimer est peut-être plus énergique.

3. Je compte sept manuserits du xiv= siècle: un Missel noté, avec des miniatures; un Missel plénier, orné d’une grande miniature représentant la crucifixion, et le soleil et la lune tenus par des anges, comme c’était adopté en iconographie; un A'y/’/a^e, doublé d’un Prosaire, l’un et l’autre notés; un Missel non plénier, e’est-à-dire où manquent toutes les parties chantées par le chœur; encore un Prosaire, ce qui prouve combien cette partie do la messe était goûtée des fidèles; un E oangéliaire et un Episiolier, pour léchant de l’évangile et de l’épître, du xiv® siècle avancé; enfin un recueil

Introït s des messes.

4. Le XV® siècle ne fournit que trois volumes : deux Pontificaux et un Bréviaire.

Le Pontifical fut exécuté en 1443 par l’Allemand Jean, ou, selon l’inscription, par Jean le Teutonique, qui habitait alors Pesaro, à

1. Les Chroniques de Saint-Martial, p. 290, citent parmi les dons d’Aiimu’i de Brus, moine de Saint-Martial de Limoges, qui mourut en 1226 : « Fecit l'are et responsorias in quibus sunt Kirieleison et Gloria in excelsis et prose festales et Sanctus et Agnus et cetera talia. »

On lit dans l’Obituaire de Saint-Martial de Limoges, au xiii” siècle : « Obiit Matbeus d'üsercba, monaebus sancti Marcialis, qui fecit ibi cappam et casulam deauratam de sainiz rubco et ItII“' vestimenta et unuin prosarium » {liullet. de la Soc. archéol. du Limousin, t. XXX, p. 188).

la demande de l'évcque grec Paul Jean, dont on y voit l’écusson, timbré de la mitre précieuse. On y lit six vers, qui précisent ces divers détails, mais dont la facture est très médiocre :

Opus perfeci siib ductu Pneumatis aimi Johannes Theotonicus mille quadringentis Pisauri Cbristi post orlum, quibus tris quaterque denos adde In yrao annos, vigesimo Junii nona.

Ad nutum palris Reuerendi Pontificisque Pauli, Johannis, tune Grecie Symfloriensis.

Un autre Pontifical s’embellit de quelques miniatures. Dans les rubriques, la crosse est aj)pelée gambitta U

b. Je termine ce catalogue, beaucoup trop sommaire, mais que je n’ai pas eu le temps de détailler davantage, par un charmant petit bréviaire de main, que la tradition attribue à Charles II, qui s’en serait servi pour réciter ses Heures, comme ondisait alors. Il débute ainsi : Incipit psalterium ordinalum secunduni ecclesiam paiàsiensem. Il est donc encore de rit parisien, et à lui seul il prouverait que ce qui avait été établi par le fondateur, deux siècles après, subsistait toujours. Il a conservé son étui de cuir gaufré, où l’on remarque sur les côtés les anneaux dans lesquels on passait une courroie pour le porter à la ceinture, ainsi qu’on le voit figurer dans d’anciennes représentations.

Au nom de la vraie science, quoiqu’il m’en coûtât de rompre ainsi avec d’aussi aimables hôtes que les chanoines de Saint-Nicolas, j’ai dû repousser de toutes mes forces l’attribution, gratuitement faite au royal comte d’Anjou, de ce petit Bréviaire manuel. Rien n’indique qu’il lui ait appartenu, pas même ses armes, qu’il n’a jamais négligé d’apposer sur les objets dont il a enrichi la basilique; tout, au contraire, dénote, calligraphie et ornementation, le XV' siècle, assez connu pour (ju’on ne s’y trompe pas. Afin de mieux faire pénétrer ma conviction dans des esprits jusque-là fort dociles,

1. Gambitta ou Gambetta est un diminutif de gamba, qui signifie Jamèe. La viole de gambe était ainsi nommée parce qu’on la tenait entre les jambes pour en jouer.

Gambitta est défini par Du Gange : « lîaculus qui claudo vel infirme vicem gambæ seu cruris præstal, jaïubetle ». Au mot gambutta, qui a dégénéré en camhutta, il étend la signification du terme, par analogie à la potence ou béquille des infirmes: « Uaculus superne rostratus, incurvatus; pedum pastorale. »

mais obstinés sur ce point à maintenir ce qu’ils croyaient une tradition, j’ai dû établir des rapprochements entre ce Bréviaire et les manuscrits antérieurs ou contemporains : les premiers détonaient par leur dissemblance, les seconds concordaient parfaitement. J’espère que ma démonstration scientifuiue aura enlevé jusqu’à la dernière hésitation

L’Italie est pleine de ces attributions erronées, de ces traditions fausses, de ces supercheries blâmables, qui se font certainement de bonne foi, mais qui se débitent et s acceptent trop facilement. Il faut les soumettre toutes à un contrôle sérieux, à une critique sévère, à un examen consciencieux, et ne pas craindre, en avouant qu’on s’est trompé, de reconnaître la vérité. L’archéologie peut, sous ce rapport, rendre d’immenses services ; mais, en Italie, elle n’a pas pénétré bien avant, et elle paraît l’apanage exclusif de rares privilégiés. Qui voudra entreprendre de réformer les préjugés et de détruire les erreurs de ce genre aura fort à faire, car le terrain n’est guère préparé pour cela, et généralement on préfère croire sans motif que de se rendre à l’évidence et à la raison archéologique.

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