‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 215 · AUX HEC PAR CELIS · texte numérisé non relu

AUX HEC PAR CELIS

INTRA RONE SERVE f’IDELlC ORA DEVOTE DOMINVM PRO PRO TE popvloqve:

L’épigraphe est ainsi disposée sur quatre lignes, une par côté. Pour avoir son vrai sens, il faut lire ainsi: Arx • hec, par celis pro te popidoque. Ce sanctuaire est égal au ciel pour toi, qui y résides,

• et pour le peuple, qui t’y prie.

L’invocation Ora devote üominum pro est inachevée. Je propose d’y ajouter ou eo, qui se rapporterait au peuple, ou me, qui se référerait à l’abbé Eustache: l’une et l’autre hypothèse sont admissibles au même titre. Inlra 3 fait allusion à la construction nouvelle, érigée en l’honneur du grand Thaumaturge dont le corps arrivait de Myre. Bien que la croix indique le commencement de la phrase, elle

1. Le cardinal Bartolini (pp. 21-22) complète l’inscription métrique en la rapprochant de celle du siège, de manière à dater le monument:

« L’t pater Ilelias hoc templum qui prius egit,

Quot pater Eustasius sic [ou pie) decorando régit. »

Ainsi Eustache décora le temple fait par Hélie: or, il fut archevêque de Bari de 1105 à 1123, après avoir été abbé bénédictin de l’abbaye de Toussaint. Tâchons de concilier les dates: le ciborium est antérieur à l'an 1123 et l’émail n’y fut ajouté que postérieurement à 1139, se substituant à une autre image pieuse, peut-être S. Nicolas, titulaire de l’église et de l’autel.

2. Le Glossaire de du Gange ne donne pas le mot arx avec le sens qui lui est propre dans le style ecclésiastique. Littéralement, il signifie enceinte fortifiée, citadelle. En effet, au moyen âge, le paradis fut représenté comme une forteresse, munie de courtines et de tours; par exemple à Rome, dans les mosaïques de Ste-Praxède (ix® siècle) et de St-Jean de Latran (xiiG siècle). L’idée première de ce motif iconographique est évidemment empruntée à l’Apocalypse. Les épitaphes emploient souvent la formule en parlant de l’âme, locatus (spiritus) in arce poli. A Saint-Paul-hors-les-Murs, je lis sur une tombe du xii’ siècle ce pentamètre qui montre, comme dans les mosaïques, les anges constitués gardiens de la forteresse céleste:

« Oiiam tenet angelicus cœtus in arce poli. »

Voici quelques textes du moyen âge, pris au hasard dans l’hymnologie du moyen âge (Analecta tvjmnica du P. Dreves, 29®fasc., pp. 27, 31, 35, .52): « In cœli Deus regnans arce », « Ad arcem fruitionis», « Duc ad arcem bealorum », « Nunc in arce poli sita ».

3. Lorsque les reliques font leur entrée solennelle dans une église qui se consacre, le chœur chante ces antiennes: « Gum jucunditate exibitis et cum

gaudio deducemini Surgite, Sancli Dei, de mansionibus vestris, loca sanc-

tificate, plebem bénédicité et nos homincs peccatores in pace custodite. Ambulate, Sancti Dei, ingredimini in civitatem Do'mini, ædificata est enim vobis ecclesia nova, ubi populus adorare debet majestatem Domini. »

doit être retournée comme il suit: Infra, bone seruc (et) fidelis: À7'x hec par celis pro te populoque. Ora devote Domlnum pro (me): Entre (ici), bon (et) fidèle serviteur: ce sanctuaire est comparable au ciel pour toi et pour le peuple. Prie dévotement le Seigneur pour (moi qui l’ai fait élever).

Je dois dire que l’inscription étant mutilée, on l’a restaurée avec plus de zèle peut-être que d’intelligence. J’y relève une orthographe particulière: fidelic écrit à la manière grecque, qui donne à la lettre c la valeur du sigma.

Du carré l’on passe à la forme octogone. Une rangée de colonnettes, trapues et serrées, supporte un toit à pans, coupé à son sommet pour faire place à un autre octogone de colonnettes, qui ont pour couronnement un toit et une croix. L’ornementation contient une foule de détails arabes.

A St-Georges au Vélabre, le ciborium, qui est du même temps que celui de Hari,se distingue à la partie supérieure par un petit tableau à fond d’or, de style byzantin, qui représente la Vierge tenant au bras l’enfant Jésus, A Uari, le tableau est bien aussi sur cuivre, mais non plus peint. C’est un magnitique émail champlevé à fond bleu, où sont figurés S. Nicolas et le roi normand Uoger.

Ce tableau a été reproduit par Schultz dans son grand ouvrage sur l’architecture romane des deux Siciles L Roger, drapé dans une slola et une tunique à rinceaux, tient dans la main gauche le globe du monde, insigne de sa puissance, et de la droite une petite bannière, fleuronnée et carrée, élevée sur une hampe. 11 porte en tête une couronne à trois fleurons et est ainsi nommé par une inscription: RO GE ^RIVS/REX. S. Nicolas, debout à sa gauche, est nimbé, vêtu de la chasuble et du pallium: il tient la crosse de la main gauche. Le cardinal Rartolini (p. 10) déclare cet émail lavoro bizantino ad inlarsio e s?wa//o; j’y vois très probablement une œuvre occidentale 2, d’autant plus (jue Ticonographie et l’inscription sont essen-

1 . M. Knlart en a parlé dans les Origines françaises de V architecture gothique en Italie, 1894, p. :108.

2. Le fond uni m’empêche d’y voir un émail limousin; pour M. Bertaux, « sarebbe un lavoro rhenano » (Arch. slor. dell’arte, 1896, p. 411). .le crois plutôt que cet émail a été fait en Sicile, sous l’intluence française. L’Histoire littéraire de la France contient cette note utile, t. IX, p. 223: « La réputation de ces émaux pénétra jusqu’aux extrémités de l'Italie, où ils étaient estimés comme des choses de prix. Il est effectivement fait mention de deux tables d’ai-

tiellement latines. Je préfère me ranger à son sentiment sur l’interprétation du sujet: </ En 1130, le cardinal Pierre de Léon occupa scliîsinaliquement le siège de S. Pierre sous le nom d’Anaclet II. Désireux d’agrandir son parti à l’encontre du pontife légitime Innocent II, il séduisit Roger, second fils de Roger Guiscard, comte de Sicile, en le déclarant, par bulle du 27 septembre de cette année, roi de Sicile et duc de Calabre, des Pouilles, de Naples et de Capoue. Revêtu de cette dignité, celui-ci s’était fait couronner dans la métropole de Palerme, avec grande solennité, en présence du cardinal Conti, légat d’Anaclet II. Il suivit obstinément le scliisme jusqu’à la mort de ce faux pontife, se montrant rebelle aux exhortations de S. Bernard et à l’excommunication portée contre lui dans le concile de Latran en 1139. Enfin il s’humilia et reconnut Innocent II, de qui il obtint, avec l’absolution, la dignité royale pour la Sicile et l’investiture pour ses deux fils du duché de la Pouille et de la principauté de Calabre. Ce prince reconnut qu’il devait à l’intercession de S. Nicolas son retour au souverain pontife et l’obtention d’un titre légitime qu’auparavant il retenait illégalement. » (p. 1(5.)

Ainsi le ciborium serait orné d’un don particulier du roi normand qui en aurait fait hommage, par les mains de l’abbé, à S. Nicolas, son protecteur, à peu près en même temps que celui-ci l’honorait d’une basilique digne de recevoir ses ossements

rain, ornées d’or émaillé do la façon de Limoges, de lahore Limogiæ, dans un acte de donation faite en 1197 à l’église de Ste-Margueritc do Veglia, dans la terre de Labour, au royaume de Naples ».

1. L’église de l’abbaye de Grandmont, en Limousin, qui fut consacrée en llüG, avait, sur son autel majeur, un ciborium analogue à celui de Bari, avec une série de 32 arcs (huit sur chaque côté) portant la voûte et, aux angles, des plaques de cuivre aux armes ou emblèmes des rois fondateurs. La description de ce curieux édicule a été faite au xvi^ siècle par frère Fardoux de la Garde de cette sorte: « Geste église est belle par excellence pour la grandeur qu’elle a. Et la voulte d’ycelle n’est supportée d’aulcuns pillicrs, comme sont aultres églises, fors que de quatre pilliers ou colonnes, qui sont fort beaux et excellents, qui sont aux quatre angules du grand autel. Joignant le premier degré d’icelluy.Ccs quatre pilliers sont fort somptueux et admyrables, faits en façon de quatre colomnes doriques (?), lesquels soubstiennent la voulte sur ledit autel. Et la façon d’iceulx se nomme en latin stria, sb'iæ, slrix. Ce sont comme gouttières engravées des colonnes de pierre ou chanfrein creux, qu'on dit communément pilliers cannelés (ces colonnes étaient probablement antiques). Ils ne sont gros que de brasse d’homme. Les soubassements etchapiteaulx sont décents et propres à iceulx, de sorte que le tout se convient et se rapporte d’une très excellente fasçon. Sur chacun desdits pilliers sont huit arcs, entrclassés sur le hault portant ladite voulte et sont en nombre sur les

Sur les marches qui contournent l’autel, se développe, en grandes capitales, une inscription métrique, composée de deux distiques: Ces degrés sont gonflés, ce qui ne signifie pas une orgueilleuse ascension ; ils facilitent seulement par leur douceur la recherche des choses élevées ou célestes. Vous donc, qui désirez monter, ne venez pas ici avec un cœur gonflé par l’orgueil. Soyez, au contraire, humbles, suppliants, prosternés et c’est ainsi que vous vous élèverez.

® lits GRADIBVS. ÏVMIDIS .ASCENSVS AD Al.TA NEGATVR niS GRADIBVS BLANDIS QVERERE CELSA DATVR •.•

ERGO NE TVMEAS QVI SVRSV.M SCANDERE QVERIS •.■

SIS 1IV.MILIS SVPPLEX PLANVS. ET ALTVS ERIS

La même pensée apparaît, dès le vi® siècle, gravée sur la marche de l’autel, dans le martyrium de Poitiers. L’homme ne doit pas se glorifier, parce qu’il n’est qu’ignorance aux yeux de Dieu qui sait tout: quand il a fait le mal, qu’il s’en confesse humblement et s’il a produit quehiue bien, qu’il n’en tire ni orgueil ni vaine gloire. Ces paroles sont parfaitement appropriées au lieu où elles se trouvent. En ellet, c'est là même que le prêtre, avant de monter à l’autel, s’incline et avoue ses fautes: Confit,eor Deo omnipolenli

quia peccavi nimis cogilatione, verbo et opéré et qu’il demande à Dieu tout-puissant, miséricorde et indulgence; Miserealur vestri

omnipotens Deus — Indulgenliam, absolulionem et remissionem

peccatorum nostrorum tribuat nohis omnipotens et misericors Dominus. De plus, le célébrant n’a point à se glorifier de la mission qu’il remplit auprès du Seigneur, en s’élevant au-dessus des fidèles, parce que lui-même est sujet au péché et à l’ignorance, Malheureusement, le texte est incomplet et une partie de la première ligne manque.

HOMO ® QVIS 1 GLORIATVR IGNORAT.

S MELIVS. EST. ENIM. IN .MALEFACTIS, IIVMELIS. CONFESSIO.

QVAM. IN BONIS. SVPERBA. GLOIIIACIO.

quatre pilliers trente deux arcs, entre lesquels, in caput anguli, sont de grands platines de cuyvre doré où sont engravés de grands rozes, anciennes armoiries des roys d’Angleterre, fondateurs dudict monastère et de plusieurs prieurés et maisons dudict ordre. » {Bulletin monumental, t. XLII, p. 230).

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